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Les cinq éléments de Latelyé Pierre Poivre
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Les cinq éléments de Latelyé Pierre Poivre
Partir à la rencontre d?un monde, d?un langage, d?une musique, d?une jeunesse marginalisée. Pénétrer dans cet univers qu?est la délinquance. Sur papier, c?est la nouvelle Zistwar Mistran, de Shenaz Patel. Sur scène, c?est la pièce Elemental, de Latelyé Téat Pierre Poivre.
Elemental ou l?ensemble de talents et de techniques scéniques, comme autant de composantes d?un tableau sombre que personne n?aime regarder. «Ces gens-là », que désigne Rowin Narraïdoo, le metteur en scène. Ces jeunes-là, ces délinquants, ces tranches de vies que l?on rejette du tout au tout. C?est de ces morceaux de vie brisée que Latelyé Téat Pierre Poivre nous retrace leur histoire.
Pour mettre en scène la nouvelle créée pour la Collection Maurice, par Shenaz Patel, Rowin Narraïdoo devait retravailler la structure même du texte. «Une nouvelle n?est pas faite pour la scène. Ce fut pour moi un challenge que de l?adapter pour le théâtre,» explique Narraïdoo.
En lieu et place de styles d?écriture, l?on nous propose donc diverses techniques théâtrales. Ainsi, non seulement nous verrons sur scène des comédiens de théâtre, mais aussi un griot, des marionnettistes, des mimes, des ombres chinoises. «Et un jeu de lumière et un décor très fonctionnels,» précise bien Rowin Narraïdoo.
Le décor, simple et ingénieux, est principalement constitué d?un ensemble triangulaire qui se transformera en tabagie, en restaurant et en boutique. «Avec tous ces éléments, marionnette, mime, théâtre d?ombres, avec des comédiens qui apportent chacun son savoir-faire, nous formons Elemental,» résume le metteur en scène. L?histoire sera contée par le griot rodriguais Rosange André. «Un conteur, dit-il, travaille entre les lignes du texte, au dessus.»
Avec Rowin Narraïdoo, il a retravaillé la dialectique du texte pour pouvoir mieux raconter. Les deux avaient une vision différente et sont «finalement arrivés à un compromis,» raconte justement Rosange, en riant.
Griot dans l?âme, il explique que pour lui, une histoire n?a pas de fin, ni de début d?ailleurs. Sa voix grave et cassée se module selon le ton voulu et il raconte avec fougue, faisant virevolter ses courtes dreadlocks. «Je suis né pour ça,» ajoute-t-il très solennel.
Soudain, il part se préparer pour la répétition. Pour chaque personne qu?il approche, il a un bon mot qui fait sourire. Sans mot dire, il revient sur scène en costume et commence son monologue comme s?il continuait une conversation entamée plus tôt. Il marche de long en large avec son triangle, sautille, bouge violemment. Il est ce jeune qui raconte sa triste vie. Et soudain la grave voix cassée rassurante devient étouffée et angoissante.
L?homme qui il y a cinq minutes nous faisait sourire volontiers nous cloue maintenant sur place. Il termine en chantant et vient s?asseoir sur le bord de la scène pour guetter nos réactions.
Tout au long de la pièce, il va mettre en place l?histoire avant de passer le relais aux comédiens. «Je raconte puis je fige le temps,» nous montre-t-il par d?énergiques mouvements, «puis je continue l?histoire.»
Derrière lui, des techniciens poursuivent l?installation du décor. Rowin Narraïdoo s?installe à son tour sur scène. La répétition va commencer, en attendant la représentation, ce soir. Elemental, ce soir 20 heures au Théâtre de Port-Louis.
Entrée Rs 100.
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