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Le triomphe de la volonté

18 mars 2007, 20:00

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Certains appellent cela l?énergie du désespoir. D?autres, la résistance. Mais quand on est artiste, cela ressemble à de la passion. Celle qui jaillit des yeux de Luc Legris lorsqu?il évoque le rôle de Créon dans Antigone d?Anouilh, qu?il interpréta pour la télévision, à une époque héroïque : en direct, sans filet et sans anicroche, aux côtés de Maryse d?Espaignet, de Philippe Houbert, de Marie-Josée Baudot, de Clair Bancilhon? ou quand sa voix se souvient des pièces radiophoniques créées par lui, de Salle 14 de Pierre Renaud à Kelibe Keliba de Marcel Cabon, ou Pygmalion et Galatée d?André Masson, tout un répertoire tombé dans l?oubli et qui ne demanderait qu?à renaître.

?J?ai des souvenirs si forts de mes camarades de scène : Roland Houbert, Guy Lagesse, Raymond Némorin, mais aussi Line Roussel-Delaître (dans Le maître de Santiago de Montherlant , mise-en-scène de Pierre-Georges Télescourt)?. Jusqu?à ce jour où, au sein d?une troupe française, il remplaça au pied levé un acteur souffrant pour le rôle de Sottenville, dans Georges Dandin de Molière.

Luc Legris, ce nom est resté à l?affiche du paysage culturel, radiophonique, télévisuel et même hippique (comme chroniqueur et présentateur) 40 ans durant. A une époque où une certaine forme de culture, qu?on pourrait qualifier de bourgeoise, était généralement défendue, et appréciée.

?J?aime beaucoup la musique, particulièrement la musique romantique, l?opéra italien, celui dans lequel prime la mélodie, les airs et les ch?urs ? ceux de Verdi. Les opéras de Mozart, qui accordent relativement peu de place aux morceaux de bravoure, et la musique contemporaine de Boulez ne me touchent pas. Mais je me sens naturellement ouvert à toutes les formes artistiques y compris la musique du divin Amadeus.?

Faut-il lui en vouloir, lui qui aurait bien voulu d?une deuxième vie comme chef d?orchestre et qui sut quand même incarner, en France, aux côtés de Mady Mesplé, le père de la valse viennoise, Johann Strauss I, dans Valses de Vienne au Théâtre de Boulogne-sur-Mer ? Lui qui a grandi dans une ville de Beau-Bassin où le dimanche matin, les récitals de poésie d?Yves Forget attiraient la foule au Plaza.

En un temps où, une saison durant, la famille se rendait à un autre théâtre, celui de Port-Louis, assistait aux représentations des troupes lyriques et à la venue de quelques monstres sacrés (Georges Thill, José Jeanson). Cela n?intéresse-t-il plus personne ?

?Le problème aujourd?hui c?est qu?on ne trouve même plus de scène, puisque le théâtre du Plaza, le seul à pouvoir accueillir des spectacles rentables, n?est pas encore opérationnel.?

Événements applaudis

Il sait de quoi il parle, Luc. A la tête de sa fondation, l?Entreprise théâtrale et culturelle, qui a à son actif l?organisation de plusieurs spectacles, il a pu présenter deux saisons lyriques en 1993 et 1996 et des extraits d?opéras en 2000 avec des chanteurs de la classe de Philippe Fourcade, Sylvie Brunet ou Véronique Zuël? Des événements qui furent suivis et applaudis.

Alors, pourquoi attendre le Plaza pour continuer? ?Ce théâtre, quand il est fonctionnel, réunit toutes les infrastructures qui permettent de réaliser un bon spectacle : un nombre suffisant de places certes et, surtout pour le professionnel, une fosse d?orchestre, des loges pour les artistes, pour une vraie troupe, un plateau tournant, une bonne acoustique, un atelier pour les décors?...

Il y a bien des voix pour le faire vibrer, les ?louables initiatives? de Paul Olsen et d?Otayo, le prouvent assez. Seulement quand manquent un dessein ? ?il faut un directeur pour ce théâtre, voire les théâtres?, mais aussi et surtout une volonté ? ?les budgets municipaux ne prévoient plus grand-chose?, les salles se dépeuplent, et il faut toute la discrète ? et bien rare ? opiniâtreté de Luc pour seulement oser approcher Levon Sayan, l?impresario du grand ténor Français Roberto Alagna : ?je lui ai envoyé un fax. Le choc fut énorme quand je lus la réponse : $ 100 000 par représentation !? En comparaison, le festival du Saint-Géran, réputé inaccessible, avec des artistes de la trempe de Nicolas Lugansky, et une présentation par un journaliste du calibre d?Alain Duault, ne semble plus si cher ? ?les gens qui s?intéressent se déplacent et payent?.

Elevé à l?ombre de la scène, Luc, comme le souffleur de Capriccio, le dernier opéra, pour ne pas dire le dernier souffle, d?un autre Strauss, attendit longtemps pour connaître les feux de la rampe, avec L?Aiglon (rôle de Metternich) de Rostand, monté en 1971 par l?infatigable Yves Forget. Depuis, la fièvre du spectacle ne l?a plus quitté.

A Maurice, où des esprits cyniques continuent à étaler la confusion parfois même au point de trouver trop étroit le portefeuille de la culture ou plutôt des cultures, que nous resterait-t-il vraiment quand on aurait tout oublié ? Là où s?arrête le pouvoir, commence la volonté. Luc est de ceux qui l?incarnent.

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