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Le village intégré, un projet global

16 octobre 2008, 20:00

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Loin des v?ux pieux ou des déclarations d?intention, le projet de village intégré Terre Nouvelle près de Bambous est «un concept novateur», selon Françoise Félicité de Caritas, par son aspect multidimensionnel. Lutter contre la pauvreté, c?est se pencher, en vérité, au chevet des plus démunis en répondant à l?ensemble des expressions de la misère.

Le village intégré de Terre Nouvelle ne s?attaque pas seulement à l?aspect logement, mais il vise aussi l?intégration sociale des plus démunis, notamment en favorisant la mise sur pied d?activités génératrices de revenus. «Il ne s?agit pas seulement de donner un toit», fait ressortir, à juste titre, Hootesh Ramburn, directeur de l?Empowerment Programme (EP), porteur du projet.

«Terre Nouvelle est un projet qui a le soutien de plusieurs ONG dont Caritas. Nous avons accompagné plusieurs ex-squatters qui bénéficieront de ce projet. Il inclut non seulement l?infrastructure mais aussi des initiatives génératrices de revenus. Et ce sont les revenus qui représentent le cercle vicieux au c?ur de la pauvreté», explique Françoise Félicité.

<B>Le volet social primordial</B>

En effet, les 198 familles, identifiées par le Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups pour vivre dans ce village, doivent suivre divers ateliers visant à créer les conditions préalables de bon voisinage, d?entretien du site, de promotion professionnelle par la création de micro-entreprises etc? Juliette François, coordonnatrice du projet au niveau de l?EP, apporte plus de détails.

«Pendant la finition des travaux, les familles suivront des formations à partir de ce mois. Celles-ci touchent à la gestion des conflits, la sensibilisation à l?environnement, la responsabilité civique, etc. Des formations professionnelles seront aussi offertes. L?objectif est de permettre à ces familles de gagner en autonomie financière, d?ouvrir un petit business pour les habitants du village et ceux des zones alentour. C?est pourquoi on parle d?un projet intégré. L?accompagnement social est la pierre angulaire de ce projet de logement.»

La première phase des travaux devrait se terminer d?ici la fin de l?année. A ce moment-là, le premier groupe de 76 familles intègrera les lieux. Si ce projet vise à l?intégration de familles démunies dans un nouveau village qu?elles devront porter, faire évoluer, avec le soutien d?ONG et de l?EP, il prône aussi l?émergence d?interaction avec les localités alentour. Ce n?est pas en vase clos qui s?érige Terre Nouvelle.

L?intégration sociale va de pair avec l?intégration géographique des habitants, et par voie de conséquence du village, avec la région alentour. C?est un «projet pilote dont les échos sont positifs. C?est pourquoi plusieurs projets similaires nous ont été transmis. Ils sont en ce moment à l?étude», laisse entendre Hootesh Ramburn. Le village de Terre Nouvelle intéresse parce qu?il apporte une réponse globale et systémique au problème de la pauvreté. Le qualificatif «intégré» va dans ce sens. La thématique logement n?est pas isolée. Au contraire, elle intègre les dimensions sociales, éducationnelles, économiques et professionnelles.

<B>Des projets développés par les ONG</B>

Hootesh Ramburn précise, par ailleurs, que les projets à l?étude «ont été soumis par des ONG». «Il y a donc une opportunité de répliquer le modèle ailleurs. Toutefois, il ne prendra pas la même forme puisque dans le cas de Terre Nouvelle la maîtrise d?ouvrage revient au gouvernement et l?EP supervise l?ensemble des composantes du projet intégré. Des ONG sont partenaires, c?est vrai. Mais les projets qu?ils souhaitent développer bénéficieront d?une plus grande synergie d?acteurs.»

La formule voulue est donc différente. L?ONG portera un projet en partenariat avec l?EP et le gouvernement, mais les financements pourront venir du secteur privé, certainement dans la droite ligne de la Corporate Social Responsibility.

Dans le cas de Terre Nouvelle , «une compagnie sera créée dans les prochains jours pour gérer le village». C?est donc une nouvelle manière de penser la lutte contre la pauvreté qui se fait jour. Surtout, l?intérêt des ONG et du secteur privé devrait permettre de réitérer l?expérience de Bambous sous une forme quelque peu différente. «La participation de plusieurs partenaires, de natures diverses permettra sans doute de se lancer dans des projets intégrés de la sorte en plus grand nombre et plus rapidement», estime le directeur de l?EP.

«Ce projet a pu aboutir, après près de quatre ans de travail et de lutte, parce que des ONG qui travaillent avec les familles et les gens ont pu s?asseoir avec les décideurs et développer le projet. Les ONG sont le lien entre les décideurs et les pauvres», explique Françoise Félicité. De fait, la synergie d?acteurs permet de mieux répondre aux défis de la lutte contre la pauvreté.

Ce type de projet devrait être répliqué dans d?autres régions de l?île à Cité Lumière, Cité la Joie et Rivière-Noire. Les ONG montrent un grand intérêt pour cette initiative dans la mesure où elle s?inscrit dans une logique intégrée et inclusive, dans laquelle la dimension socioéconomique, par l?accompagnement, n?est autre que la clé de voûte.

Se recentrer sur les plus démunis</B>

«La lutte contre la pauvreté est devenue selon l?expression du gouvernement une de ses priorités. Et on peut noter un effort grandissant du secteur privé à travers la ?Corporate Social Responsibility? (CSR). Mais dans la société civile, seules quelques sociétés s?intéressent à contribuer à faire reculer la pauvreté», constate Cassam Uteem, président du Comité 17 octobre pour le refus de la misère. Allant dans le même sens, Françoise Félicité de Caritas Maurice s?interroge sur la pertinence des aides : «Il faut se demander si ces projets répondent vraiment aux problèmes.» En fait, la lutte contre la pauvreté est finalement devenue l?apanage des autorités, du secteur privé sous la responsabilité sociale des entreprises (RES); bref, des décideurs. Or, il faut s?attaquer aux problèmes du quotidien des couches les plus pauvres. Cela ne saurait se faire sans un partenariat avec les ONG, les travailleurs sociaux, qui sont bien plus au fait des réalités de la pauvreté. Des attentes aussi. «Il faut apprendre d?abord à changer notre regard face à l?homme pauvre, impliquer d?avantage les familles comme acteurs principaux des projets, et non pas toujours décider ce qui est mieux pour eux sans le savoir vraiment. En fait, il s?agit de respecter leur dignité», explique Corine L?Enflé d?ATD Quart-Monde Maurice. Françoise Félicité abonde dans son sens, «Beaucoup de projets visent la réinsertion sociale ? c?est-à-dire à faire les personnes rentrer dans le ?mainstream?. Mais ils ne tiennent pas compte la situation de ces personnes et il y a un écart entre les projets et les personnes auxquelles ils sont adressés. Il faut voir la pauvreté de la perspective du pauvre et non de celle du décideur.» Au total, la lutte contre la pauvreté ne peut, bien entendu, faire l?économie de l?aide des autorités ou du secteur privé. Cependant, force est de reconnaître que l?objectif est en premier lieu d?apporter des réponses qui tiennent compte des besoins des personnes économiquement et socialement vulnérables. «L?éducation et la formation sont certes importantes mais il faut aussi connaître la situation des pauvres telle qu?elle est aujourd?hui, connaître leur quotidien. Comme je l?ai déjà dit, c?est bien de leur apprendre à pêcher mais encore faut-il au pauvre le courage nécessaire pour apprendre à tenir la canne à pêche», souligne Cassam Uteem. Le travail des ONG est dans ce sens fondamental «même s?il faut se demander si elles ont suffisamment de moyens pour s?impliquer. Maintenant que les dons aux ONG ne sont plus déductibles de la taxe, il y a moins de motivation pour les soutenir», lâche Françoise Félicité.

<B>Les chiffres de la pauvreté</B>

● 229 poches de pauvreté extrême, réparties dans 118 localités

● 7 157 ménages

● 28 628 personnes

● 100 000 Mauriciens bénéficient de l?«Income Support» et du «Food Aid»

●En 2001-2002, 1,2% de la population ( 14 000 personnes) vivaient avec moins de 2 USD par jour, soit Rs 760 par mois.

● Aujourd?hui, ce sont 5 000 familles qui disposent de moins de 2 USD par jour. Ce seuil d?extrême pauvreté a été défini par la Banque mondiale.

● 26 000 familles vivent dans une pauvreté relative, c?est-à-dire qu?elles perçoivent moins de Rs 3 821 par adulte par mois (chiffres 2006/2007).

● Rs 395 millions ont été débloquées pour cette nouvelle année financière sous le programme d?Eradication de la pauvreté absolue.

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