Publicité
Le sodium, essence de la Terre
?Est-il vrai mademoiselle Madeleine qu?un baiser sans moustache est comme un ?uf sans sel ? ?
-
?Monsieur je n?ai jamais??
-
?Voyons mademoiselle Madeleine? ?
-
?Monsieur je n?ai jamais mangé d??uf sans sel.?
Comme Madeleine, nous apprécions le sel. La prude, toutefois, le goûte moins quand il s?agit d?une plaisanterie salée.
Un des partenaires du sel est un métal mou, le sodium. Son nom remonte à l?appellation arabe d?une plante proche de la salicorne (Salsola kali) vivant près de la mer. Ses cendres sont source de soude.
Le nom sodium pour le métal issu de la soude, créé au début du XIXe siècle, fut plus tard jugé vulgaire puisque descendant d?un nom trop commun.
Les contestataires suggérèrent ?natrium?, issu de natron, que les alchimistes utilisaient pour la soude. De plus, ce vocable remontait aux Egyptiens et n?était parvenu qu?à travers hébreu, grec et arabe. Il était donc beaucoup plus distingué. Hélas pour la dignité, le sodium est sorti gagnant. Toutefois, le natrium a légué le symbole Na, qui représente le métal dans les formules chimiques. C?est là un compromis digne de chez nous.
Le sodium est particulièrement anxieux de se marier à l?eau. Au point qu?au labo, on le conserve sous une couche de kérosène. Il se laisse couper au couteau et les élèves de la génération d?hier se souviendront des démonstrations du professeur de chimie coupant un morceau et le plaçant dans une cuillère grillagée à long manche pour l?introduire dans l?eau. Des parcelles du métal s?échappant de leur prison flottaient à la surface avec une flamme naine venant de l?hydrogène libéré. Elle se teintait de jaune, couleur de canari chère au métal. Quelques grains de sel, par exemple, atteignant la flamme du gaz lors d?une cuisson la colorent aussi en jaune. De plus, c?est la vapeur du sodium qui donne la couleur jaune aux réverbères.
Moins familier est l?emploi du sodium fondu dans des réacteurs nucléaires pour les refroidir. Il y a des risques que ce soient les habitants du voisinage qui soient refroidis si le métal, à la suite d?un accident, arrivait en contact avec l?eau. On a échappé à ce genre de catastrophe aux USA en 1966 et au Japon en 1985.
Agent conservateur
Les ions du métal, à leur tour, ne sont pas inconnus des activités de notre corps, par exemple pour des impulsions nerveuses. Mais trop en prendre, par exemple du sel à table, ne rend pas le système nerveux plus performant. Au contraire, l?excès peut entraîner une note médicale salée ! Le sel est obtenu de deux sources. L?une est vieille, abandonnée par des mers desséchées. Ceux qui l?exploitent sont des sauniers. Antan, il y en avait de faux faisant de la contrebande. L?autre est l?évaporation de l?eau de mer. Là, ce sont des paludiers qui s?activent. Dans le passé, le sel était en Europe grevé d?impôts, par exemple la gabelle. Les douaniers qui les récoltaient étaient des gabelous.
Le sel conserve les viandes. Le vieillard encore vert, dont les cheveux ne sont que poivre et sel, en est la preuve dirait le farceur. Plus sérieusement, avec l?aide d?un autre sel de sodium, le nitrite, on fait les jambons. Le sodium pèse sur les m?urs à travers des produits de consommation ou d?entretien. Un souci de la ménagère étant la propreté, elle se fie parfois à la soude, dite par les Anglais washing soda et en France ?cristaux? parce qu?on trouve le produit cristallisé dans le commerce. D?un effet nettoyant plus énergique, une autre soude dite caustique l?est vraiment pour les chairs. On la trouve dans des bombes aérosols pour nettoyage de fours encrassés. Mais le décrassage ménager quotidien se fie le plus souvent au savon, lui aussi sel de sodium. Il est obtenu en traitant huiles et graisses avec de la soude caustique. Toutefois, il y a plus propre que propre disent les réclames. Pour ce traitement, le sodium s?associe au chlore dans l?eau de Javel antan fabriquée à Javel, près de Paris.
Pour ce qu?ils pensent être la propreté interne des gens férus de purgatifs font confiance au sel de Glauber, alchimiste du XVIIe. Pour des troubles du même tube digestif, le bicarbonate de soude se place encore en pôle position, comme on dit en formule 1. Glissons sur la pâte dentifrice contenant fluor et sodium alliés pour atteindre le penthotal de sodium, dit sérum de vérité dans les polars avec beaucoup d?optimisme. Il sert à endormir, pour des opérations salvatrices comme pour des opérations foudroyantes dans certains états d?Amérique. On l?administre au condamné à mort avant l?injection mortelle.
Fuyons vers le charme du borax que le potache d?hier faisait fondre et colorer par des sels pour les identifier. Il peut faire plus beau en plaçant des cristaux de différentes couleurs dans une solution de silicate de soude. Là où ils s?épanouissent en ?fleurs? d?un véritable jardin chimique.
Qui dit sodium pense immédiatement au sel de cuisine. Mais le sodium a d?autres emplois. Utilisés comme agent conservateur, comme décrassant ménager, comme ?sérum de vérité? ou en bicarbonate, pour lutter contre les troubles digestifs, il est également utilisé pour refroidir les réacteurs nucléaires...
Publicité
Publicité
Les plus récents