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L?ennemi de la canne : le logement dispersé
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L?ennemi de la canne : le logement dispersé
Pour la première fois, la filière sucre sait à quelle sauce elle sera mangée pendant neuf ans. ?C?est la première fois que les professionnels disposent d?une telle visibilité?, admet Xavier Thiéblin, président du syndicat des fabricants de sucre de La Réunion. Il l?a répété dans les locaux du Cerf (Centre d?essais, de recherche et de formation) : ?L?horizon est dégagé jusqu?au 30 juin 2015. Avant cela, les prix européens du sucre ne bougeront pas ; c?est une grande chance par rapport aux autres productions.? Malgré la campagne sucrière moyenne et la baisse annoncée du prix du sucre, les représentants de la profession ont plutôt le sourire aux lèvres. Mais ce n?est que pour mieux mobiliser leurs troupes, car rien n?est gagné. La compensation par l?Europe de la baisse du prix ? Elle est calculée pour les trois Dom concernés (Martinique, Guadeloupe et Réunion) et il faudra décider de sa répartition.
Revenu garanti par l?Europe
L?augmentation indispensable de la productivité ? Elle dépendra grandement de l?irrigation : ?Les rendements dans le bassin de Savannah sont directement liés à l?irrigation?, a rappelé, hier, Xavier Thiéblin. Laquelle irrigation se conjugue avec la mécanisation : ?Il faut passer à 50 % de coupe mécanisée?, plaide Jean-François Moser, directeur de l?usine de Bois-Rouge. De l?avis des professionnels, la bagarre la plus féroce va se jouer sur le foncier.
L?apparition du Sar (Schéma d?aménagement régional) en 1995 avait déjà stoppé la disparition des terres cannières. Et le nouveau Sar, actuellement en négociation, pourra enfin s?appuyer sur une certitude : les planteurs réunionnais ont encore besoin de leurs terres, puisque l?Europe leur garantit un revenu. Mais, s?insurge M. Moser, ?la pire des pressions est l?absence d?offre réfléchie de logements, l?absence d?une politique d?offre du logement, qui entraîne une gestion à la petite semaine.?.
Selon le directeur de l?usine saint-andréenne, l?étalement urbain, avec son cortège d?accessoires ? électrification, adduction d?eau ? coûte vingt fois plus cher à la collectivité qu?une politique de construction urbaine réfléchie. ?Le vent du boulet s?est arrêté en 1995?, admet-il, faisant allusion au Sar ; ?mais si on continue à faire onze logements par hectare, on va dans le mur !? Selon Jean-François Moser, ?on peut, à la Réunion, loger un million d?habitants d?ici 20 ans, avec une qualité de vie exceptionnelle, en sécurisant 50 000 hectares agricoles dont 30 000 pour la canne à sucre.?
Le sucre en chiffres
La production de sucre en 2005 (chiffres provisoires) est de 202 200 tonnes. 108 400 tonnes ont été produites par la sucrerie du Gol et 93 800 tonnes par la sucrerie de Bois-Rouge. La richesse de la canne est de 14 %, un taux quasiment identique à l?année dernière, mais il est supérieur à la moyenne décennale. Le quota de sucre réunionnais autorisé par l?Europe est de 325 000 tonnes, depuis la fusion des quotas A et B pour une superficie cultivée de 25 000 hectares .
Véronique HUMMEL
QUEL AVENIR AGRICOLE POUR LA REUNION ?
?La Réunion est face à son avenir agricole, les Réunionnais ont dans leur main le destin de leur agriculture. Pour l?essentiel, il n?y a pas à réinventer ce qu?on a construit depuis plus de trente ans. Nous avons dans ce département le savoir-faire et des hommes nécessaires à notre métier.?
A l?heure d?une mondialisation exacerbée, Jean-Pierre Avril, président de la Fédération régionale des coopératives agricoles (FRCA) se projette dans quelques années. Face à la concurrence frénétique et l?urbanisation à tout va, les terres voient leur avenir s?assombrir, et les agriculteurs avec. Bon nombre d?autres facteurs comme les aléas climatiques ou la raréfaction des ressources en terre et eau rendent déjà leur quotidien pas toujours très heureux. Toujours est-il qu?un cycle de développement agricole touche à sa fin, il faut se relancer dans un nouvel élan agricole capable de pérenniser la branche. Pour parer à la triste fin des tracteurs sur nos routes d?ici quinze ans, la FRCA s?est lancée dans une vaste réflexion sur ?un modèle agricole réunionnais pour une agriculture citoyenne, solidaire et durable?. Améliorer les performances actuelles, protéger le marché intérieur et assurer un futur serein à la canne, tel est le but de cette contribution au projet de développement économique de la réunion, réalisé dans le cadre du conseil agricole de la Réunion.
?La FRCA propose de progresser sur nos acquis en étant meilleur en production, transformation et mise en marché?, annonce Jean-Pierre Avril. On comprend l?urgence de la situation par des données révélatrices. Chaque année, les importations alimentaires de métropole augmentent de vingt millions d?euros au détriment des produits pays. ?Notre marché local nous offre des opportunités et il s?agit de reprendre des parts de marché sur l?importation et de s?engager résolument dans les nouveaux défis de l?exportation de nos fruits tropicaux.? L?avenir de la canne, loin d?être folichon, suscite également bien des interrogations. Pour lutter contre la baisse des prix et une réduction massive du nombre d?exploitations et d?emplois, la FRCA envisage déjà la protection du marché intérieur, principe interdit par l?Union européenne.`
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