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?Les conditions ne sont pas là pour un début des opérations?

11 septembre 2003, 20:00

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Pourquoi être entré en joint-venture avec Outremer Telecom, principal fournisseur de services de télécommunications dans les départements d?outre-mer français ?

Rogers Telecom s?est associé au géant français Outremer Telecom car nous étions d?avis qu?il fallait un partenaire stratégique pour réussir à nous imposer dans ce secteur. Il s?agissait en somme de mieux se positionner. Rogers a une grande expérience commerciale à Maurice, mais notre faiblesse se trouve au niveau technique.

Outremer Telecom possède les compétences que nous cherchions et lorsque la compagnie a émis le souhait de trouver un partenaire mauricien, Rogers Telecom a considéré l?offre avec un certain intérêt.

Nous avions le choix entre développer tout le business à partir de rien ou de nous associer à quelqu?un qui détient déjà les compétences. Le joint-venture s?est donc fait naturellement.

Qu?est-ce que ce joint-venture vous apportera-t-il de plus ?

Nous pourrons démarrer nos opérations rapidement. Nous bénéficierons également de la recherche et du développement d?Outremer Telecom dans ses produits. De son côté, Outremer Telecom bénéficiera d?une entrée beaucoup plus rapide sur le marché mauricien. Rogers pourra fournir du volume et des clients rapidement. Le brand name de Rogers constitue également un plus pour cet opérateur.

Vous visez 5 % de parts de marché dès la 1re année d?opération au niveau de la fourniture d?accès à l?Internet et la téléphonie internationale et 21 % de parts pour la cinquième année. Des objectifs très ambitieux?

Pour atteindre ces chiffres, il va falloir travailler très dur, c?est sûr. C?est ambitieux oui, mais réalisable. N?oubliez pas que notre partenaire détient 25 % des parts de marché dans les DOM-TOM français. Cela, après quatre ans d?opération. Avec du bon travail, des produits et un service attrayant, nous pensons pouvoir y arriver.

Selon vous, les conditions propices pour une entrée dans le secteur de la téléphonie et de l?Internet ne sont pas réunies. A partir de quel moment est-ce que ce sera le cas ?

Il ne pourrait pas y avoir de vraie libéralisation dans ce secteur si les conditions favorables ne sont pas réunies. Tout dépendra de facteurs tels que le coût de l?interconnexion sur lequel travaille l?Information & Communication Technologies Authority (ICTA). Si le tarif demeure autour des Rs 5 la minute comme ils voulaient initialement nous imposer, ce n?est pas la peine pour nous de nous lancer.

Nous avons également demandé la révision du coût de la licence qui a connu une très importante majoration il y a quelques semaines. Nous aurions également voulu que l?ICTA encadre les prix de Mauritius Telecom (MT) pour nous donner une chance de faire notre entrée et mieux planifier sur le long terme.

Beaucoup de facteurs hors de notre contrôle décideront du démarrage de nos activités. Si les conditions demeurent les mêmes, nous ne ferons pas partie des nouveaux opérateurs.

Les tarifs d?interconnexion proposés par l?autorité régulatrice, il y a quelques mois, ont été rejetés de manière unanime. Pourquoi ?

Nous aurions dû payer Rs 5 par minute à MT pour pouvoir nous servir de son réseau afin de faire passer notre abonné à l?international. Via l?Internet, cela coûte 33 sous. En passant par le mobile, l?interconnexion pour le même service n?aurait rien coûté. Les opérateurs de mobile auraient ainsi pu offrir des prix imbattables. A travers ce service, l?utilisateur aurait eu accès à l?international. Cela aurait tué la poule dans l??uf. MT a tout de suite compris que ces tarifs-là allaient être à son désavantage.

Les opérateurs du privé demandent des tarifs d?interconnexion peu élevés tandis que MT veut le contraire. Quelle serait la solution ?

Nous sommes d?accord que MT fasse du profit de son réseau. Mais, il faut que cela soit équitable et raisonnable. Valeur du jour, tel n?est pas le cas. Nous avons proposé de mettre sur pied un Universal Service Fund qui serait sous le contrôle de l?ICTA et qui veillera à ce que tout le monde ait accès aux télécommunications. Chaque opérateur y verserait un pourcentage de son chiffre d?affaires. Une partie de ce fonds sera reversée à MT pour que cet organisme ne soit pas pénalisé par l?utilisation de son réseau par d?autres opérateurs.

N?est-il pas normal que Mauritius Telecom, en situation de monopole depuis sa création, voit mal l?arrivée de la concurrence?

Le gouvernement se trouve en déphasage. D?un côté, il est l?actionnaire principal de MT et de l?autre côté, il prône une politique d?ouverture pour le pays. Lorsqu?on libéralise, il y a un prix à payer. Si le gouvernement veut atteindre sa vision, il faut qu?il accepte que l?opérateur historique perde environ 40 % de son marché.

Je comprends qu?accepter une réduction des profits de MT n?est pas facile. D?un autre côté, une vraie libéralisation permettra de booster les télécommunications à Maurice et forcera MT à devenir plus efficiente. Maurice enverra aussi un signal positif aux investisseurs. Finalement, tout le monde en sortira gagnant.

Et le consommateur ?

Il aura le choix parmi plusieurs magasins. Toute une gamme de produits lui sera offerte à différents prix.

Le gouvernement reproche au secteur privé de ne s?intéresser qu?à la téléphonie internationale, génératrice de profits importants. Pourquoi si peu d?intérêt pour la téléphonie locale ?

Pour faire du local, il faut monter son propre réseau et cela coûte cher. Il serait fou de vouloir faire cela alors qu?il y en a déjà un, celui de MT. L?argument n?a pas de sens. Lorsqu?en Grande-Bretagne, les services de train ont été libéralisés, le gouvernement n?a pas exigé aux nouveaux entrants de créer un nouveau réseau de chemins de fer. Pour les télécommunications, c?est pareil. Nous payerons MT pour utiliser son réseau.

Qu?est-ce qui fera le succès d?un opérateur privé sur le marché des télécommunications ?

Le prix auquel nous offrirons nos services est évidemment un facteur important, mais il ne faudra pas négliger la qualité du service. Le prix seulement ne pourra pas faire la différence. Ce n?est pas cela qui fera le succès d?un nouvel opérateur. Nous ne serons en tout cas pas celui qui offrira le service à meilleur marché.

La concurrence s?annonce rude avec une dizaine d?opérateurs dans les starting-blocks pour un marché plutôt restreint. Combien en survivront ?

Si les conditions propices sont là, nous serons trois ou quatre opérateurs à se partager le marché. Sinon, il n?y en aura que deux, MT et Emtel.

Propos recueillis par Patrick HILBERT

?Nous sommes d?accord que MT fasse du profit de son réseau. Mais, il faut que cela soit équitable et raisonnable. Valeur du jour, tel n?est pas le cas.?

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