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Le spot radiophonique Husband good le mariage réussi du créole et de l?anglais

25 octobre 2003, 20:00

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Difficile d?y échapper en ce moment. Jeunes et moins jeunes ont adopté la tchatche ?créolo-anglaise? d?une publicité pour Cellplus. En calquant le créole sur l?anglais, l?agence de publicité Publico a réussi un joli coup. «Husband good» est déjà entré dans le langage parlé des Mauriciens. Un vrai phénomène de mode.

François Lam explique que l?idée est là depuis deux ans mais que le client l?a refusé à plusieurs reprises. « Ils se sont demandés si les Mauriciens allaient comprendre. Ils ont préféré ne pas oser. Puis, quand il a fallu faire le spot pour les nouveaux tarifs, tout a dû se faire très vite. C?est ainsi que finalement, ils ont accepté », explique-t-il. Le choix de faire cette publicité de cette manière découle du fait que le service international était concerné. La langue internationale la plus courante étant l?anglais et la langue la plus populaire à Maurice étant le créole, Publico a décidé de faire un spot, en mariant ces deux langues.

Très rapidement, les spots ont suscité une réaction chez les auditeurs. Ces derniers ont commencé à intégrer des dialogues en créole traduit littéralement en français. Niraj Sooknah, chargé de cours en direction artistique et en publicité à la DCDM Business School, confirme cela et explique que ce qui a conquis c?est la simplicité et la différence. «Les dialogues sont typiquement créoles. Ces spots parodient l?anglais et ça marche. Cependant, ces dialogues en créole traduits en anglais existaient déjà mais personne n?avait songé à les utiliser. C?est une idée brillante. Husband good en créole, c?est à la portée de tout le monde. Si ce spot avait été créé, il y a dix ans, cela n?aurait pas marché. Mais aujourd?hui, le taux d?alphabétisation a augmenté», souligne Niraj Sooknah. Pourtant, il n?est pas convaincu que le message arrive à primer sur le dialogue humoristique. « A la fin, pour parler de la compagnie, la voix est peu dynamique. La première partie est très forte alors que la seconde partie est assez plate. Néanmoins, si on demande à une personne dans la rue, elle saura, tout de suite, qu?il s?agit d?un spot qui parle de Cellplus », ajoute-t-il.

Arnaud Carpooran, docteur en linguistique à l?Université de Maurice, pense toutefois que le deuxième spot est moins original que le premier. Selon lui, si un troisième spot est fait, il ne captera pas l?attention. D?autre part, tout comme Niraj Sooknah, il rappelle que certains des dialogues existent depuis plus de dix ans. « Une exploitation heureuse en a été faite. C?est une traduction mot à mot. Il est bien accepté car les Mauriciens sont potentiellement trilingues. Si on classe sur une échelle l?anglais, le créole et le français, on trouve à une extrémité l?anglais et à l?autre le créole. Le français se trouve entre les deux. L?anglais est une langue qui n?est pas émotive à l?oral. C?est une langue froide et formelle. A l?opposé, le créole est une langue essentiellement oralo-affective », décortique Arnaud Carpooran.

Ce dernier soutient qu?il y a un travestissement avec pour changement d?habit celui de la langue. Le côté burlesque et caricatural est un intéressant mélange des genres. Selon Arnaud Carpooran, c?est aussi un langage de jeunes, ces derniers aiment jouer avec ce qui est établi.

Et si ce spot avait été fait tout simplement en créole ? Arnaud Carpooran pense qu?il n?aurait pas eu le même impact. Deux aspects doivent être pris en considération dans une publicité. Le premier est le message et le second est la manière de le passer. « Celui qui conçoit une pub, ne peut demander au consommateur d?acheter de manière brutale. Il doit demander au consommateur d?acheter mais en emballant le tout de manière à séduire le potentiel client », ajoute-t-il. Travailler la forme du message est très important. Il faut lui donner une forme esthétique et poétique. La publicité doit non seulement embellir l?objet que le client veut vendre.

Nos trois interlocuteurs sont d?accord sur l?évolution de la publicité. Cet outil important pour charmer le consommateur doit suivre son temps. Le slogan qui touche. La langue qui fait rire. Un ensemble pour faire connaître le produit. Le créole va prendre une place encore plus importante dans ce monde. « On cible la masse populaire. Cette masse, ce n?est pas l?anglais ou le français. Dans toutes les maisons à Maurice, il y a une certaine forme de créolisation. Facile à prononcer, claire et précise, le créole est une langue d?avenir dans le secteur de la publicité », a conclu Niraj Sooknah.

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