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Les Allemands soucieux du climat délaissent les tropiques

15 mars 2007, 00:00

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Face au réchauffement climatique, les Allemands, férus d’écologie et plus grands voyageurs au monde, commencent à se demander s’ils ne devraient pas renoncer parfois à prendre l’avion, et partir en vacances au bord de la Mer du nord, plutôt que sous les tropiques.

“À court et moyen terme, les gens vont en être de plus en plus conscients : l’avion émet énormément de gaz à effet de serre, beaucoup plus que la voiture ou le train”, résume Mandred Stock, qui travaille sur ces questions à l’Institut de recherche sur le climat de Potsdam, près de Berlin.

“Si on ajoute à cela le fait que, dans les décennies à venir, les étés chez nous seront de plus en plus chauds, les vacanciers feraient mieux de partir à l’île de Sylt, en mer du Nord, plutôt qu’aux Seychelles”, ajoute-t-il. L’idée ne semble pas choquer l’opinion, au contraire : selon un sondage publié hier par la chaîne N24, 68 % des Allemands seraient prêts, au nom de la protection de l’environnement, à renoncer à partir à l’étranger, et 45 % accepteraient que les billets à bas coût soient davantage taxés.

La question climatique préoccupe les professionnels du voyage au Salon international du tourisme (ITB) de Berlin. “Les voyagistes feraient bien d’anticiper les changements à venir”, a expliqué Stephan Bakan, chercheur à l’institut Max-Planck de météorologie de Hambourg (nord). Le réchauffement climatique, estime ce scientifique, pourrait induire un bouleversement de la carte mondiale du tourisme. “Il y aura de moins en moins de neige en hiver dans les Alpes, si bien qu’on ira skier en Scandinavie, et les stations balnéraires de la Méditerrannée seront concurrencées par de nouvelles destinations, plus au nord”, prédit-il.

Même si la première destination des touristes allemands reste l’Allemagne, Majorque ou Corfou, voire les Maldives sont des destinations très prisées : les cohortes d’Allemands qui s’y rendent chaque année seront-ils prêts à y renoncer pour le bien-être de la planète ? Les pouvoirs publics devraient en tout cas les y contraindre en s’attaquant à leur porte-monnaie, estime Manfred Stock. “Les billets d’avion sont trop bon marché. Cette situation n’est pas tenable à long terme”, affirme le chercheur, qui préconise une taxation plus importante du secteur. Le transport aérien, ajoute-t-il, doit être soumis aux quotas d’émission de CO2, comme le préconise la Commission européenne.

Les compagnies aériennes elles-mêmes participent prudemment au débat. L’Allemande Lufthansa a récemment annoncé qu’elle allait proposer à ses passagers de payer, s’ils le souhaitent, un supplément destiné à financer des projets de lutte contre l’effet de serre, suivant un mécanisme déjà expérimenté par des Organisations non-gouvernementales (ONG). Mais les compagnies à bas coût, qui comptent pour une large part dans l’explosion du trafic en Europe et dont le modèle économique serait largement remis en cause en cas d’augmentation forcée des tarifs, ne l’entendent pas de cette oreille.

“C’est un débat absurde, totalement hystérique”, s’emporte Peter Hauptvogel, de la compagnie “low-cost” Air Berlin. “Les centrales thermiques émettent considérablement plus de CO2 que les avions, personne n’en parle. D’ailleurs, nos avions sont de plus en plus propres”, argumente-t-il. Les professionnels des voyages au long cours ne se montrent pas trop inquiets. “Les gens ne renonceront pas au voyage dont ils ont toujours rêvé, même s’il est un peu plus cher. Le voyage, c’est aussi la rencontre avec d’autres cultures”, analyse Taina Opura, de l’office du tourisme de Tahiti en Allemagne.

Pour la presse populaire, ce débat a finalement quelque chose d’agaçant. “Allons-nous, les Allemands, devoir sauver la Terre à nous tout seuls ?” se demandait ainsi en début de semaine le quotidien Bild, le plus lu d’Allemagne. “On n’a même plus le droit de prendre l’avion pour les vacances, mais les autres (peuples) continuent à empester l’atmosphère”.

<I>© AFP</I>

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