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Les écorchés du crédit facile

9 septembre 2007, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

?Pour les achats à crédit, passez demain. Le crédit est mort, tué par des mauvais payeurs.? Ce slogan, qui tapissait hier encore les murs de maisons de commerce n?est qu?un vague souvenir. Ressuscité dans les années 80 par un certain Mammouth, le crédit s?est depuis ancré dans les moeurs et écorche certains au point de les pousser au suicide.

Jeté en prison pour dette, l?éboueur Labrosse de Camp-Poule, Grand-Baie, avait fini par se suicider. Le scandale n?a pas contribué à changer grandement les choses et le surendettement caractérise de plus en plus la société mauricienne. En témoignent, les jeunes, comme les vieux, qui défilent au bureau de l?Association pour la protection des emprunteurs abusés (APEA), à la rue Célicourt Antelme à Rose-Hill. Et chacun à une histoire différente à raconter. Toutes les unes plus tristes que les autres.

Christelle et Thierry qui se sont adressés à l?APEA vont se marier à la fin de cette année. Leurs revenus nets sont de Rs 18 000. Mais ces futurs mariés ont déjà contracté des dettes pour financer leur mariage. Rs 250 000. Ils ont pratiquement tout acheté à crédit de deux grandes surfaces qui offrent du crédit facile. Après leur mariage, ils n?auront aucun revenu et auront à emprunter s?ils veulent rembourser les différents crédits. La seule solution consisterait en un ré échelonnement de cette dette pour leur permettre de respirer. Mais aucun organisme n?a le pouvoir de forcer les maisons de commerce à rééchelonner les dettes et la Centrale de médiation des crédits que prévoit le Borowers Protection Act n?a pas encore été mise en place.

Comme Christelle et Thierry, des milliers de Mauriciens se trouvent dans l?impossibilité de rembourser des dettes contractées à travers l?achat à crédit en raison de leurs faibles ressources financières.

Payer ?pour l?honneur?

Kaliani, 37 ans, est, elle, mariée et mère de deux enfants de 5 et 8 ans. Le couple touche Rs 14 000 par mois. Leurs dettes datent de leur mariage et ont gonflé au fil des années avec des achats de meubles et autres appareils électroménagers. Ils doivent aussi de l?argent à la MHC et à une banque. Les dettes à ce jour se montent à Rs 150 000. Les remboursements mensuels et le paiement de leur location et autres items familiaux sont de l?ordre de Rs 17 130, soit Rs 3 130 de plus que leurs deux salaires combinés. C?est sans compter la nourriture, les vêtements et les fournitures scolaires des deux enfants ! Germaine, une dame de 87 ans arrive toute essoufflée au Centre. Elle est venue de Sainte-Croix. .Elle explique qu?elle doit Rs 5 000 à une personne et qu?elle paie 20 % d?intérêts par mois depuis deux ou trois ans. L?association lui propose de l?emmener à la police où elle fera une déposition afin de se débarrasser à jamais de ce casseur de sa localité. Elle refuse et fait même l?éloge de sa créancière.

?Elle m?a prêté de l?argent alors que j?étais dans le besoin. J?ai toujours honoré mes engagements et payé mes dettes? dit-elle. Elle continuera à payer, ?pour l?honneur?. Gérard Maillaté, président de l?APEA explique que la plupart du temps, c?est par peur que les victimes ne dénoncent pas la nouvelle génération de casseurs qui utilisent aujourd?hui une méthode mafieuse et violente pour se faire rembourser (Voir interview plus loin).

Christian,42 ans, a lui été piégé par les cartes de crédit de trois banques différentes. Ajouté à cela des emprunts à deux credit unions et à la Mutual Aid. Aujourd?hui ses salaires ne suffisent plus à rembourser ne serait-ce que la moitié des mensualités. Les débiteurs font pression pour un remboursement immédiat. Sans aucune réussite. Et toute la famille de Christian est devenue victime. Le stress déclenche souvent des scènes de violences conjugales et familiales. Christian a pensé au suicide et serait déjà passé aux actes sans le soutien de l?APEA.

Selon cette association, on ne pourra mettre fin aux cauchemar du surendettement sans une centrale de crédit. Toute approbation d?une demande de crédit ou de prêt passerait alors par cet organisme qui vérifierait non seulement les ressources financières, mais également les achats à crédit et les prêts antérieurs du client.

QUESTIONS A ...

GERARD MAILLIATE, PRESIDENT DE L?ASSOCIATION POUR LA PROTECTION DES EMPRUNTEURS ABUSES

Comment se fait-il qu?un couple comme Christelle et Thierry qui ne touche que Rs 18 000 puisse acheter pour Rs 250 000 d?articles à crédit ? La vente à crédit ne se fait-elle pas par rapport aux ressources financières de l?acheteur ?

Vous mettez là le doigt sur un aspect important de la vente à crédit à Maurice. Christelle et Thierry sont d?ailleurs venus chercher l?aide de l?association. Ils sont arrivés à s?endetter ainsi parce qu?il n?y a aucune centrale de contrôle de crédit comme nous le préconisons depuis des années et que le juge Glover préconise aussi dans son rapport sur le Sale by Levy.

Voilà ce qui se passe en l?absence de cette centrale. L?acheteur muni de sa fiche de paie et des justificatifs de résidence, s?adresse à plusieurs maisons qui vendent à crédit. Il obtient un certain plafond de crédit avec l?un, puis s?adresse à un autre sans dire qu?il a déjà contracté un crédit ailleurs. Puis il s?adresse pour un prêt à une banque ou credit union ou au Mutual Aid sans divulguer les crédits qu?il a déjà contractés. En sus de cela, les futurs mariés Christelle et Thierry ont aussi contracté un engagement avec un traiteur pour leur mariage. Aujourd?hui, un mariage coûte au bas mot Rs 150 000 et se fait à crédit auprès du traiteur. Résultat, ce couple se retrouve sans le sou. En fait leurs salaires combinés ne suffisent plus à payer les différentes mensualités.

On aurait pu empêcher cela avec une centrale de contrôle de crédit. De tels organismes, dans d?autres pays, ont une banque de données sur tous les consommateurs qui achètent à crédit et quand un consommateur décide d?acheter à crédit, le vendeur est tenu de vérifier non seulement la fiche de paye, mais aussi les crédits et les prêts que le consommateur a contracté et qu?il n?a pas encore remboursé.

Cette pratique existe-t-elle déjà dans les banques ?

Oui. Elle a été introduite par l?ex-gouverneur Basant Roi pour éviter le surendettement et les saisies des biens immobiliers des emprunteurs. Les banques sont aujourd?hui tenues de vérifier si vous n?avez pas d?autres prêts auprès d?autres banques avant de vous accorder un prêt en ayant recours au Mauritius Credit Information Bureau mis en place en 2005. On avait dit que ce système de contrôle allait être étendu à tous les secteurs qui prêtent de l?argent et aux maisons vendant à crédit. Malheureusement, il y a eu un très fort lobby du secteur privé contre l?extension de ce type de contrôle. Je dis malheureusement car de pauvres salariés se font écorcher tous les jours.

Votre organisation lutte aussi pour la mise en place d?une centrale de médiation de crédit ? Quel le sera la mission d?un tel organisme ?

Nous avons pu obtenir satisfaction sur ce point et un tel organisme est prévu dans le Borrowers Protection Act . Malheureusement, les structures pour la mise sur pied de cet organisme ne sont pas encore là. Quoi qu?il en soit, l?organisme ne prendra en charge que les crédits contractés après l?adoption de la loi, c?est-à-dire février de cette année. En bref, cet organisme s?occupera des cas des personnes surendettées et fera la médiation pour un rééchelonnement de la dette. Dans le passé, les Mauriciens s?adressaient à la Cour suprême pour obtenir ce qu?on appelle un cessio bonorum, c?est-à-dire que la personne demandait la permission de cesser de gérer ses biens. Ce sont en général des personnes très endettées qui avaient recours à ce cession bonorum et la cour prenait en charge ses dettes et réunissaient les créanciers pour leur dire des choses comme ?messieurs on va vous payer dans trois ou quatre ans?. C?était la médiation des crédits à l?ancienne.

Quelles sont aujourd?hui les priorités de l?association pour la protection des emprunteurs abusés ?

Sensibiliser à travers les médias, les causeries et les rencontres sur le problème du surendettement. Changer la mentalité afin d?encourager la culture d?une planification de notre budget tant personnel que familial. Apprendre aux jeunes l?importance de gérer leur argent de poche sainement et intelligemment. Enfin, nous cherchons à mettre en place des cellules de ?debtors anonymous? dans le pays.

Comment financez-vous tout cela

Nos seules sources de financement sont les donations de certains mécènes et la quête annuelle nationale. D?ailleurs notre quête débute ce samedi pour se poursuivre jusqu?à lundi.

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