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Les dindons de la conso
Entre les rasoirs coupeurs de gorge et les faux portables en verre, on ne sait plus à quel saint objet se vouer. Faut-il dénoncer le « mauvais génie mauricien » qui nous fait toujours préférer la copie à l?original, la quantité à la qualité, ou vanter l?étonnante créativité sans cesse renouvelée et toujours sans limites des escrocs de tous poils ? Non franchement, vous auriez pensé, vous, à faire passer quatre morceaux de verre rectangulaires pour un portable ? Faut plutôt être gonflés ! Moi, ça me bluffe !
Les crédules qui se sont fait piéger nous enseignent au moins une chose : tant que l?appât du gain sera le plus fort, il y aura des pigeons ? et donc des escrocs ? selon le vieux principe de l?offre et de la demande. Parce que, entre nous, quelqu?un dans la rue vous propose un portable à Rs 1 700 et vous foncez sans vous poser de questions ? D?autant qu?il y a fort à parier que vous en avez déjà un. Y a pas une petite lumière qui s?allume dans l?épaisseur de votre cervelle et qui vous interpelle ?
Soyons honnêtes ! Dans le meilleur des cas, on se doute bien que la provenance de l?objet de notre convoitise n?est pas tout à fait claire. Mais on ne va pas s?embarrasser pour si peu, hein ! Les scrupules, quand on flaire une « bonne affaire », sont vite balayés et tous les clignotants s?éteignent. Seuls comptent l?assouvissement immédiat de notre désir et les « économies » que l?on va, pense-t-on, réaliser.
À dire vrai, ce ne sont pas les filous qui nous bernent. C?est notre cupidité. Eux se contentent d?appuyer sur la pédale qui nous pousse à en vouloir toujours plus, encouragés par le discours ambiant qui nous fait croire que l?on peut ? et que l?on doit ? tout avoir tout de suite. Y compris quand on a déjà tout. Le superflu est devenu indispensable et l?accessoire, essentiel. Les escrocs l?ont bien compris. Pourquoi pas nous ?
C?est jamais drôle de se faire avoir, c?est sûr. Mais bien souvent, on l?a cherché ! Alors, tant qu?à se faire tondre, autant que ce soit en connaissance de cause. Sur le marché des dupes de la conso, un dindon averti en vaut deux.
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