Publicité
Les agences de voyages en sursis
Air Mauritius ne baissera pas ses commissions aux agences de voyages le 1er avril, comme annoncé précédemment. Les commissions restent donc à 7 %? jusqu?au 31 mars 2008. Au 1er avril de l?année prochaine, le principe du zéro commission deviendra donc une réalité pour Air Mauritius (voir interview).
Les agences de voyages ont obtenu un sursis. L?accord est intervenu il y a une semaine. Les agences avaient négocié dur, depuis le 8 janvier, lorsqu?Air Mauritius avait signifié son intention de réduire les commissions qu?elle verse sur la vente des billets d?avion, de 7 % à 5 %.
?Mais tout sera dans la façon de faire les choses. Nous allons continuer de dialoguer. Nous avons trois mois pour élaborer quelque chose?, indique Willy Chung, le président de la Mauritius Associaiton of IATA Travel Agents (MAITA).
Marché restreint
La commission sur les billets est le revenu principal des agences. Elles devront donc réformer leurs services, en offrir de nouveaux. Et ce sera le public voyageur qui fera les frais de cette réforme. Kamlesh Rampoortab, président de la IATA Travel Agencies Owners Association, une autre association d?agences, n?est pas prêt à absorber ces coûts. ?Si nous voulons survivre, c?est le public qui devra payer?, n?hésite-t-il pas à affirmer.
Entre-temps, les agences sont en sursis. Emirates Airlines, elle aussi très active sur le marché local, s?aligne sur la même position qu?Air Mauritius, pour l?instant. ?Nous n?envisageons pas de changer le régime de commissions versées aux agences, à ce stade?, indique Oomar Ramtoola, le directeur d?Emirates pour l?océan Indien. Air France ne se prononce pas encore. Seul British Airways prend les devants?
La compagnie aérienne britannique, l?une des pionnières de la commission zéro sur le marché international, réduit ses commissions aux agences mauriciennes à 1% à partir du 1er mai. La décision est publique depuis le 3 mars (voir encadré).
Pour Willy Chung, le coup est rude mais il devrait surtout affecter les relations entre British Airways et les agences de voyages. ?Nous allons travailler avec les compagnies qui nous offriront les meilleurs avantages. Les compagnies prennent leurs décisions en se basant sur des considérations économiques, il en va de même pour les agences?, dit-il.
Pour la MAITA, la décision de diminuer, voire d?annuler la commission ne correspond pas aux réalités du marché mauricien, un marché restreint. En Afrique du Sud, où la commission n?est plus qu?un souvenir, les choses sont différentes. ?Il y a un marché intérieur important, un volume de trafic pour amortir?, explique Willy Chung. Pour lui, il y a donc une ?spécificité mauricienne?, à préserver.
Pour Kamlesh Rampoortab, la commission zéro, ?c?est impensable, à Maurice?. ?Sinon nous irons vers une crise sociale?, n?hésite-t-il pas à soutenir.
Mais pour Air Mauritius, zéro commission ne veut pas dire zéro rémunération (voir interview). La compagnie veut en effet accompagner les agences dans un système de rémunération basé sur la performance, encore à définir.
Pour les agences, cette solution serait plutôt un pis aller. ?Il faudra connaître les détails des mesures d?accompagnements d?Air Mauritius?, note Kamlesh Rampoortab, énumérant les frais des agences : loyer, salaires, garanties bancaires. Il explique aussi qu?elles accordent des facilités de crédit aux entreprises, aux hommes d?affaires.
Willy Chung estime qu?en prenant la décision d?abolir la commission, une compagnie aérienne ne considère plus l?agence comme un partenaire. ?Nous entrons dans un modèle de confrontation?, n?hésite-t-il pas à dire. L?agent devra donc se retourner vers la clientèle. ?Il nous faudra nous assurer dans un tel contexte que nous offrons la valeur ajoutée?, indique encore Willy Chung.
2008 sera l?année d?un changement radical, pour les agences. Zéro commission, mais aussi réservation on-line, Maurice ne devrait pas y échapper. Kamlesh Rampoortab n?y croit pas. ?Les Mauriciens ne sont pas prêts à acheter leurs billets sur Internet.? Willy Chung reste cependant optimiste. ?Les agences doivent faire leur homework?, indique-t-il. Les créneaux existent : croisières, safaris, voyages d?affaires, lunes de miel. Mais quel que soit le créneau, le monde des voyages reste tributaire de l?aviation.
DESSERTE
Partenariat Virgin Atlantic - Currimjee Jeewanjee
■ La compagnie aérienne anglaise Virgin Atlantic a choisi Currimjee Jeewanjee & Co. Ltd pour agir comme son représentant commercial exclusif sur le marché mauricien. Le transporteur commence à desservir Maurice à partir d?octobre de cette année. Ce sera la première opération de Virgin Atlantic dans cette région de l?océan Indien.
Pour Currimjee Jeewanjee, il s?agit d?une grande opportunité pour jouer un rôle plus actif dans le secteur du tourisme et du voyage. La compagnie a dans le passé été le ?General Sales Agent? de Singapore Airlines.
CHANGEMENT
British Airways, le ?précurseur?
■ British Airways est en train d?opérer un changement en profondeur de ses pratiques d?opération et de ses relations d?affaires avec les agences de voyages. La baisse des commissions est conforme aux résolutions de la IATA. Ces dernières années ont vu des bouleversements dans le monde des voyages.
Désormais le coût réel du billet d?avion, sur British Airways, sera indiqué sur chaque billet, excluant toute charge et commission d?agence. Des changements en ligne avec la tendance globale, selon la compagnie britannique.
Son représentant à Maurice, Thierry Arékion, a personnellement rencontré les agences de voyages pour leur expliquer ces changements.
?Ils pourraient être mal perçus s?il ne suivait pas la logique d?une nécessaire gestion des coûts d?opération, d?une adaptation permanente aux conditions du marché et d?une demande sans cesse changeante de la clientèle?, explique British Airways dans son communiqué du 3 mars.
STATISTIQUES
Les agents pèsent lourd
■ Elles sont 28 enregistrées au sein de la MAITA et autant chez la ITAOA. Toutes sont accréditées auprès de la International Air Transport Association (IATA). Mais il y a aussi un certain nombre d?agences qui ne font pas partie de ces associations. Les agences accréditées auprès de la IATA sont une centaine au total.
Mais beaucoup d?agences non-IATA ou en phase d?accréditation opèrent sur le marché local. Il faut savoir que le système d?accréditation prévoit une période de rodage pour une agence qui ne peut obtenir son accréditation d?entrée. Elles seraient donc près de 300 à opérer sur le marché local. Et on estime à plusieurs milliers de personnes, le nombre d?employés des agences de voyages.
Question à Donald Payen vice-président Communication et porte-parole d?Air Mauritius
● Quelle sera la nouvelle politique de rémunération d?Air Mauritius pour les agences de voyages ?
Nous avions évoqué une nouvelle politique de rémunération depuis un certain temps déjà. Depuis le début de 2007, nous avons eu des séances de travail afin de voir les modalités de la nouvelle politique de rémunération appelée zéro commission. Zéro commission ne veut pas dire zéro rémunération.
Nous avions exprimé le souhait d?appliquer cette politique graduellement, pour passer à 5% au 1er avril prochain, avant de passer à 0 % au 1er avril 2008.
Mais nous voulons maintenant nous donner du temps pour trouver la formule la plus juste. C?est pourquoi nous avons décidé de faire l?impasse sur la réduction du 1er avril prochain. Ce que nous sommes en train de formuler, en ce moment, c?est cette nouvelle politique de rémunération qui portera sur le volume d?affaires dégagé par chaque agence et sur la croissance du chiffre d?affaires, bref, qui tiendra compte de la performance de l?agence. Mais tout cela est encore au stade de discussions.
Nous sommes sensibles aux craintes de nos partenaires. Mais les évolutions du marché sont devenues une réalité dans plusieurs pays. Nous n?avons pas d?autre choix que de nous mettre au diapason de la pratique internationale.
● Ne pensez-vous pas que l?on risque de voir disparaître tout un corps de métier, celui d?agent de voyages ?
Non, cent fois non ! Je crois qu?il y a une place pour l?agent de voyages qui va innover, offrir un nouveau service, des conseils, une nouvelle gamme de produits et qui sera rémunéré par la clientèle. Nous allons leur proposer des billets qui seront au prix coûtant. Ils feront leur profit en échange de services variés. Et, pour ce types de services, il n?y a pas de limite.
Propos recueillis par T.C.
Publicité
Publicité
Les plus récents