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Les deux choix de Rama Sithanen

18 février 2007, 00:00

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«J?ai tranché ! ». Cette expression utilisée par le Premier ministre, de Cannes, donne une orientation au conflit Sithanen-Bheenick. Au retour de Navin Ramgoolam au pays demain, il existe donc peu de chances que la situation dans laquelle s?est placé Rama Sithanen évolue. Même en politique, sait-on, tout est possible?

Étant donné que le Premier ministre n?entend nullement revoir sa décision de placer Rundeersingh Bheenick comme gouverneur de la Banque centrale, et ce malgré le désaccord de Rama Sithanen, ce dernier n?a que deux choix. Soit il reprend sa lettre de démission comme lui a « amicalement » suggéré le Premier ministre, ou il l?envoie à la présidence, comme le stipule la Constitution, pour entériner sa démission comme ministre des Finances.

Dans le premier cas, il reste ministre des Finances, mais il aura à subir un Rundeersingh Bheenick ? qui a déjà assumé ses fonctions depuis jeudi après-midi ? déterminé à jouer à fond son rôle de gouverneur de la Banque centrale. Dans l?autre cas, moins probable selon les derniers développements, il aura à quitter le Front Bench pour siéger comme un backbencher travailliste.

En attendant sa rencontre avec Navin Ramgoolam, prévue en début de semaine, Rama Sithanen s?est accordé un temps de réflexion.

Son départ hypothétique sera lourd de conséquences. Outre ses nombreux engagements pris avec les institutions financières étrangères, le ministre des Finances aura à gérer le cas Ali Mansoor. Son ami personnel, qui a délaissé la Banque mondiale pour venir l?épauler dans sa réforme, a fait comprendre qu?il compte abandonner son poste de secrétaire financier si Sithanen n?est plus ministre des Finances.

C?est certainement le secteur privé qui a fait entendre ses vives inquiétudes. « Une catastrophe nationale », selon Jacques de Navacelle.

Blessé par cette « trahison »

Au sein du gouvernement, officiellement, tous les membres du cabinet souhaitent « un retour à la normale ». C?est la position commune adoptée par le Conseil des ministres, tenu jeudi matin sous la présidence de Rashid Beebeejaun. « On ne comprend pas la réaction de Rama Sithanen vu qu?il a le soutien du cabinet. Il faut souhaiter qu?il revienne sur sa décision », nous a déclaré un Senior Minister.

Même écho au sein du Parti travailliste. Nita Deerpalsing, colistière de Rama Sithanen, connue pour son engagement en faveur de la démocratisation de l?économie, se dit « confiante » que tout va rentrer dans l?ordre des choses au retour du Premier ministre. « J?ai longuement parlé à Rama Sithanen. Il m?a expliqué les choses qui le dérangeaient [?] par rapport à la réunion du groupe parlementaire de lundi, il faut savoir que les différences ont été partagées en toute amitié dans un esprit démocratique. »

Quant à Xavier-Luc Duval, vice-Premier ministre et ministre du Tourisme et autre colistier de Rama Sithanen, il affiche lui aussi son optimisme. « Nous avons une excellente équipe à Quatre-Bornes et nous travaillons très bien ensemble. Nous avons, Nita et moi-même, rendu visite à Rama Sithanen et nous espérons ardemment que les choses s?arrangent et que nous continuerons à travailler ensemble pour le progrès du pays. »

James Burty David, ministre des Administrations régionales, déclare, lui, que « comme le Premier ministre l?a rappelé à la télévision vendredi soir, ce sont les enjeux de notre combat économique qui demeurent prioritaires. Voilà pourquoi je suis convaincu, qu?après échange d?opinion à l?arrivée du Dr Navin Ramgoolam, tout rentrera dans l?ordre. Au gouvernement, nous sommes tous, indistinctement, sensibles à la raison d?État tout d?abord, mais également à l?amitié qui nous lie. »

Mais Rama Sithanen n?a pas vu les choses ainsi. C?est un homme « triste mais pas aigri » qui a déclaré, jeudi à la presse, qu?il a déjà rédigé sa lettre de démission et qu?il l?a remise, sur les conseils du Premier ministre, à Rashid Beebeejaun.

« Par amitié, j?ai accepté de rencontrer Navin Ramgoolam à son retour au pays. » Il estime que la politique de réforme est bien engagée et commence à donner des résultats probants.

Toutefois, si à cette conférence de presse, on s?attendait que Rama Sithanen évoque le manque de solidarité de certains de ses collègues ministres, il n?en a pas pipé mot. Il s?est essentiellement appesanti sur la nomination de Rundeersingh Bheenick qu?il conteste.

« Quand on sait que c?est la prérogative du Premier ministre de nommer le gouverneur de la Banque centrale, on ne comprend pas vraiment la position de Rama Sithanen, même si on est, par ailleurs, solidaire avec lui sur la réforme enclenchée », nous dit un membre du cabinet.

Toutefois, ce serait le timing de cette nomination qui semble agacer le ministre des Finances. Il aurait appris par la presse, comme tout Mauricien, la nomination de Bheenick alors qu?il était en compagnie du Premier ministre à Grand-Bassin avant que ce dernier ne prenne l?avion pour Cannes. Blessé par « cette trahison », il aurait décidé de soumettre sa démission au président de la République. Il l?a fait savoir à quelques amis proches et aussi à certains agents de sa circonscription.

La nouvelle a surpris, même si l?état d?esprit de Rama Sithanen était du domaine public.

« Continuer le travail déjà commencé »

En peu de temps, ce mercredi soir, une petite foule s?est massée à sa résidence quatrebornaise. « Nous lui avons demandé de ne pas démissionner. La circonscription du n° 18 ne peut se permettre de laisser partir le ministre des Finances. », déclarent les frères Gungabissoon. Dhiraj Balgobin, autre lieutenant de Sithanen dans la circonscription, : « Nous lui avons aussi demandé pourquoi il voulait s?en aller maintenant alors qu?on commence à remonter la pente économique et que the worst is behind us? »

« Le ministre des Finances a une vision pour le pays. Il faut continuer le travail déjà commencé », déclarent, pour leur part, Anil Teeluck, Steeve Lebrasse et Aartee Ramsahye, les principaux agents de Rama Sithanen, qui font tout pour qu?il revienne sur sa décision.

Ce qui n?est pas pour plaire aux dirigeants des centrales syndicales qui saluent « avec des pétards » la démission annoncée de Sithanen. « Le gouvernement, surtout le Parti travailliste, a tout à gagner avec le départ de Rama Sithanen. Ses mesures néo-libérales provoquent le mécontentement de l?ensemble des travailleurs qui s?appauvrissent de plus en plus avec la bénédiction du secteur privé. Ce qui explique, d?ailleurs, leur prise de position. Quant à la classe syndicale, nous invitons Rama Sithanen à prendre la porte de sortie. Navin Ramgoolam sait ce qu?il lui reste à faire », martèle Deepak Benydin, porte-parole de la plate-forme syndicale.

Pour les pro-Sithanen, comme pour les anti-Sithanen, le suspense demeure entier?

Jeudi 15 février

« Rama Sithanen en instance de démission. » La une de l?express de jeudi provoque une onde de choc. Le bureau de Rama Sithanen invite la presse à une conférence prévue à 11 heures. On s?attend à ce qu?il annonce sa démission. Il compte entre-temps se rendre au Réduit pour soumettre sa lettre au président de la République, sir Anerood Jugnauth.

Entre-temps, de Cannes, le Premier ministre est en contact téléphonique avec son ministre des Finances.

Il arrive à le convaincre de remettre sa lettre de démission au vice-Premier ministre, Rashid Beebeejaun, en attendant son retour au pays.

Durant ce temps, tout le monde sollicite Rama Sithanen. Il est conscient que « cette journée sera intense en pressions et autres négociations ». Les heures qui vont suivre vont voir défiler à son bureau ministres, députées et autres conseillers. Les ministres lui montrent des signes d?amitié et de solidarité. Devant l?hôtel du gouvernement, une poignée de ses activistes refusent d?accepter que « nou ministre ek député pé démissionner ». Entre-temps, son attaché de presse informe les journalistes que la conférence de presse est reportée à 15 heures.

Les tractations se poursuivent.

À 15 h 02, Rama Sithanen arrive au point de presse flanqué des ministres James Burty David, Vasant Bunwaree, Arvin Boolell et Abu Kassenally. Il exprime son désaccord à la nomination de Rundeersingh Bheenick, comme gouverneur de la Banque de Maurice. La conférence de presse ne dure que quelques minutes. Aucune question n?est autorisée. Pressé de questions, il ira s?enfermer dans son bureau, se refusant à tout autre commentaire.

En fin d?après-midi, après le départ des journalistes, il est parti se reposer, en compagnie de sa famille, dans un établissement hôtelier, loin du tumulte qu?aura provoqué sa « démission »?

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