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?Le Terminal ?
On peut aimer ou ne pas aimer Stephen Spielberg, il reste que ses films ont ceci d?intéressant : il y a toujours quelque chose à en dire (ce qui fait forcément très bien l?affaire de ceux dont le travail consiste à en parler). Beaucoup apprécient sa façon de créer l?émotion en associant trouvailles cinématographiques et mises en scènes sophistiquées à une certaine candeur et trouvent que son cinéma en s?adressant aux gens ordinaires, est finalement assez proche de celui des pionniers.
D?autres, au contraire, y voient le talent mis au service du racolage, en plus d?une volonté sadique et acharnée de faire pleurer dans les chaumières. Les deux camps sont pourtant d?accord sur au moins un point : Stephen Spielberg possède une grande maîtrise de la mise en scène et de la direction d?acteurs. Toutefois, sur ce dernier point, même ses détracteurs souhaiteront à l?avenir ne pas le voir se planter autant qu?en dirigeant Tom Hanks dans Le Terminal, son dernier film.
On le voit (Tom Hanks) dans le rôle de Victor Navorsky, un touriste débarquant à l?aéroport de New York, arrivant d?une république fictive d?Europe de l?Est ?libérée du joug communiste? comme on dit, avec tout ce que cela comporte comme clichés, justifiés ou non). Voilà qu?en passant le contrôle de l?immigration, on lui informe qu?il y a eu durant son voyage, un coup d?état dans son pays, que le nouveau gouvernement n?étant pas reconnu, son visa d?entrée sur le territoire des Etats-Unis n?est plus valide. Lui, qui voulait juste visiter New York, ne peut pas entrer en Amérique. Il ne peut pas rentrer chez lui, non plus, car les frontières de son pays sont fermées et il n?a d?autre possibilité que de séjourner dans la zone de transit de l?aéroport, en attendant un changement dans sa situation.
Hostilité, racisme et paranoïa
Voilà donc Tom Hanks tentant de faire revivre le personnage de L?émigrant de Charlie Chaplin (c?était en 1916). À sa façon à lui, évidemment. Et, son personnage à lui ne connaît qu?une ou deux phrases en Anglais (Français, pour la version doublée), mais il préfère dissimuler son ignorance; il s?exprime avec un accent pas entendu depuis les James Bond des années 60 (remarquez, le doublage y est peut-être pour quelque chose), il semble ignorer tout des aéroports, c?est un agité, etc.
Tout cela est caricatural, et on voit bien que c?est pour faire rire afin de rendre le personnage sympathique. Seulement, l?humour retombe à plat et surtout, Tom Hanks est lourd au point qu?on en ressent de l?embarras pour lui. Heureusement, cela ne dure que durant le début du film.
L?histoire, en passant, n?est pas si farfelue. Elle est réellement arrivée à un Iranien, bloqué entre les frontières de France et celles de son pays. Il habite (toujours) la zone de transit, dans l?aéroport Charles de Gaulle de Paris depuis 1988 et c?est apparemment de son cas que le film est inspiré. Le Terminal fonctionne comme une histoire de poisson hors de l?eau : un individu ?innocent? se retrouve, à la suite d?un fâcheux concours de circonstances, dans un environnement hostile ? le périmètre de la salle de l?aéroport ? qu?il lui est interdit de quitter.
Le film nous montre bien que derrière l?hostilité de cet environnement, il y a la machinerie raciste et paranoïaque de l?État américain. Mais, pour personnifier cette machinerie, le film a l?intelligence de ne pas nous montrer une bande d?affreux en uniforme décidés de faire la peau au personnage. Nous voyons plutôt un personnage comme Frank Dixon ? Stanley Tucci et son personnel. Ces derniers sont avant tout des fonctionnaires qui tiennent au bon fonctionnement de leur département et ils sont face à un problème administratif dont ils veulent surtout se débarrasser (c?est ainsi que naissent les régimes policiers), quitte à le ?défalquer? dans la cour d?un autre département. La trame principale du film est donc l?histoire de ce touriste ? citoyen ordinaire et anonyme dans son pays ? face au système américain, des astuces qu?il trouve pour sa survie et la manière dont son existence s?organise.
Tom Hanks refuse de quitter l?aéroport, bien que le personnel l?y incite officieusement afin qu?il devienne un délinquant tombant ainsi sous la juridiction d?un autre département. Il refuse aussi le statut de réfugié et choisit de rester et de jouer le jeu de l?administration afin de faire valoir ses droits. Il survit dans un premier temps en mangeant des biscuits assaisonnés de ketchup et de moutarde distribués gratuitement dans les fast food de l?aéroport, puis se fait quelques dollars en ramenant des trolleys, puis il gagne des repas en aidant un conducteur de chariot pour les plateaux repas (Diego Luna) dans sa romance avec une préposée au comptoir de l?immigration (Zoe Saldana), et finit par se faire embaucher comme charpentier dans une équipe d?entretien.
Bienfaiteur universel
Il se fait des amis : le conducteur d?ascendance hispanique, un bagagiste d?origine afro-américaine (Chi McBride) et un vieil Indien (Gupta Pallanachee), employé au service de nettoyage dont le passe-temps consiste à voir les gens glisser sur les carreaux mouillés. La nuit venue, les trois font des parties de poker dont les enjeux sont les objets trouvés; le Noir, l?Hispanique et l?Indien, tout un symbole.
Comment, après cela, s?étonner du fait que notre homme parvienne à acquérir une connaissance utile de l?Anglais en comparant l?original d?un guide touristique et la traduction dans sa langue ? Comment aussi, s?étonner du fait qu?il ait une idylle avec une hôtesse de l?air ressemblant étonnamment à Catherine Zeta Jones ?
Les films de Spielberg sont réputés pour leurs grands moments, mais curieusement, les grands moments dans Le Terminal sont assez décevants, dans leur ensemble. Tous ces aspects du film, évoqués ici ne sont en fait que des petits moments qui portent en eux non pas le développement de l?histoire, mais celui des personnages. Ils sont autant d?instants, charmants, délicieux et pleins de la magie de Spielberg pour ce qui est de la mise en scène.
En ce qui me concerne, Le Terminal aurait pu en être resté là sans encourir le moindre déshonneur. Pourtant, Spielberg en rajoute : son personnage devenant une sorte de bienfaiteur universel, une sorte d?emblème pour les sans voix. On sent le réalisateur tentant de suivre les traces de Frank Capra, mais sans réel succès.
On se demandera donc s?il fallait vraiment que le touriste égaré dans un ?no man?s land? devienne un héros acclamé de toute la population de l?aéroport. Avec en prime, pour explication du but réel de son voyage, une émouvante mais inutile histoire d?un père passionné de jazz. En d?autres mots, était-il réellement nécessaire que Spielberg nous refasse encore une fois du Spielberg ? D?autant plus que cette fois, il ne s?agissait pas d?un Spielberg du meilleur cru.
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