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Le yen ne profite pas de l’embellie économique japonaise
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Le yen ne profite pas de l’embellie économique japonaise
Le mouvement des devises sur le marché des changes semble défier toute logique économique. Ni les effets négatifs des ouragans sur l’économie américaine, ni le frémissement des pressions inflationnistes, ni le moral des ménages américains au plus bas depuis deux ans, ne font plonger le dollar. La devise américaine résiste. Elle s’échangeait, vendredi 30 septembre, au taux de 1,2030 dollar pour 1 euro, presque au même niveau que la semaine précédente.
Depuis le mois de septembre, le dollar a tendance à se renforcer contre la plupart des monnaies internationales. Certains stratèges, comme chez Axa IM, voient le billet vert continuer à progresser pour atteindre 1,15 dollar pour 1 euro d’ici à six à douze mois.
Par rapport au yen, la devise américaine a gagné 0,67 % sur la semaine, près de 4 % en septembre et plus de 10 % depuis le début de l’année. Vendredi, 1 dollar s’échangeait contre 113,25 yens, au plus haut depuis mai 2004. Ce mouvement est étonnant car les perspectives de redressement de l’économie nippone devraient au contraire faire monter le yen, comme elles profitent depuis plusieurs semaines aux actions japonaises.
Les signaux positifs envoyés par les statistiques sur l’économie japonaise en août, publiées cette semaine, semblent valider l’idée que le Japon amorce sa sortie de crise : une hausse de 1,5 % sur un an des ventes au détail, un recul du taux de chômage de 4,4 % à 4,3 %, une progression des dépenses des ménages de 3,2 %, un rebond de 1,2 % de la production industrielle sur un an.
Décourager les cambistes
Même si, du côté des prix, la déflation n’a pas encore été enrayée, l’indice des prix à la consommation hors produits frais ayant reculé de 0,1 % sur un an. Les professionnels s’attendent à une nouvelle confirmation avec, lundi 3 octobre, l’indice Tankan, mesurant la confiance des milieux d’affaires.
Même du côté de la Banque centrale, le ton est donné. Le gouverneur de la Banque du Japon, Toshihiko Fukui, a affirmé pour la première fois, jeudi, devant des entrepreneurs à Osaka, que l’Archipel mettra sans doute fin entre avril 2006 et mars 2007 à la politique monétaire ultrasouple qu’elle mène depuis 2001 pour combattre la déflation. Il a ajouté en aparté à des journalistes qu’un resserrement monétaire avant le mois d’avril n’était pas à exclure.
Quels seraient donc les facteurs qui bloquent l’ascension du yen ? Selon les économistes de la Société générale, les investisseurs étrangers en seraient responsables en partie, car ils ont récemment vendu, en flux nets, des actions et des obligations japonaises. Ils auraient du coup reconverti dans d’autres devises les yens qu’ils avaient initialement achetés, et exercé ainsi une pression à la baisse sur la devise japonaise.
Pour les stratèges de Goldman Sachs, la baisse du yen serait due aux investisseurs japonais eux-mêmes qui, en quête de rendements élevés, achèteraient des actifs étrangers, et plus particulièrement des bons du Trésor américain. Ils auraient ainsi vendu des yens pour acheter des dollars et investir sur le marché américain.
Antoine Brunet, stratège chez HSBC-CCF, a une autre théorie : celle de la manipulation des taux de change effectuée par les pays d’Asie – le Japon autrefois, la Chine aujourd’hui – qui empêche les mécanismes de marché de jouer. “Tout est fait pour décourager les cambistes de jouer la hausse du yen car ils se souviennent que la banque centrale était intervenue sur le marché des changes jusqu’en 2004 pour éviter une forte hausse du yen, explique-t-il. De plus, la différence entre les taux d’intérêt américains, européens et japonais joue clairement en faveur des États-Unis, et les banques centrales préfèrent investir en dollars pour avoir une meilleure rémunération monétaire.”
Combattre l’inflation à tout prix
Les marchés financiers sont, en outre, pris dans un engrenage, car, “lorsque la Chine achète des dollars pour stabiliser son taux de change, elle les réinvestit dans des bons du Trésor américain, ce qui empêche les rendements américains à dix ans de monter. Du coup, la Réserve fédérale américaine (Fed) est obligée de remonter son taux d’intérêt plus fortement peut-être même jusqu’à 5 % dans les prochains mois pour essayer de faire remonter les taux à dix ans. Les interventions des pays d’Asie sur le marché des changes empêchent tout ajustement économique sur le marché des changes”, indique Antoine Brunet.
En tout cas, la Fed ne change pas de discours. Les déclarations de plusieurs de ses gouverneurs, cette semaine, ont montré qu’elle restait sur son idée de combattre l’inflation en relevant ses taux d’intérêt.
La hausse du dollar par rapport à la livre sterling (+ 0,61 % sur la semaine, à 1,7650 dollar vendredi, et + 4,5 % sur le mois) s’explique en revanche par des facteurs plus rationnels : la détérioration de l’environnement économique au Royaume-Uni. La dernière estimation de croissance de l’économie britannique au deuxième trimestre a fait ressortir le rythme le plus faible depuis douze ans (+ 1,5 %).
Quant à la Confédération de l’industrie britannique, elle a fait état dans son enquête de septembre du plus faible niveau des ventes de détail depuis la création de son enquête, il y a 22 ans.
Les économistes en ont déduit que la Banque d’Angleterre allait devoir de nouveau baisser ses taux d’intérêt. Elle n’avait rien fait en septembre et les avait réduits pour la première fois en deux ans, au mois d’août, en les faisant passer à 4,5 %.
<B>Cécile PRUDHOMME
© Le Monde 2005. Distribué par The New York Times Syndicate</B>
STATISTIQUES
<B>Poussée d’inflation dans la zone euro</B>
■ Dans l’union économique et monétaire, la hausse des prix s’accélère. Les derniers chiffres publiés, vendredi 30 septembre, par l’office européen des statistiques Eurostat montrent que les prix à la consommation ont augmenté de 2,5 % sur un an au mois de septembre après 2,2 % en août son accélération la plus forte depuis mai 2004.
Le chiffre de l’inflation allemande publié mardi, à 2,5 % également, laissait craindre une poussée inflationniste sur l’ensemble de la zone. Même si la Banque centrale européenne (BCE) ne constate pas pour le moment de répercussion de l’inflation sur les salaires (les effets dits de second tour), les récentes déclarations des membres de la BCE montrent que la préoccupation se fait plus pressante.
“Plus longtemps les prix du pétrole resteront élevés, plus grand est le risque que les effets de second tour se matérialisent”, a déclaré, mercredi, Yves Mersch, membre du conseil des gouverneurs de la BCE. Si le ton se durcit, les économistes ne voient pas la Banque centrale relever ses taux d’intérêt avant 2006.
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