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?Le stage avec Levallois n?était pas une aussi bonne initiative?

2 août 2003, 20:00

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Quoique votre sélection pour les JIOI était évidente, votre changement de catégorie a-t-elle été une surprise ?

? Etre sélectionnée en premier lieu en -78 kg au lieu de ma catégorie habituelle, les -70 kg, a été effectivement une bien mauvaise surprise. Une décision de l?entraîneur national que je n?ai pas acceptée. Cela pourrait passer pour de l?insubordination mais ce n?est que dans cette catégorie que je me sens à l?aise. D?ailleurs, à mon retour sur les tatamis, j?ai dû faire un régime strict pour perdre 15 kg. Et à trois semaines des Jeux, il n?y a aucune raison que je change.

Comment se passe votre préparation ?

? Pour l?instant, je n?ai pas à me plaindre. Maintenant que les entraînements matinaux débutent à 9 h 30 au lieu de 6 heures, je peux m?entraîner avec l?équipe. Auparavant, je m?entraînais seule les matins. Même si je suivais le même programme d?entraînement, ce n?était pas la même chose que de s?entraîner avec l?équipe, qui aide à construire des liens.

Ne craignez-vous pas que ces séances en solitaire vous aient empêchée de progresser ?

? Non. Tout est une question de sincérité. En tant que sportive responsable, j?avais suivi à la lettre le programme de l?entraîneur national. Etant une judokate de la vieille garde, je suis apte à gérer ma préparation seule. Je me connais suffisamment pour avoir une indication sur ma forme.

Où en êtes-vous à moins de 26 jours des Jeux ?

? Je suis très satisfaite de mes résultats aux Internationaux d?Afrique du Sud. J?y ai remporté mes deux premiers combats par ippon avant de disputer les demi-finales où je n?ai cédé qu?à 20 secondes de la fin des cinq minutes réglementaires. J?ai également remporté le bronze par ippon.

Que pensez-vous des différents stages internationaux organisés ?

? Pendant les deux dernières semaines, nous étions en stage avec un club de l?élite française, le Sucy Judo Club. En début d?année, nous avions fait un premier déplacement en France pour le Tournoi de Paris et pour un stage. Il y a eu notre participation au Tournoi international d?Afrique du Sud et nous avons reçu la visite de deux grandes escouades de niveau international, le centre international de Rabat et le Levallois SC, club français de première division, champion d?Europe par équipes. Cette fois, il y a eu plus de stages organisés à Maurice. Ainsi, tous nos judokas ont bénéficié d?experts étrangers, le directeur technique du centre international de Rabat, Hassen Ikhlef, l?entraîneur français Christian Vachon, Achène Goudjil, directeur technique franco-algérien.

Dans quelle mesure pensez-vous que ces stages vous ont aidée à progresser ?

? J?ai eu l?occasion de me frotter à des sparring-partners différents et costauds. Mais c?est surtout les séances d?entraînement matinales où nous travaillons la forme qui m?aident le plus. Quant au stage avec l?équipe levalloise, je ne pense pas que c?était une aussi bonne initiative. Il y a quatre sélectionnées réunionnaises, Julie Ramin, Laura et Audrey Law Waï, et Emmanuelle Payet qui évoluent au sein du même club. Et l?entraîneur de l?équipe féminine du club, Christian Chaumont, m?a beaucoup observée. Je pense que c?est légitime car ces judokates s?entraînent sous sa férule. Les judokates m?avaient également beaucoup interrogée sur ma manière de combattre.

Pensez-vous qu?ils étaient un peu là pour espionner ?

? Je n?affirmerai pas cela. Mais pendant le stage, je suis restée sur mes gardes.

En tant que judokate expérimentée, n?appréhendez-vous pas de vous faire surprendre par une jeune de 18 ans ?

? Non. Si cela arrive, ce ne sera pas la première fois. Aux Championnats d?Afrique au Caire, c?est par une Tunisienne de la catégorie Juniors, Yosra Zribi, que j?avais été éliminée au premier tour.

Pourtant dans les années 90, perdre vous était inacceptable?

? J?étais encore jeune. Aujourd?hui, je n?ai plus la même endurance, le même souffle et la même vitesse.

Depuis votre retour, avez-vous entendu des critiques sur votre forme ?

? Beaucoup m?ont fait remarquer que je ne suis plus la même. Je leur réponds que seuls les résultats apportés au jour-J importent.

On parle beaucoup des Réunionnais, mais ne pensez-vous pas qu?on a tort de sous-estimer les autres îles ?

? Oui. J?ai été à Madagascar en mai. J?y ai constaté que le judo ne va pas aussi mal. Les Malgaches sont très forts psychologiquement. Si on se concentre sur la Réunion, c?est parce qu?on est conscient que les Jeux de 2003 sont synonymes de manche retour après 1998 où nous les avions battus sur leur propre sol.

Abordez-vous les JIOI 2003 avec le même état d?esprit qu?en 1998 ?

? Pas tellement. Je crois que cette coupure de deux ans avec le judo y est pour beaucoup. Mais je me sens lucide et confiante.

Comparée à celle de 98, comment percevez-vous l?équipe 2003 ?

? A quelques exceptions près, ce sont les mêmes têtes qui seront en lice. C?est une équipe ambitieuse et d?après ce que j?ai pu constater en Afrique du Sud, elle se soude petit à petit.

En 1998, Maurice terminait en tête du tableau des médailles. Selon-vous, cet exploit est-il réalisable cette année ?

? L?équipe tentera tout pour rester sur le toit de l?océan Indien. Mais les Réunionnais ne nous faciliteront certainement pas la tâche.

De votre côté, pensez-vous conserver votre titre de double championne des JIOI ?

? Bien sûr. Je ne peux aborder une compétition avec un esprit défaitiste. D?ailleurs, si je n?en avais pas la conviction, je n?aurais pas fait mon come-back en 2001 après trois ans.

Donc, s?il n?y avait pas eu les JIOI, vous n?auriez pas été tentée de revenir à la compétition ?

? C?est certain. C?est aussi par amour pour le judo que je me suis remise à la compétition. De plus, il m?était difficile de dire non à Michael Glover. Mais c?est à Rodrigues que tout a commencé en 2001. J?y animais un stage et quand André Cupidon m?a vue lors des randoris, il m?avait fait remarquer que j?étais suffisamment en forme pour revenir à la compétition. Et depuis, je n?ai cessé d?y songer jusqu?à ce que je cède.

Quelle est la raison qui vous avait poussée à raccrocher ?

? Je voulais simplement faire une coupure avec les compétitions. Cela faisait un an que j?étais mariée et je désirais avoir des enfants.

Votre retour a-t-il été difficile ?

? Pas tellement. Même si j?avais cessé la compétition en 1998, je continuais à évoluer dans le judo comme entraîneur du centre national de formation et j?avais gardé contact avec les autres combattants. Là où j?ai le plus souffert, c?est d?avoir eu à perdre les kilos superflus. Mais petit à petit, je suis arrivée à retrouver mon rythme.

Aujourd?hui, regrettez-vous d?être revenue sur le tatami ?

? Aucunement. Quand je fais un choix, c?est très rare que je le regrette.

Pourtant, la préparation pour les JIOI vous demande beaucoup de sacrifices?

?Certes. Je suis une femme mariée avec deux enfants, de quatre ans et de deux ans et demi. Pour trouver le temps de m?entraîner après le travail, j?ai dû puiser dans celui que je suis censée consacrer à ma famille.

Comment arrivez-vous à gérer votre vie de famille et le judo ?

? Je bénéficie de la compréhension de Richard, mon mari, et bien sûr de la précieuse aide de ma belle-mère qui s?occupe des enfants après l?école. Quant au reste, je me débrouille grâce à mon sens de l?organisation.

N?avez-vous pas le sentiment de négliger votre famille ?

? Non. Les week-ends, mon mari et moi, nous faisons des sorties avec les enfants. Et je leur consacre mes jeudis après-midi. J?en profite pour leur préparer des plats spéciaux.

Comment réagissent vos enfants face à vos nombreuses absences ?

? Des fois, ils me reprochent de n?avoir pas été là pour les mettre au lit la veille. Quand je pars à l?étranger, c?est ma fille qui est la plus attristée. Une fois, elle m?avait même demandé de rester. Cela me fend le coeur de les voir tristes mais le judo est aussi important que ma famille.

Quels sont vos projets après les Jeux ?

? Je tirerai un trait définitif sur ma carrière de compétitrice. Toutefois, je resterai dans le giron du judo pour continuer la préparation de nos jeunes espoirs en vue des Jeux de la Commission Jeunesse et Sport de l?océan Indien.

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