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?Les banquiers peuvent désormais travailler l?esprit tranquille?
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?Les banquiers peuvent désormais travailler l?esprit tranquille?
- Quels sont les arguments qui ont conduit le tribunal de Port-Louis à rayer les charges provisoires qui étaient portées contre vous par l?ICAC ?
Le jugement établit que l?article 14 du Financial Intelligence and Anti Money Laundering Act 2002 (FIAMLA) ne fait pas obligation à un employé de banque de divulguer une transaction qu?il juge douteuse. C?est la banque, en tant qu?entité, qui a cette responsabilité. Si elle ne l?assume pas, c?est au régulateur d?agir. De toute façon, selon un règlement promulgué en juin de cette année, c?est une personne particulière au sein d?une banque, le Money Laundering Reporting Officer, qui a pour devoir de rapporter à la Financial Intelligence Unit(FIU) tout cas suspect qui est constaté. Ce n?est pas l?employé qui traite du cas suspect qui doit en informer la FIU.
- Il y avait une première accusation faite contre vous le
23 juin que l?ICAC a rayée le
10 juillet. Quelle était la cause de ce revirement ?
Ils avaient d?abord invoqué l?article 17 qui fait référence à la vérification de l?identité des clients d?une banque. Cette clause est entrée en vigueur seulement après la promulgation des règlements prescrits, soit bien après les faits qui me sont reprochés par l?ICAC. Quand l?ICAC s?est présentée en cour le 10 juillet, elle n?a même pas essayé de se défendre. Elle a tout bonnement annulé ces premières accusations pour essayer l?article 14. Là encore, j?ai été accusé d?un délit qui n?existe pas sous la loi.
- Le jour de votre arrestation vous avez dit que 50 % des banquiers devraient s?inquiéter de leur situation si la vôtre n?était pas trouvée frivole?
Il est clair que le législateur souhaitait punir seulement quelqu?un qui était conscient qu?une transaction était suspecte et qui se taisait néanmoins. La charge qui était retenue contre moi, en sus de ne pas exister dans la loi, n?a à aucun moment démontré que j?avais connaissance d?une quelconque transaction suspecte. Les banquiers et autres financiers peuvent désormais travailler l?esprit plus tranquille. C?est peut être la seule utilité de cet épisode délirant, mais cela n?excuse en aucune manière les dégâts causés et le mal fait.
- Estimez-vous que votre arrestation par l?ICAC a fait un tort considérable au secteur bancaire ?
Certainement. Il s?agit tout de même de la MCB, une banque qui contrôle 50 % du business, qui a une crédibilité et une notoriété bâties au cours de 165 années. Quand on jette de la boue sur vous, les éclaboussures ne vous quittent jamais totalement. Bien sûr, on va corriger une part du tort qui est fait mais suite à une nouvelle choc de cette ampleur, on ne peut pas défaire entièrement ce que l?ICAC a fait.
- Sur la base du jugement rendu hier, comptez-vous poursuivre l?ICAC en justice pour demander réparation ?
On va penser à notre stratégie. Dans l?immédiat, il faut penser au main case ou à la mareva. Ce qui est certain, c?est qu?on va cesser de collaborer avec la commission. Comment voulez-vous qu?on maintienne des relations cordiales avec une institution qui a logé des charges frivoles contre vous ? J?ai subi un préjudice gratuit. Il y a un mal qui est causé à ma famille, à mes parents. Ce que je peux dire, à ce stade, c?est qu?on ne peut pas jouer avec la réputations des gens impunément.
- Quand on vit une telle épreuve, on en sort grandi d?une certaine manière ?
Je suis trop en colère pour me sentir grandi.
- Le regard des autres est-il modifié quand on subit ces épreuves ?
Les gens qui comptent pour moi, ceux en qui j?ai confiance ne m?ont pas déçu. En revanche, je note que les gens ont aujourd?hui peur de se mouiller. L?on démontre une certaine loyauté, de la sympathie et de l?amitié mais l?on ne se mouille pas. Les gens ont peur de s?exprimer. La liberté de penser s?est affaiblie.
- Peut-on parler de malveillance dans la manière de faire de l?ICAC à votre égard ?
Je ne sais pas. Parce que l?ICAC est une jeune institution qui vient juste de démarrer, elle a le devoir d?être d?autant plus prudente dans l?utilisation des pouvoirs qui lui ont été octroyés. Or, elle a systématiquement privilégié des actions spectaculaires pour essayer de démontrer son indépendance. En voulant trop faire pour prouver que son indépendance lui permet de ne pas ?guette figir? elle a fini par ?perdi figir?. Elle devrait maintenant plutôt ?guette dossiers? , se basant sur des faits, des preuves et non sur des accusations non avérées et des théories excitantes proposées par des fabulateurs déjà pris en flagrant délit de mensonge. C?est mon souhait le plus cher.
- Dans quelles conditions se sont déroulés vos interrogatoires à l?ICAC ?
Quand on passe six heures à l?ICAC, cela comprend beaucoup de temps perdu et environ une heure et demie de travail. Durant les deux premières sessions, ils ont parlé beaucoup plus que moi. Je dirais qu?ils ont essayé de faire avancer l?interrogatoire dans la direction qu?ils souhaitaient.
- Même si aucun délit n?a été commis aux yeux de la loi, avez-vous le sentiment que vous avez commis une faute professionnelle par rapport aux dossiers Handsome ou Searock ?
Non. Je me suis assuré de l?identité du client. Il a fait le nécessaire pour que ses dettes soient remboursées
- Quel avenir prévoyez vous pour l?ICAC ?
Ces derniers jours, l?ICAC, à travers le commissaire Beekharry, a dit que la corruption était ?entrée partout?. Il dit cela après des semaines pendant lesquelles il a fait défiler chez lui, sous les feux des projecteurs, des journaux pas toujours bien intentionnés, le président de la MCB, le General Manager, l?assistant General Manager, l?auditeur interne, le Fraud Auditor, une employée de la section informatique de la banque, le gouverneur et le Managing Director de la Banque centrale ainsi que le ministre des Services financiers et du Développement économique.
Le pays a besoin d?une certaine ICAC pour combattre la fraude et la corruption, une commission qui agit avec discernement, intelligence et clairvoyance.
Monsieur le commissaire Beekharry répète depuis quelque temps qu?il n?y a que les corrupteurs et les corrompus qui devraient avoir peur de l?ICAC. J?ai une nouvelle pour lui : je ne suis ni corrompu, ni corrupteur. Je me suis même toujours investi dans le combat contre la corruption et pourtant j?ai peur de son ICAC. Je ne suis certainement pas le seul.
Propos recueillis par
Raj MEETARBHAN
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