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Le tango est toujours à la mode

5 juin 2005, 00:00

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Ils ont eu de la chance, les Argentins. Au milieu des années 1980, le crépuscule de Guillermo Vilas coïncida avec l?éclosion de Gabriela Sabatini, une idole cédant la place à une autre.

Dans un pays aussi imprégné de machisme, le tennis avait le bonheur de trouver deux ?stars? possédant un charisme et un éclat hors du commun. Vilas ajoutait à ses avant-bras de bûcheron un zeste de poésie et Sabatini, mi-amazone mi-séductrice langoureuse, s?empressait de prendre le relais -et la pose- sur les couvertures de magazines.

Après avoir connu un « blanc » entre 1995 et 2000 ? aucun joueur, aucune joueuse en 8e de finale à la Porte d?Auteuil ? le tennis ?gaucho? a trouvé une nouvelle génération dont certains des représentants s?escriment en phase finale à Roland-Garros cette année.

Tous les pays du tennis ne peuvent pas s?enorgueillir d?une telle présence. Certes, Bjorn Borg put transmettre le témoin à Mats Wilander et sa bande puis à Stefan Edberg, et on vit en finale de Roland-Garros 2000 un certain Magnus Norman donner une réplique courageuse et dense à Gustavo Kuerten. Mais, déjà, Norman était bien isolé. Et qu?est devenu depuis lors un tennis suédois comme rayé de la carte?

Les retombées en Argentine sont importantes et la santé du marché du tennis là-bas, dans une nation obnubilée par le foot, est florissante. Aux dires de Filipe Carlos Pini, couvrant Roland-Garros pour la radio nationale "Cadena 3" et pour ses 4 millions d?auditeurs quotidiens, le marché du tennis a triplé depuis la retraite de Sabatini.

« Le tennis est suivi avec passion chez nous », dit-il.

Si les Argentins répondent toujours présents - six représentants se sont qualifiés pour les 8es de finale cette année, un record - ils ne soulèvent pas, loin de là, un enthousiasme délirant. Les alentours du stade mercredi avant le quart de finale qui a vu la victoire de Mariano Puerta sur Guillermo Canas (9), ne frissonnaient point. Et la foule du central, devant le spectacle argentin offert, a applaudi poliment, sans plus.

Pourtant, la passion peut toujours jaillir au détour d?un tournoi. La finale 100% argentine de 2004 est là pour le rappeler. Qui aurait imaginé le public français, d?abord réservé, s?enflammer ensuite puis hurler et vivre un après-midi d?une émotion rare grâce à... Gaston Gaudio ?

Jamais ce joueur n?avait connu une telle journée. Jamais plus sans doute il n?en connaîtra de semblable. Mais, à cause des nerfs défaillants et de l?écroulement physique de Guillermo Coria, Gaudio, surmontant à son tour une appréhension naturelle, vint saisir une victoire renversante.

Il courait alors autour du central comme un fou, tapant dans les mains offertes des fans français comblés. La fête sportive ne se décrète pas. Et surtout, elle n?a pas de frontières.

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