Publicité

Les dispensaires : un pont vers l?hôpital

31 janvier 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Malini, 2 ans, se brûle le mollet avec le pot d?échappement d?une mobylette. Affolée, sa mère l?emmène tout de suite au dispensaire pour recevoir des soins. Elles en ressortent avec un sachet de Panadol. L?après-midi, lorsque le père de la petite fille rentre du travail, il constate la brûlure. C?est la consternation. Du panadol pour soigner une brûlure ! Il emmène sa fille à l?hôpital. « Ou ti bizin inne amène li l?hopital direct », lui-dit-on. Dans ce cas, quelle est la raison d?être du dispensaire? Est-ce normal de devoir faire la queue deux fois, d?infliger inutilement à une enfant le stress de passer devant deux médecins pour être enfin soignée comme il faut?

Des interrogations comme celles-ci, il y en a chaque jour. Il n?y a qu?à écouter les plaintes des patients à la sortie des salles de consultation. Nous sommes allés dans certains des centres de santé régionaux, histoire de tâter le pouls des services dispensés. Mi-figue, mi-raisin, le diagnostic est tout en demi-teinte. Toujours la même rengaine, les mêmes reproches que dans les hôpitaux avec en prime toutefois ? un peu d?indulgence envers « leur » dispensaire.Premier constat, c?est l?asphyxie. Dans l?atmosphère, une chape de plomb.

Il suffit de mettre les pieds dans un centre de santé pour qu?une sorte de fièvre s?installe en vous. Un jeune homme arpente pour la énième fois la salle d?attente (celle-ci est plutôt grande comparée à d?autres). Visiblement nerveux, il contient à peine son impatience. Il accompagne son épouse enceinte et même si elle a un rendez-vous, l?attente est longue. Finalement, pour se calmer, il s?assoit sur le banc à l?extérieur pendant que sa femme attend toujours qu?on crie son nom, le fameux sésame qui lui permettra de voir le médecin.

« Pas facile ça, vine perdi lé temps là! », lâche-t-il. À côté de lui, un autre poursuit en nous regardant : « Ou pas lor rendez-vous nanrien, moi mo conseille ou alle Candos, là-bas ou pou passe in pé plis vite. Nek éna ou donne l?adresse enne famille dans Quatre-Bornes. Ici éna ene sel doctère pou consulté. »

Pour réduire l?afflux de patients dans les urgences des hôpitaux, on conseille aux gens d?avoir recours aux dispensaires de leurs régions mais là aussi, il y a engorgement. Ici, on peut lire l?inquiétude sur le visage des femmes enceintes, serrées les unes contre les autres. Là-bas, d?autres femmes font la queue avec leurs bébés agités, tenant à la main une carte verte. Partout des mines déconfites. Certes, il y a le stress du médecin, de la piqûre, du pansement, mais il y a aussi le stress du cadre qui n?est guère accueillant.

Les murs aux couleurs fanées, le plafond qui craque et les seaux posés ça et là pour récolter l?eau de pluie, les affiches qui montrent des poumons encrassés, une jambe amputée et qui nous bombardent de menaces sur le sida ou l?obésité, rien n?est fait pour avoir envie de se faire soigner.

Du côté du personnel, ce n?est pas tout rose non plus. « Line pas même lève la tête pou get moi, li nek ine donne moi panadol ek antibiotique », raconte un patient qui a la grippe. La médecine expéditive est bien connue des milieux hospitaliers, quels qu?ils soient. « Ils consultent à la chaîne et ont des habitudes de robot. Pendant la saison des conjonctivites, je suis allée au dispensaire, parce que j?avais contracté cette infection. Je n?étais pas la seule ce jour-là dans la même situation. Le médecin m?a demandé en me regardant : ?qui ou gagné ??. Ca m?a choquée qu?il me pose la question, cela sautait aux yeux que j?avais une conjonctivite. Ensuite, il a baissé la tête, fait une ordonnance sans même voir de près mes yeux. Et pas un mot sur les précautions à prendre », témoigne une autre patiente indignée.

Les patients reprochent souvent aux médecins et au personnel soignant de ne pas savoir communiquer. « Puisque nous bizin zot, pas capave dire nanrien. Quand ou péna casse, ou bizin ferme ou la bouche et pas tire l?ail », soupire une dame qui s?est coupé le pied.

Quelques habitués connaissent ce-pendant le nom du médecin, devenu « leur » médecin. « Li consulté bien, li conne bien mo cas », explique un diabétique. « Nou dans nou dispensaire nou ena ene bon doctère, li prend au moins cinq minutes avec saque patients », assure un Port-Louisien dans un autre dispensaire. Et puis, certaines constatations perdurent. « Panadol l?hôpital (dispensaires compris) pli meiller ki sé ki asté dans pharmacie. » Cela s?applique aussi aux traitements contre les poux. Certaines personnes ont développé un sentiment d?appartenance à l?égard des centres de santé de leur localité. Mais la plupart du temps, ces médecins dits de proximité ne sont nullement proches de leurs malades.

Quelle est la raison d?être des dispensaires ou Area Health Centres et Commu-nity Health Centres? On peut lire dans un document official datant d?octobre 2003, qu?ils offrent: « Basic health services, family planning/maternal and child health services, vaccination, health education and public health services ». Leur but est de faire un accueil de proximité et de dispenser les premiers soins. Cela va du mal de tête à la foulure d?une cheville en passant par les petites sutures ou la grippe. Ces centres dispensent également des soins pré et postnataux, font les pansements, certains examens médicaux comme les prises de sang, tests de diabète et d?hypertension. Ils orientent ensuite les patients vers des structures plus adaptées à leurs besoins.

On y trouve par ailleurs des programmes et des services pour promouvoir la santé. Par exemple, ces fameuses affiches sur l?hypertension, l?hépatite B, le sida ont un but informatif et préventif. On note aussi la présence de téléviseurs dans certains centres où l?on peut visionner des cassettes sur la santé, sur l?importance des exercices physiques. Ces centres organisent aussi, avec des nutritionnistes, des sessions d?information sur les habitudes alimentaires. Les Area Health Centres ont en plus un cabinet dentaire au service du public.

Ils ont également un caractère social. Points de rencontre où les gens du quartier ont l?occasion de se voir et de parler. Serge Rayapoullé du Comité amélioration de la santé estime cependant qu?il faut les améliorer. « Il faut exploiter leur potentiel, revoir les infrastructures, les équiper afin d?élargir les services qu?ils offrent. Je pense aussi qu?ils devraient fonctionner 24 heures sur 24 et servir à mettre en place un système de carnet de santé pour chaque individu. »

En fait, les citoyens ne demandent pas la lune. Ils rêvent seulement de centres de soins à visage plus humain où la qualité est un point d?honneur, un lieu où ils se rendent en toute confiance pour préserver leur santé ou pour soigner un bobo. Ils considèrent qu?ils méritent un cadre plus accueillant et donc plus rassurant. Les déchets qui traînent, l?exiguïté des lieux, influencent la perception de la qualité du service.

Et puis surtout qu?on ne vienne pas leur dire que la médecine n?est pas une science exacte et que des comprimés de Panadol peuvent guérir une brûlure !

Pour réduire l?afflux dans les hôpitaux, on conseille aux gens d?avoir recours aux dispensaires de la région qui sont engorgés.

Publicité