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Les amuse-gueule pataugent dans le gras des lobbies

23 novembre 2004, 00:00

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Le ton est ferme. Le ministère de la Santé ne veut plus des amuse-gueule contenant plus de 10% de graisses saturées sur le marché. Cette mesure, prise à la fin d?octobre, n?amuse pas les sociétés qui commercialisent les snacks. Loin de se contenter de faire la gueule, elles ont monté un lobby pour convaincre le gouvernement de faire demi-tour.

Ce regroupement est logique car le marché des amuse-gueule est très lucratif. Environ 6 000 tonnes d?amuse-gueule sont vendues chaque année. Chaque Mauricien consomme ainsi presque un demi-kilo de ces menues friandises par mois. Ce qui équivaut à environ un sachet quotidien de Twisties (de 20 g) par tête d?habitant.

Les importateurs et fabricants d?amuse-gueule récusent ces statistiques. Ils insistent que le pays ne consomme que 300 tonnes par an. Selon ces chiffres, chaque Mauricien ne consommerait qu?un gramme d?amuse-gueule chaque jour. Cela paraît peu probable vu l?importance accordée dans les commerces aux amuse-gueule. Certains hypermarchés consacrent jusqu?à deux rayons entiers aux snacks, ce qui reflète leur popularité et la compétition qui existe sur le marché mais également l?importante marge de profits réalisés sur ces produits.

Tout en insistant que le marché est petit, les fabricants et importateurs font pourtant un forcing auprès de l?Etat. L?objectif est de renverser l?interdiction imposée par le ministère de la Santé. Tous les moyens sont bons, y compris un chantage à peine voilé.

Confrontées à des conteneurs bloqués en douane, certaines entreprises affirment que leurs employés sont au chômage technique. D?autres brandissent la menace de licenciements. Le secteur affirme qu?une cinquantaine de personnes perdront leur emploi si le ministère de la Santé persiste avec son interdiction. Cette tactique est rare à Maurice mais elle est souvent utilisée par les lobbies à travers le monde pour arriver à leurs fins. Elle ne devrait pas toutefois faire flancher le gouvernement, à moins que celui ci ne se montre sensible à toute menace de perte d?emploi à quelques mois des élections générales.

?Règlement arbitraire qui n?a aucun équivalent au monde? est le slogan utilisé par le lobby pro-amuse-gueule. Certes, le ministère de la Santé est allé loin dans sa croisade contre les maladies non transmissibles mais il n?avait plus vraiment le choix. L?Etat a réalisé que l?éducation des citoyens et les campagnes de posters douteux ne produisent pas les résultats escomptés.

Les nutritionnistes ont beau prêcher les vertus d?une alimentation équilibrée mais leurs conseils sont rarement suivis. L?alimenation étant un sujet très personnel, les Mauriciens sont offensés quand une tierce personne tente de contrôler ce qu?ils mangent ou boivent. Et ce, même s?ils sont déjà atteints d?une maladie qui nécessite une alimentation contrôlée.

Le résultat est effrayant. La population est malade. Plus de quatre Mauriciens sur dix sont obèses alors que 100 000 personnes sont diabétiques. Il y a également des milliers d?autres qui sont atteintes de maladies cardio-vasculaires, dont l?hypertension. Confronté à une telle crise, le ministère n?avait plus le choix.

Conforme à la tendance mondiale

Après avoir échoué à réduire la demande, soit la consommation des aliments gras à travers l?éducation, l?Etat s?en est donc pris à l?autre bout du problème : l?offre. L?attaque contre les amuse-gueule cadre avec cette politique. La logique est simple : si les Mauriciens ne trouvent pas de produits gras sur le marché, ils ne pourront plus en consommer et devront se tourner vers des produits plus sains.

Arbitraire, la décision du ministère de la Santé l?est sûrement car elle n?a pas été prise après négociation. Toutefois, elle est conforme à une tendance mondiale. En Grande-Bretagne, par exemple, les écoles ne peuvent plus en vendre aux enfants. Aux Etats-Unis, les amuse-gueule pourraient être interdits des écoles.

Cette croisade contre les produits contenant des taux élevés de matières grasses, de sel et de sucre suit la montée fulgurante de l?obésité et des maladies cardiovasculaires à travers le monde. A tel point que ce n?est plus seulement une question de santé mais un problème économique. Le traitement des malades coûte très cher. Les hôpitaux mauriciens subissent déjà les contrecoups.

A travers le monde, les fabricants d?amuse-gueule ont réagi. Si certains ont introduit des gammes plus saines, d?autres ont changé les ingrédients pour que leurs produits soient moins gras. A Maurice, le lobby des fabricants et importateurs insiste sur le statu quo.

Pourtant, certains ont déjà fait des efforts pour que leurs produits répondent aux nouvelles normes. Un importateur est même allé jusqu?à exiger un changement de l?huile de friture de son fournisseur malais, ce qui n?est possible que pour des grosses commandes. Si on veut, on peut mais le lobby n?affiche aucune volonté dans ce sens.

La guerre sur les amuse-gueule oppose deux visions différentes. D?un côté se trouve l?Etat qui veut arrêter la spirale des maladies cardiovasculaires et de l?autre des entreprises qui ne songent qu?à leurs caisses. Pourtant, l?Etat perdra également des sous si les importations baissent car les amuse-gueule sont frappés de droits de douane variant entre 55 % et 65 %.

Selon les dernières indications, ce sera au Conseil des ministres d?arbitrer. Il faudra donc choisir entre la santé ou les roupies. Le ton ferme du ministère de la Santé devrait vaincre ceux que les lobbies auraient convaincus dans les couloirs sombres de l?hôtel du gouvernement. Cela lancera alors un signal fort. La croisade contre les junk foods devrait ensuite s?attaquer aux boissons gazeuses hyper sucrées destinées aux enfants et forcer un meilleur étiquetage des produits alimentaires. A moins que le cabinet ne fasse une pantalonnade et laisse la population se goinfrer de nourriture malsaine jusqu?à ce que mort s?ensuive?

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