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Les banques à l?assaut de la région
L?industrie bancaire n?a jamais connu pareille ébullition. Sur le marché local, la concurrence fait rage pour attirer des dépôts ou vendre du crédit. Et pour cause, une compétition coupe-gorge est le seul moyen de survivre dans un environnement saturé par le nombre de banques. Pour s?assurer une marge de croissance correcte, les banques du pays se tournent, de plus en plus résolument, vers la région et l?international.
C?est dans un tel contexte que trois nouveaux venus pensent se faire une place au soleil. Ils misent, eux aussi, sur la région pour se développer tout en ne négligeant pas la possibilité d?exploiter des niches sur le marché local.
Avec 19 banques et plus de 170 agences à travers l?île, certains estiment que le pays est sur-bancarisé. Le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), Rundheersing Bheenick, avait fait un bref commentaire à ce sujet, l?année dernière, lors de l?ouverture d?une agence de la Banque des Mascareignes.
«Il se dit que notre pays est sur-bancarisé avec plus de 170 agences locales pour une population d?environ 1,2 million d?habitants. Or, Maurice doit impérativement attirer des capitaux internationaux pour poursuivre son développement», a dit le patron de la Banque centrale.
Face au nombre de banques et d?agences, il convient, toutefois, de faire une distinction. Les 19 banques du pays ne sont pas toutes destinées à servir le marché local. Au moins sept d?entre elles sont presque exclusivement des banques offshore. Il reste, quand même, une douzaine de banques pour 1,2 million d?habitants. Est-ce trop ? Pas si on estime que plus il y a de banques, plus la concurrence est susceptible de jouer en faveur des consommateurs de produits bancaires.
Mais tout le monde n?est pas du même avis. Dans un rapport sur le secteur financier local, le Fonds monétaire international (FMI) avait vu d?un mauvais ?il l?octroi de trois nouvelles licences bancaires par la BoM. On peut, en effet, arguer qu?il vaut mieux avoir cinq ou six banques solides plutôt qu?une douzaine de banques fragiles. Et ce, en raison, justement, de la dispersion des actifs sur un plus grand nombre de banques.
En fait, le paysage bancaire est dominé par deux banques, la Mauritius Commercial Bank (MCB) et la State Bank of Mauritius (SBM), qui représentent à elles deux, 70 % des dépôts et des crédits. La Barclays suit loin derrière avec 10 % de parts de marché. Les autres banques se partagent les 15 % restant. C?est dire combien leurs marges sont étroites. C?est, sans doute, une des raisons pour laquelle la South East Asian Bank (SEAB) a choisi de jeter l?éponge et de vendre son business à la British Americain Investment (BAI).
Comme mentionné plus haut, la région et l?international sont la planche de salut pour s?élever au-dessus des limites du marché local. L?unification des licences offshore et domestiques en 2004 a permis aux banques de vraiment se déployer à l?international, en tirant bénéfice des multiples traités de non-double imposition. L?unification des licences donne également une meilleure lisibilité sur l?apport des activités bancaires internationales.
Ainsi, selon la BoM, le Global Business des banques a connu une croissance de 30 % l?année dernière. Mais le plus parlant, c?est que sur les Rs 135 milliards d?actifs additionnels générés l?année dernière, 80 % proviennent de la région et de l?international !
Pour bien mesurer l?importance des activités bancaires internationales, il suffit de citer l?exemple de la MCB, qui a réalisé 38,6 % de ses Rs 2,46 milliards de bénéfices à l?international. La Caravelle est présente à Madagascar, au Mozambique et aux Seychelles. La MCB est également active à La Réunion, Mayotte et Paris à travers la Banque Française Océan Indien. Forte des ces résultats, la MCB compte s?implanter aux Maldives et ouvrir une représentation à Johannesburg, en Afrique du Sud, pour être encore plus près du marché de l?Afrique sub-saharienne.
La Hongkong and Shanghai Corporation (HSBC) réalise, elle, l?essentiel de son chiffre d?affaires et de ses bénéfices grâce aux transactions internationales. La HSBC s?est incorporée à Maurice pour pouvoir bénéficier des avantages du réseau de traités de non-double imposition. Elle tire également avantage de l?ensemble du réseau de la HSBC à travers le monde qui lui apporte des affaires.
«Le paysage bancaire est dominé par deux banques, la ?Mauritius Commercial Bank? (MCB) et la ?State Bank of Mauritius? (SBM), qui représentent à elles deux, 70 % des dépôts et des crédits.»
Si la région est sur les radars des investisseurs en provenance des pays d?Asie notamment, c?est grâce à un taux de croissance élevé. Selon la Banque mondiale, l?Afrique sub-saharienne enregistrera une croissance de 6,4 % cette année contre 3,3 % de croissance mondiale.
Cette ouverture vers la région va se renforcer avec l?arrivée de nouveaux venus dans le paysage bancaire. L?AfrAsia Bank Limited du groupe Mon Loisir, tout comme la First City Bank (FCB), misent surtout sur la région pour se développer. «Le marché local n?est pas énorme. C?est le marché régional qui nous fera grandir», déclare d?emblée Raj Dussoye, le Chief Executive désigné de la FCB, rachetée par Ciel Investment et son partenaire africain, l?Investment and Mortgages Bank du Kenya.
Raj Dussoye compte sur la synergie que peut générer Ciel Investment, qui est déjà présent dans de nombreux pays africains, et l?Investment and Mortgages Bank, qui est la quatrième plus importante du Kenya. Parmi les pays visés figurent Madagascar, le Mozambique, la Tanzanie, l?Ouganda, l?Afrique du Sud, l?Inde et le Botswana, entre autres.
«Le groupe Ciel a déjà les pieds dans ces pays et notre partenaire africain a également une solide ancrage dans la région. Nous voulons devenir une banque de référence pour la région», poursuit Raj Dussoye.
Néanmoins, la FCB continuera à desservir le marché local en offrant des services bancaires universels à la clientèle individuelle comme aux entreprises (corporate). Interrogé sur l?éventualité de trouver des squelettes dans les placards de la FCB, Raj Dussoye estime que la majorité des squelettes a déjà été repérée. Il est d?avis qu?il y a également des actifs qui n?ont pas encore été réalisés. Il fait allusion aux trois millions de dollars qui dorment dans une banque suisse et à l?appartement de Ketan Somaia ? ex président de la défunte Delphis Bank ? à Londres. «Nous pensons être en mesure de remettre la FCB solidement sur les rails dans un délai de 12 à 18 mois. Nous allons procéder à un rebranding et à une modernisation de la banque. Dans un an, elle aura un tout nouveau visage», déclare Raj Dussoye.
Au niveau de l?AfrAsia Bank, on affiche une grande satisfaction depuis ses débuts en octobre de l?année dernière. «Nous sommes très optimistes. Les quatre premiers mois d?opération ont été au-delà des attentes», déclare Arnaud Lagesse, le patron du groupe Mon Loisir. «Nous avons été très occupés depuis le début de nos opérations. Nous avons accueilli pas mal de dépôts et nous avons également été impliqués dans le financement à crédit de nombre de grandes entreprises et d?organismes publics», ajoute James Benoît, le Chief Executive de la banque.
«Il y a beaucoup d?investissements asiatiques en Afrique en provenance de Chine, de l?Inde ou de la Thaïlande, qui voient en l?Afrique, une bonne base d?opération.»
L?AfrAsia Bank est, avant tout, tournée vers la région et son ambition est, comme son nom l?indique, de servir de pont entre l?Asie et l?Afrique. Le c?ur de métier de la banque est le corporate banking, l?investissement et la gestion de portefeuille. James Benoît déclare compter sur la croissance des investissements asiatiques en Afrique. Maurice investit également de plus en plus en Afrique. Pour lui, l?ambition de faire de Maurice un centre financier régional servant de plate-forme entre l?Asie et l?Afrique est déjà une réalité.
«Il ne faut pas sous-estimer le potentiel de Maurice dans cette dynamique. Le pays a beaucoup à offrir et nous n?en sommes qu?au début. Il y a beaucoup d?investissements asiatiques en Afrique en provenance de Chine, de l?Inde ou de la Thaïlande, qui voient en l?Afrique, une bonne base d?opération. A Maurice aussi, il y a beaucoup d?investissements dans des domaines comme les Technologies de l?information et de la communication, l?externalisation des services, les Integrated Resort Schemes et l?hôtellerie.»
Le retour de la croissance à Maurice comme en Afrique, est donc une opportunité que les banques veulent saisir.
CONTEXTE ACTUEL
<B>Braconnage et débauchage</B>
■ Si les banques ont les yeux tournés vers la région, elles ne négligent pas le marché local pour autant. La compétition est très agressive, comme le démontre les nombreux «billboards» et la publicité dans la presse. Après les taux d?intérêts solde de la MCB à la fin de l?année dernière, c?est au tour de la «Barclays» d?offrir Rs 750 000 d?emprunts sans garantie. La «Mauritius Post Cooperative Bank» offre, elle aussi, des prêts sans intérêt à hauteur de Rs 500 000. La HSBC n?est pas en reste et offre le taux le plus bas pour des prêts logements, affirme-t-elle.
La FCB, reprise par «Ciel Investment», compte démarcher agressivement le marché pour conquérir de nouveaux clients. «Même si le marché local ne grandit pas beaucoup, il y a la possibilité d?attirer de nouveaux clients. Le service est la clé de tout. J?imagine qu?il y a de nombreux clients qui ne sont pas satisfaits des prestations de leurs banques», déclare Raj Dussoye.
De leur côté, les banques déjà installées ne comptent pas se laisser faire. «Nous n?allons pas rester les bras croisés à regarder nos clients partir», déclare un haut cadre de la SBM. Avec ses Rs 2,4 milliards de bénéfices l?année dernière, la MCB a de solides moyens pour faire face à la concurrence. «Ce sera très difficile pour les petites banques de concurrencer les grosses banques de la place», déclare un professionnel de la banque.
Les coûts d?opérations représentent un obstacle difficile à surmonter. «La MCB et la SBM bénéficient d?économies d?échelle de par l?ampleur de leurs réseaux d?agences. Mais pour une petite banque avec cinq ou six agences seulement, les coûts sont élevés. Rien que les salaires représentent un coût important», poursuit notre interlocuteur. Avec l?émergence de nouvelles banques et la croissance de certaines autres, on assiste, depuis un peu plus d?un an, à une surenchère au niveau des salaires des cadres supérieurs. Le braconnage et le débauchage sont devenus des pratiques courantes. La mobilité est devenue une nouvelle caractéristique du secteur bancaire.
Aujourd?hui, les compétences les plus prisées, comme celles de trésorier, se négocient à Rs 250 000 plus une berline. «La croissance des activités dans le secteur bancaire a exacerbé la compétition pour des professionnels qualifiés. Conséquemment, le secteur a enregistré une hausse importante des salaires au niveau des cadres moyens et des cadres supérieurs», note le gouverneur de la Banque centrale. «C?est vrai que la BoM aurait préféré que nous formions nos propres cadres, mais le hic est qu?elle veille de près au profil des professionnels que nous recrutons. Il nous faut donc recruter des banquiers expérimentés pour satisfaire le régulateur», explique Arnaud Lagesse.
<B>La liste des 19 banques du pays :</B>
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AfrAsia Bank Limited
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Bank of Baroda
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Banque des Mascareignes Ltée
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Barclays Bank PLC
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Deutsche Bank (Mauritius) Limited
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First City Bank Ltd
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Habib Bank Limited
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HSBC Bank (Mauritius) Limited
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Indian Ocean International Bank Limited
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Investec Bank (Mauritius) Limited
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Mauritius Post and Cooperative Bank Ltd
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P.T Bank International Indonesia
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SBI International (Mauritius) Ltd.
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South East Asian Bank Ltd
15 Standard Bank (Mauritius) Limited
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Standard Chartered Bank (Mauritius) Limited
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State Bank of Mauritius Ltd
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The Hongkong and Shanghai Banking Corporation Limited
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The Mauritius Commercial Bank Ltd.
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