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Les bateliers en pleine tempête

20 octobre 2003, 20:00

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Les opérateurs de bateaux de plaisance de la région du débarcadère, Trou-d?Eau-Douce, sont catégoriques : il n?est pas question de changer de base d?opération. Ils évoquent comme principales raisons la perte de leurs clients et l?absence de sécurité à Le Maho où une billetterie et une nouvelle jetée sont en construction. Ces deux projets, financés respectivement par le gouvernement et le groupe Sun International, visent à harmoniser les activités des bateliers du village.

Le président de la Pleasure Craft Association, Prem Beerbul, estime qu?en canalisant les quelque 70 bateliers vers un seul lieu d?embarquement, le gouvernement ferait indirectement le jeu des grands établissements hôteliers de la région. ?Ces hôtels opèrent des catamarans pour la traversée jusqu?à l?île-aux-Cerfs, la cascade de Grande-Rivière-Sud-Est et les autres destinations prisées des touristes. Il faut que les clients de ces établissements soient aussi canalisés vers la billetterie. Au cas contraire, il ne nous restera que des touristes sacs à dos. Ce qui nous conduirait vers une mort lente?, explique-t-il.

?Nous ne travaillons que cinq mois par an?

Prem Beerbul souhaite l?intervention du gouvernement pour que les bateliers bénéficient comme les hôtels des packages des grands tours opérateurs. ?Nous sommes aussi contre une éventuelle décision qui interdirait aux bateliers de Trou-d?Eau-Douce d?effectuer la traversée jusqu?à la cascade de Grande-Rivière-Sud-Est. Une telle mesure serait aussi désavantageuse pour des opérateurs de GRSE. Que feront-ils lorsque le niveau d?eau de la rivière sera trop bas et rendra la navigation impraticable ? Il ne faut pas oublier qu?il y a des opérateurs venant d?aussi loin que Grand-Gaube et Mahébourg?, souligne le président de l?association.

Selon lui, le coût d?opération d?un hors bord s?élève à environ Rs 40 000 par an. ?Nous ne travaillons que cinq mois de l?année et nous obtenons des revenus de Rs 45 000 par bateau pour cette période?, indique-t-il.

En raison de la forte brise, Prem Beerbul estime que le ponton du débarcadère est idéalement situé, offrant plus de sécurité pour les passagers à l?embarquement pour la traversée. ?Ce ponton a été reconstruit en béton depuis une quinzaine d?années. Il est suffisamment large pour accueillir des dizaines de passagers. Au lieu d?investir Rs 6 millions dans la construction d?une billetterie et d?une jetée à Le Maho, on aurait pu utiliser cet argent pour d?autres projets à l?intention des pêcheurs et des bateliers du village?, soutient-il.

<B>Compétition féroce

Le président de la Pleasure Craft Association affirme qu?il n?est nullement de mauvaise foi et qu?il a toujours recherché la collaboration des ministres concernés pour régler les problèmes. Selon lui, c?est grâce à l?intervention de l?association que la trade licence des bateliers a été ramenée de Rs 8 500 à Rs 5 500, qu?un passage a été identifié pour les bateliers et que 85% de duty free a été obtenu sur les pièces de rechange des bateaux.

Kaviraj Bhageloo, autre propriétaire de bateau, opère dans la région du débarcadère depuis dix ans. Il craint de perdre tous ses clients s?il change de site d?opération. ?Nos clients ne viennent pas des hôtels de la région. Nous avons à faire du marketing sur place. Si nous nous installons à Le Maho, la compétition sera plus féroce avec les autres opérateurs de ce quartier. Là-bas, nous serons automatiquement défavorisés. Au débarcadère, je n?ai jamais eu maille à partir ni avec des pêcheurs ni avec des habitants?, ajoute-t-il.

Clarel Luxe, lui, déplore que ?le développement dans le village se fait seulement dans la région du four à chaux à Le Maho?. Le débarcadère, dit-il, offre plus de sécurité et plus d?espace pour le mouvement des passagers. Le skipper Anil Kumar Hanooman redoute la forte brise d?hiver qui rend la navigation périlleuse à partir de Le Maho. ?Nous ne sommes pas contre le développement, mais il faut assurer la sécurité de nos clients. De plus, il n?y a pas suffisamment d?espace de parking à Le Maho et la route Royale est trop étroite, ce qui peut provoquer des accidents ou des embouteillages?, dit-il.

Les bateliers font aussi ressortir que Le Maho est la seule partie du village considérée comme une plage publique. Les nouvelles structures d?accueil qui sont mises en place, disent-ils, vont encombrer la plage.

<B>Tiboy, le skipper

Les risques du métier

Premanand Dundoo, Tiboy pour ses amis, avait tout juste 14 ans lorsqu?il s?était retrouvé pour la première fois à la barre d?un speed boat. Dix-huit ans après, la traversée du débarcadère de Trou-d?Eau-Douce à l?île-aux-Cerfs ou à la cascade de Grande-Rivière-Sud-Est est devenue pour lui un ?jeu d?enfant?. ?Le métier de skipper est ma passion. Je ne pourrais jamais faire autre chose. Bien sûr, c?est un métier qui comporte beaucoup de risques?.

Célibataire, Premanand passe le plus clair de son temps en mer. De 8 h 30 à 17 heures, sept jours sur sept, il transporte des visiteurs, pour la plupart des touristes. ?Je préfère travailler avec des étrangers qui sont toujours à l?heure. J?aime bien les gens ponctuels et disciplinés qui ne posent pas problème pendant la traversée?. Lorsque le hors-bord fonce à vive allure, Premanand sait à quel endroit il faut éviter les turbulences pour améliorer le confort des passagers. Mais de temps à autre, il ne peut empêcher le bateau de provoquer de fortes secousses. Cela donne des sensations fortes. ?Les femmes enceintes doivent s?abstenir?. Si la traversée en speed boat jusqu?à l?île-aux-Cerfs est une aventure excitante, elle devient moins agitée à l?approche de la cascade de Grande-Rivière-Sud-Est. En certains endroits, le lit de la rivière est peu profond pour filer à vive allure. Grâce à l?adresse de Premanand qui sait éviter les nombreux rochers émergeant à la surface de l?eau et les autres obstacles, le passager a l?impression de glisser sur le plan d?eau. Il savoure en même temps la splendeur du décor, la magnifique paroi rocheuse où de grands arbres semblent être en équilibre instable. ?Je me demande comment ces arbres ont pu résister aux cyclones?, commente un visiteur.

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