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Le sens de l?action
En modifiant, pour cette année, la nouvelle formule de paiement des frais d?examens, le gouvernement fait une concession.
En obtenant un début d?adhésion au principe du ciblage, il fait avancer le pays. Ainsi vont les démocraties ; leurs crises sont souvent fécondes. À la condition, toutefois, que le pouvoir n?apparaît pas toujours céder aux pressions de la rue.
Il y a justement quelques leçons à tirer de ce conflit superflu, occasionné par la gestion hasardeuse d?une équipe gouvernementale qui manque singulièrement de cohésion. Une consultante en communication qui conseille de grands groupes européens rappelait, cette semaine, à des chefs d?entreprise un axiome qui vaut pour les gouvernements : seule la cohésion des hommes assure la cohérence des actions.
Et un autre, tout aussi incontournable : la communication interne prime sur la communication externe.
Depuis plusieurs mois, les observateurs de l?action gouvernementale ont identifié, comme une des causes de la désaffection populaire, un déficit de communication. Sans doute ont-ils raison. Mais en amont, il existe une faiblesse plus grande encore. Sur la stratégie économique, sur le fondement de la réforme, l?équipe gouvernementale n?a pas réfléchi collectivement. Est-ce normal qu?un changement national de paradigme soit impulsé et actionné par un ministère des Finances esseulé, coupé à la fois de ses collègues et des citoyens censés bénéficier du temps laborieux de la « semence » ? À ce dysfonctionnement, il y a une première explication.
Ce dérèglement a pour origine le secret dans lequel est préparé le budget national annuel. Pour des raisons qui ne sont plus recevables aujourd?hui, les budgets, pourtant loin d?être de simples exercices comptables, continuent à être ficelés, dans l?absolue discrétion, par le cabinet du ministre des Finances, sous le regard certes du Premier ministre.
Dans le passé, cette attitude se justifiait parce que, pour l?essentiel, l?exercice consistait à déterminer le montant des nouvelles taxes, en particulier les taxes douanières. Aux ministres, le chef du gouvernement expliquait que cette confidentialité était nécessaire afin d?éviter des pénuries artificielles et autres méchancetés boutiquières ? elle l?était d?autant plus que certains d?entre eux étaient des commerçants? Aujourd?hui, exception faite de quelques mesures budgétaires qui ne doivent être annoncées qu?à la dernière minute, ce silence n?est plus indiqué parce qu?au contraire, il gêne la stratégie gouvernementale. Une réforme de l?envergure de celle engagée par Rama Sithanen peut difficilement réussir si elle n?est pas comprise, acceptée, soutenue et ardemment défendue par l?ensemble de l?équipe gouvernementale.
Pour ce faire, il eut fallu un véritable aggiornamento de l?Alliance sociale aux lendemains de la prise du pouvoir. Et une communication interne capable de susciter une appropriation collective de la nouvelle stratégie. Cela ne s?est pas fait, et le résultat est une absence totale de cohésion. Pire, le problème s?aggrave. En cette fin de semaine, au moment où le Premier ministre convoquait les représentants de la plate-forme citoyenne, le ministre Gokhool, dans l?ignorance de ce qui se tramait, négociait un petit sursis pour le paiement des frais?
S?il veut de la cohérence dans l?action gouvernementale, le Premier ministre doit rapidement chercher à promouvoir la cohésion au sein de son équipe. Beaucoup de gouvernements dans le monde sont en butte aux mêmes problèmes. On peut apprendre de leur pratique.
Elle consiste, dans bien des cas, à traiter la question par le biais de « séminaires gouvernementaux », à la fois intelligence collective et registre maïeutique de la communication.
Je vois bien l?urgence de ce recadrage. Il ne s?obtiendra pas par un simple rappel à l?ordre. La cohésion, le sentiment d?appartenance et l?appropriation de la vision ne se développent que grâce à une culture de l?esprit d?équipe. Elle exige une méthodologie et une pratique. L?une et l?autre sont inexistantes dans les sphères gouvernementales.
Dans un premier temps, je le crois, le Premier ministre devrait prendre l?initiative de réunir son équipe en séminaire. Les ministres feraient une pause, se retireraient, se retrouveraient entre eux pour réfléchir ensemble à ce qu?ils font, à ce qu?ils ont fait, à ce qu?ils devraient faire. Je parle de ce qui convient pour faire gagner le pays, pas pour gagner les prochaines élections ! Quoique l?un n?empêche pas l?autre? Il faut encore, bien évidemment, que le Premier ministre soit un leader, pas uniquement un chef. Que son propre discours soit en cohérence avec ses actions. Alors seulement pourra-t-il espérer de son équipe qu?elle soit un relais qui donne du sens à l?action gouvernementale.
Une fois cet exercice interne complété, on pourra alors commencer à parler de communication externe. Sans ce préalable, que peuvent-ils communiquer ? Les hésitations, les contradictions, les querelles, les arrière-pensées, les haines, les ambitions ? Mais question communication externe non plus, le gouvernement n?est pas au bout de ses peines.
C?est une évidence, personne à l?hôtel du gouvernement ne semble savoir ce qu?est la communication. Au mieux, quelques conseillers font de l?information dont notre consultante disait qu?elle est la « s?ur ennemie de la communication ». Nous ne parlons de communication que quand il y a « mise en relation », dialogue, quand existe une activité d?écoute et d?action commune. Quand l?on obtient une adhésion parce que l?on reçoit des réponses à des « questions impliquantes ». Quand l?on travaille sur la perception plus que sur la réalité. Sur ces plans, on nomme abusivement « communication » à l?hôtel du gouvernement ce qui est vulgaire propagande. Ce n?est pas étonnant : où sont les spécialistes susceptibles de produire une stratégie de communication utilisant les concepts modernes et les techniques appropriées ?
Franchement, quand on a nourri les électeurs, des années durant, avec la potion de l?assistanat, comment peut-on croire qu?un changement radical des mentalités est possible sans un accompagnement communicationnel systématique de la transition ? Dominique Wolton, un des plus grands experts mondiaux de la communication, disait :
« Au c?ur des sciences, des techniques et de la société, la communication constitue aujourd?hui, un des principaux facteurs des changements contemporains. »
Le jour où Navin Ramgoolam découvrira les vertus de l?action communicationnelle, beaucoup trembleront ! Je note en passant que quelques pédanteries journalistiques sur la question sont tout aussi peu « signifiantes ».
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