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Le théâtre aux mille visages

9 juillet 2004, 20:00

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Mimer les émotions. L?âme en retrait pour ne garder que le jeu d?acteur. Heureux hasard de l?actualité : nous avons eu droit, durant la semaine écoulée, aux représentations du National Drama Festival 2004 et à une pièce d?avant-garde par la troupe Les Sans Visages. L?offre était trop tentante. Rencontre avec des comédiens passionnés par l?art de la scène.

«Le théâtre me permet des fantaisies, c?est une sorte de thérapie pour trouver mon vrai moi». Les paroles de Wendy sont on ne peut plus claires. Son théâtre à elle donne des frissons, fait tressaillir l?imagination et provoque la dérision. Lors de leur répétition générale, Les sans visages se donnent corps et âme dans leur théâtre. C?est quand Kevin Bissonauth, comédien de la troupe Théâtralis, a croisé les visages de seize étudiants que le courant est passé. Des étudiants de marketing, de lettres ou d?ingénierie de l?Université de Maurice, qui ont eu soudain une envie de faire du vrai théâtre. C?est ainsi qu?est né Les Sans Visages. Pour leur toute première apparition sur scène hier à l?Alliance Française, ils étaient bien plus que simplement «très bien».

Tout débute par un roulement de son. Habillés de noir, avec une infime lueur de blanc, ils s?évertuent à siffler le bruit des machines, le train, les gestes du quotidien. Les couteaux qui font «tchak», la cocotte qui sifflote. Pour eux, les mots n?existent plus. Seules leurs voix s?élèvent, haut dans la salle, loin dans les esprits.

S?ils s?appellent Les Sans Visages, c?est une façon de dire : «Nous sommes tous des caméléons. Nous interprétons tous divers rôles, avec plusieurs visages et des milliers de personnalités,» lâche Bertrand. S?ils font du théâtre, c?est bien pour dénoncer les travers de la société.

Agés de 20 à 22 ans, c?est un moment de délectation pour ces seize étudiants que de découper les sentiments sur scène. Mais Kevin Bissonauth n?est jamais très loin. C?est lui qui dirige leurs pas.

«Pour ce spectacle, nous avons voulu utiliser la symbolique des couleurs. Du noir pour montrer que la vie n?est si rose, et du blanc léger pour prouver qu?il existe malgré tout de l?espoir sur terre,» explique le metteur en scène. Ce spectacle choque. Aucun décor ne viendra embellir les mots. Rien que du jeu d?acteur dans tout son naturel. Derrière chaque parole, chaque geste, nous sentons une profonde recherche. Les corps deviennent des toiles de fond, les mots blessent : «Suis-je laide ?» et les interrogations fusent. Selon K. Bissonauth, ce spectacle est comme un café-théâtre, où différentes personnalités explorent en eux, leur âme d?artiste.

Le théâtre sous toutes ses coutures, avec ses sautes d?humeurs, ses improvisations et ses maladresses. Si pour Adil, le théâtre «réveille l?enfant qui sommeille en nous», pour Nadish, il utilise les planches pour vider ce qu?il ressent à l?intérieur. Deux pas vers les étoiles, une phase de ce spectacle retrace l?innocence, parle de l?amour des enfants.

Les mille regrets de la culture, embrase les sens des artistes qui peinent à être reconnus pour leur véritable valeur. «Dans ce monde, c?est le paraître qui semble avoir plus d?importance. Quelqu?un de talentueux pourrait ne pas être reconnu à côté d?un homme qui posséderait tous les atouts de la célébrité,» lance Adil avec sérieux. Les Sans Visages, c?est une troupe qui se met à la recherche des pièces profondes capables de provoquer la réflexion.

Ce spectacle parsemé de paroles, de sous-entendus, de la comédie à la Charlie Chaplin mise sur une facette précise de cet art, chaque mouvement nécessite une réflexion. Chaque symbole sur les costumes représente un aspect précis. Wendy, qui arbore une croix blanche sur le flanc, semble porter une blessure morale tandis que Bertrand et son point d?interrogation sur la chemise vibrent sous les questions.

Kevin leur a laissé une liberté totale de placer un symbole sur leur costume. C?est aussi avec beaucoup de professionnalisme et de patience qu?il les observe et les conseille. «Ils se sont sacrifiés comme de vrais professionnels pour donner cette représentation. C?est dommage qu?il n?y ait qu?une seule, mais moi, je suis amplement satisfait du travail accompli.» Les yeux emplis de fierté, nous sentons bien que Kevin apprécie d?être en quelque sorte le guide de cette nouvelle génération d?acteurs.

Avant-gardiste ou évolution naturelle du théâtre, ce spectacle vaut bien d?être joué encore une fois. Entre des mini-pièces telles que Finissez vos phrases, Le moi et le je ou encore L?Etre Idéal, l?homme se sent soudain pris dans le tourbillon de la remise en question. Même si ces étudiants de l?université débutent leur carrière d?acteur, on sent bien chez eux, cette folle envie d?aller plus loin. Marquer les esprits, c?est aussi leur but.

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