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Les « Intifada » jouent au foot américain

31 janvier 2004, 20:00

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Aux États-Unis, où le « communautarisme », loin d?être un épouvantail politique, est considéré comme le ciment d?une société multi-ethnique, multi-confessionnelle et libérale, organiser un tournoi de football réservé aux « jeunes musulmans » ne choque personne. Fort de cette conviction, Sabih Khan, un étudiant de 18 ans qui ne pouvait plus se passer de ce sport depuis qu?il l?avait pratiqué au lycée, a décidé de s?y mettre, espérant associer plusieurs de ses jeunes camarades de la communauté musulmane du comté d?Orange, en Californie du Sud.

« Il s?agit juste de mots »

Pour commencer, il a imprimé et distribué quelques flyers devant les mosquées de la ville, puis a mis en place un site Internet, muslimfootball. com, invitant les équipes à s?enregistrer sous le nom de leur choix. Une douzaine firent leur apparition sous des noms tels que Muslim Football Allstars, Playmakerz, Fantizzle Fizzle et autres South Bay Allstars. Trois d?entre elles choisirent néanmoins des appellations beaucoup plus polémiques et connotées : Intifada, Les soldats d?Allah et les Moudjahidines. Le premier à réagir a été Abraham Cooper, un activiste juif du Centre Simon-Wiesenthal : « Le problème est que ces noms sont liés à des terroristes, des menaces et des assassinats bien réels. Il n?est pas normal que de jeunes Américains glorifient les moudjahidines alors que nos soldats risquent leur vie tous les jours en Afghanistan et en Irak. Quant à l?Intifada, cela a été un désastre pour les Palestiniens et pour quelque 1 000 Israéliens, enfants et adultes, assassinés par les kamikazes. »

Les soldats d?Allah ou les Moudjahidines (guerriers de Dieu) évoquent effectivement les noms de plusieurs groupes armés islamistes présents sur la liste des organisations terroristes établie par le département d?État américain. Intifada, ou « soulèvement » en arabe, est le terme communément attribué au mouvement de révolte des Palestiniens dans les territoires occupés. Tout en suggérant aux jeunes de choisir d?autres noms, des responsables de la communauté musulmane d?Orange ont défendu leur « bonne foi » : « Leurs choix sont totalement innocents. N?oublions pas que ces noms sont choisis dans le cadre d?un petit tournoi de foot entre musulmans, et chacun connaissait leur signification première, a déclaré Hussam Ayloush, responsable du conseil sur les relations américano-islamiques de Californie du Sud. Malheureusement, nous savons tous que ces termes ont été pervertis par les actions abominables de quelques-uns de nos coreligionnaires. »

Quelque peu dépassés par la portée du débat, l?organisateur et ses camarades affirment, ne jamais avoir agi dans le but « de provoquer ni de blesser » les sentiments de quiconque. « Il s?agissait, au départ, uniquement de jeunes qui allaient jouer au foot », se défend l?un d?eux. « Je ne comprends plus, il s?agit juste de mots », renchérit Sabih Khan, qui rappelle l?existence d?équipes telles que les Washington Redskins (Peaux-Rouges) dans la ligue professionnelle.

Défendre son choix

Aujourd?hui, les soldats d?Allah et les Moudjahidines ont néanmoins disparu de la liste au profit des Muslim Rangers et des Zulfakhar-Allah, mais pas les Intifada. Dans un communiqué de presse récemment posté sur son site, Sabih Khan a enfin décidé de défendre ce choix : « Intifada veut dire se battre contre l?injustice et défendre la vérité. Il ne s?agit pas de violence ni d?agression. On le constate tous les jours en Palestine où les enfants croisent des chars et des soldats sur le chemin de l?école, où les familles tentent de se procurer de l?eau et de la nourriture malgré le couvre-feu, où des civils font face à des bulldozers afin de protéger leur maison de la démolition. C?est cette Intifada que les participants glorifient. »

Mais cette interprétation, de toute évidence, ne sied pas à tout le monde.

Un des joueurs des Intifada, interrogé par Associated Press, a avoué que certains de ses coéquipiers avaient quitté le tournoi à la demande expresse de leurs proches, préoccupés pour leur sécurité. Ces familles ne voulaient sans doute plus croire que leurs enfants ne faisaient que taper dans un ballon ovale.

2003 Le Monde ? Alexandre Lévy

Distribué par The New York

Times Syndicate

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