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Le solitaire de Bois-Puant
Un sentier tortueux d’un kilomètre mène à la maison de Bergicourt Mercure, dit Ton Dona, à Bois-Puant. Il a décidé de passer le reste de ses jours dans un endroit retiré, loin de toute civilisation.
Sous un soleil de plomb et malgré ses 88 ans, Ton Dona laboure sa terre. Il cultive du maïs, des pistaches, des patates et du manioc. Il vend lui-même ses récoltes à la foire maraîchère. “Je suis un homme de la terre. J’ai appris à cultiver avec mon père alors que j’avais 16 ans”.
Une cabane sans point d’eau ni électricité lui sert de demeure. Il a fait construire un petit réservoir qui lui permet de capter l’eau de pluie. Pourtant, le père de l’ancien commissaire, Robertson Mercure, a les moyens de s’offrir une autre maison et mener une vie plus facile. “J’ai décidé un beau jour de vivre seul. Je n’aime pas qu’on m’ennuie.”
Ton Dona a la répartie facile et parle avec le talent d’un vrai conteur. Tout Rodrigues le connaît. De temps à autre, toutefois, quand il y a un mariage ou un bal, il sort de son isolement pour aller danser. “Je reste toujours jusqu’à la fin de la fête, même si elle se termine aux petites heures du matin”.
L’octogénaire élève aussi quelques animaux pour sa propre consommation, dont un porc, un cabri et des poulets. Il possède aussi un chat “pour se débarrasser des rats qui rôdent dans les parages”.
Tous les jours, il se lève à 4 heures du matin pour nourrir les animaux avant de se rendre dans sa plantation et y rester jusqu’à 16 h 30. Il se fait aider par deux autres travailleurs. “Je prends mon déjeuner à 10 heures et mon dîner à 17 heures. Je prends juste un verre de whisky le soir. Mais quand je vais à un mariage, j’apporte ma bouteille avec moi ”.
<B>Un cordon bleu</B>
Ton Dona ne compte pas entreprendre des démarches pour avoir l’électricité. Il ne s’intéresse pas à la télé “qui a une mauvaise influence sur les gens”. Mais il ne se sépare pas de son poste de radio.“Ma radio me tient au courant de ce qui se passe à Rodrigues et dans le monde”.
Ton Dona est un cordon bleu. D’ailleurs, il était cuisinier à l’armée pendant trois ans. “Après l’armée, je n’ai pas voulu faire ce métier. Je pense que la fumée affecte la santé et fait vieillir”.
Pour rester en bonne santé, Ton Dona conseille aux gens de ne pas abuser trop de cigarettes et de l’alcool. “Si on veut me rendre visite, il faut que je sois prévenu à l’avance. Au cas contraire, je ne donne pas à boire”.
Même en période cyclonique, Ton Dona ne quitte pas sa cabane. “Dieu veille sur moi”.
Ton Dona est père de 14 enfants qui lui ont donné 54 petits-enfants.
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