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Les avoués ont peur
«Les clients ont peur. On ne les voit même plus. » Confidence d?un avoué, sur le seuil de son bureau à la Sterling House. Un peu plus loin dans la capitale, à la Stratton Court, même constat. Depuis que les noms des avoués sont cités en des termes pas très flatteurs devant la commission d?enquête sur les ventes à la barre, un climat de crainte règne au sein de la profession.
La peur est tangible. Les avoués sont nombreux à ne pas vouloir se prononcer sur les cas de malversations alléguées qui éclaboussent certains parmi eux. « C?est vrai qu?il y a eu beaucoup d?abus de la part de certains avoués. Et aujourd?hui à cause de quelques brebis galeuses, l?opprobre risque de nous atteindre tous », s?élève un jeune avoué, qui précise tout de suite qu?il n?a jamais été mêlé à la Sale By Levy.
Ce témoignage, fait sous le couvert de l?anonymat, n?est pas isolé. Parmi la centaine d?avoués, ils sont de plus en plus nombreux à s?élever avec force contre la dizaine d?entre eux qui arpentent la Master and Registrar?s Court, le jeudi lors des terribles séances de vente à la barre.
« La Law Society ne peut pas défendre les brebis galeuses car, ce faisant, elle ternit toute la profession », s?indigne Me Tevarajen Ponamballum. Cet ancien président de l?ordre des avoués ne partage pas l?avis exprimé par l?actuel titulaire, Me Narendra AppaJala : « C?est une fausse perception de dire que notre profession est ternie. »
Le président de la Law Society maintient qu?il n?y a, à ce stade, que des « allégations non vérifiées ». Et pour défendre les avoués, il s?en prend aux témoins de la commission : « Mais pourquoi ne pas demander aux gens qui se disent victimes où est passé l?argent qu?ils ont emprunté ? »
L?avocat Yousuf Mohamed, qui défend l?un des avoués incriminés, abonde dans le même sens : « Il est trop facile de se déclarer victimes pour ensuite formuler des allégations sans preuve et salir la réputation des autres. Je lance un appel aux autorités pour qu?elles mesurent la portée des accusations contre les avoués avant d?arrêter qui que ce soit. »
Malgré des mises en garde, force est de constater que deux avoués ont été arrêtés avant même la conclusion de la commission d?enquête. « C?est l?Icac, après un travail de fourmi, qui a arrêté ces deux avoués. D?autres arrestations sont à prévoir », fait ressortir Harish Boodhoo, devenu le défenseur des victimes devant la commission d?enquête.
<B>C?est la seule façon de redorer notre blason »</B>
Ce dernier mène actuellement une campagne de mobilisation afin de recueillir un maximum de témoignages contre les avoués : « Des avoués menacent de poursuivre ceux qui les dénoncent. Pourtant ils savent très bien que des témoignages devant une commission d?enquête ne peuvent être sujets à des poursuites. Ce n?est ni plus ni moins que de l?intimidation des avoués qui ont peur que le public soit au courant de leur manière d?agir ».
Face à cela, le président de la Law Society estime que ce ne sont pas les avoués qui doivent être blâmés : « Le problème se trouve ailleurs, notamment la capitalisation des intérêts par les créanciers, les penalty rates et un taux d?intérêt lourd à l?emprunt. »
Il ajoute toutefois qu?il se peut qu?il y ait un confrère qui ait commis une faute professionnelle ou qui a pris une mauvaise initiative, mais ce n?est pas une raison de clouer au pilori toute une profession. Selon Me Narendra AppaJala, « l?arrestation d?un ministre ou d?un policier ne constitue pas un désaveu de toute la classe politique ou de la police ».
Me Ponambalum va plus loin : « La Law Society ne peut plus rester les bras croisés. Des sanctions doivent être prises a l?encontre des membres qui auraient fauté. C?est la seule façon de redorer notre blason ».
Il aura donc fallu la commission d?enquête et deux arrestations pour que finalement les avoués et la Law Society réagissent. Reste à voir maintenant si, dans la réalité, des actions seront prises par des avoués contre des avoués?
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