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Le système agraire selon Raj Virahsawmy
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Le système agraire selon Raj Virahsawmy
Il y a 25 ans, la presse se fait l’écho d’une étude de Raj Virahsawmy, “Le développement du système agraire à Maurice”, publiée dans la revue Afrique et développement. L’auteur y soutient que le développement économique de Maurice se distingue par l’absence de tout pré-capitalisme, autrement dit, de toute population indigène, ou paysannerie antérieure à une quelconque colonisation mercantiliste, devant y déboucher. Il existe pourtant une classe de producteurs agricoles et Raj Virahsawmy explique comment elle s’est formée. Il porte son attention sur les 30 000 petits planteurs sucriers, considérant les autres cultivateurs (thé, tabac, cultures vivrières) comme marginalisés par rapport à ceux de l’industrie sucrière.
La colonie des Hollandais et des Français est d’abord un relais mercantiliste de par sa position stratégique sur la route des Indes et du Sud-Est asiatique, avant l’ouverture du canal de Suez. Se développe, au XVIIIe siècle, une bourgeoisie française à vocation négociante. Cette classe dominante investira, au siècle suivant, dans l’industrie sucrière, promise à un bel avenir depuis que l’ancien gouverneur Farquhar, lui a ouvert le marché londonien sans de taxes douanières.
Ce mercantilisme pré-capitaliste fut aussi esclavagiste pour fournir la main d’œuvre requise. Ce commerce n’est pas seulement agricole mais aussi artisanal, manufacturier et manutentionnaire pour le fonctionnement de du port, chargement, arrimage et entretien des navires compris.
Les premières décennies de la colonisation anglaise sont témoins de trois phénomènes économiques importants : démarrage fulgurant de l’industrie sucrière, interdiction de la traite négrière et émancipation des esclaves (avec l’apparition de l’apprentissage) mais aussi les premières vagues d’immigration de travailleurs agricoles indiens, appelés à servir les plantations sucrières. Déjà en 1835, quelque 40 000 arpents sont plantés en cannes et 95 % du sucre produit est exporté sur le marché londonien.
L’abolition de l’esclavage permet à la plantocratie d’obtenir une compensation de £ 2 millions, devant servir à la capitalisation d’une industrie plus moderne et mécanisée (moulins à vapeur principalement) mais aussi à l’immigration de travailleurs agricoles indiens. Les esclaves affranchis ne deviennent pas, de ce fait, des planteurs de cannes comme en Jamaïque mais sont chassés des plantations pour céder la place aux arrivants. L’immigration indienne crée ainsi un quasi-salariat sous contrat dont une partie du labeur est rémunérée en nature (les rations alimentaires hebdomadaires). Le travailleur agricole immigré n’est pas, au départ, un travailleur libre car il est lié par contrat. La moitié d’entre eux préfèrent rentrer en Inde à son expiration. Les autres tiennent bon et, à force d’épargne, parviennent à des têtes de bétail pour constituer un début de patrimoine familial, toujours utile en cas de mariage des enfants mais aussi pour acquérir, à comptant ou à tempérament, le premier lopin de terre disponible.
La plantation semi-capitaliste cède ainsi la place à un capitalisme agraire. La centralisation des usines et des terres depuis 1859 est un processus historique répondant à une logique économique et monopoliste. Des besoins en financement et en espèces liquides favorisent le morcellement des terres agricoles jugées non essentielles. Des successions plus difficiles que d’autres accélèrent aussi le morcellement.
En 1910, des petits planteurs cultivent déjà 47 888 arpents de cannes, soit 31,8 % de la superficie plantée en cannes. En 1915, leurs terres représentent 68 000 arpents et 82 400 arpents en 1921, à la veille du boom sucrier de l’après-guerre. La dépression économique des années 1930 sera la cause de faillites retentissantes tant au sein de la plantocratie qu’en celui de la communauté des petits planteurs.
Les nouveaux morcellements de terres agricoles, pour cause de faillite, la création d’un nombre toujours plus grand de villages ou encore de camps sucriers libres de tout asservissement à un établissement sucrier contribue à instaurer un nouveau paysage rural mauricien.
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