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Le temps d?agir
Jamais nous n?avions été confrontés à une situation où l?agression sexuelle, plus que d?être le fait de pervers, est une arme de guerre. L?affaire Savriacooty ? telle qu?elle a été relatée par la victime ? s?apparente au terrorisme, par les évocations de persistants harcèlements par un gang ; elle nous propulse dans ces tribus du Pakistan où une justice parallèle fait punir le comportement de la famille par le viol de la femme ; elle nous renvoie à des images de champs de bataille où le soldat humilie pour mieux détruire?
Devant ces irrationalités qui nous font vaciller, nous nous appuyons pour ne pas tomber sur des explications un tant soit peu rassurantes : le dysfonctionnement du système, moins fatal que la déperdition des valeurs morales. La police a tant de failles, tant d?antécédents, a fait tant de victimes qu?elle est assumée responsable : elle a encore une fois été discriminatoire. Mais évitons l?amalgame, gardons la tête froide. L?horreur crée un tel désordre dans les esprits, attise les émotions à un point tel qu?il ne suffit que d?un mot déplacé pour mettre le feu aux poudres.
La police n?a probablement pas eu le comportement adéquat. Elle n?a pas forcément été injuste de la manière dont une certaine opinion l?accuse spontanément. Notre devoir est d?insister pour connaître les raisons de cette attitude. Pourquoi a-t-elle traité avec une certaine méfiance l?appel à l?aide de ces citoyens ? Pourquoi a-t-elle douté de la véracité de leurs propos ? Est-ce notre accueil des victimes de viol qui est encore critique ? La police a-t-elle eu tort de se braquer face à une certaine incohérence dans l?attitude de la victime, laquelle avait nié toute agression sexuelle après l?attaque de New Grove ? A-t-elle laissé les « a priori » créés par les affaires précédentes impliquant la victime déterminer son jugement ?
En l?absence de signes clairs que ces réponses seront données, même si, semble-t-il, la famille Savriacooty n?a pas déposé de plainte officielle contre la police, nous risquons de voir la population courir à des conclusions dangereuses. Une enquête doit déterminer la nature des failles. Les réponses énigmatiques du Premier ministre au Parlement, qui a répété à cinq reprises que « there were series of incidents » en insinuant qu?il en sait plus qu?il ne peut en dire, est plus apte à aiguiser nos nerfs qu?à nous calmer. Si c?est la distance que la police a prise depuis le début de cette affaire, causant le non-respect de la loi, qui a résulté en l?agression de cette femme, les autorités devront rendre des comptes.
Cet exercice aboutira certainement au constat que la complexité des relations sociales appelle un renouvellement permanent, voire une approche nouvelle de la formation de la police. Les criminels sont de plus en plus imaginatifs, les attentes de la population de plus en plus variées, il faut y répondre par des stratégies d?intervention expertes et ciblées. On ne résout pas une guerre entre voisins en leur conseillant de « kozkozer », il y a des techniques de résolution des conflits qui y répondent. Il y va, en somme, de la réforme des services de police comme de celle des autres services publics. Seuls les résultats doivent compter. La productivité, qui implique l?évaluation du travail policier, doit devenir, ici comme ailleurs, la règle.
La réforme de la police était l?un des chantiers inachevés du gouvernement PTr-MMM. Le Premier ministre l?a lui-même reconnu lors d?une récente question parlementaire, en déclarant qu?il reprendrait les travaux là où il les avait laissés en 1998. À l?heure du premier bilan, aujourd?hui, la référence à cet aveu de Navin Ramgoolam de ses manquements passés n?est pas inutile : elle vient rappeler que ce gouvernement doit encore faire la démonstration de sa capacité à gérer rapidement les dossiers cruciaux, dont le « law and order » sur lequel il a aussi basé sa campagne.
Certes, la comparaison du premier anniversaire du gouvernement précédent et celui du jour, n?est pas à la défaveur du second. Le régime MSM-MMM s?était éparpillé dans une multitude de mesures, de la réforme du sucre à celle de l?éducation, mais des actes avaient été posés, les dossiers avaient avancé à une allure dynamique ; il avait déjà, le 11 septembre 2001, un premier bilan. Sauf qu?il ne s?était pas attaqué à l?essentiel : la réforme économique. Le gouvernement Ramgoolam a fait le contraire, traînant la patte, installant à loisir ses gens, instituant des contre-réformes, mais il a entamé le tournant fatidique.
La décision de réformer l?économie a été suffisamment courageuse pour que nous nous en contentions, aujourd?hui, en guise de bilan. Mais cette réforme n?est pas encore commencée. Elle est tributaire de mille autres qualités où l?équipe gouvernementale doit encore s?illustrer. Un respect de la discipline, le rejet de l?impunité, une autorité forte, une rapidité de décision. Du leadership.
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