Publicité
Le ?seafood hub? en croissance malgré les contraintes
Par
Partager cet article
Le ?seafood hub? en croissance malgré les contraintes
Les nouvelles entreprises du secteur produits de pêche (seafood) restent sur le qui-vive. Elles sont suspendues aux décisions des autorités vétérinaires de Bruxelles mais restent optimistes quant à une évolution positive de la situation. Malgré les contraintes qui ont entravé leurs exportations vers l?Europe au cours des 12 derniers mois, les investissements dans le secteur se poursuivent, avec de gros intérêts exprimés pour l?aquaculture.
Alain Lenoir, managing director de Marlin Export, indique que deux usines soumettront, dans les prochains jours, leur demande d?accréditation auprès de Bruxelles afin de pouvoir exporter leurs produits de mer sur l?Europe. Cette demande sera transmise à travers le département du service vétérinaire à Réduit.
10 000 emplois
?Ce sera un test case, explique-t-il, et nous saurons bien vite, maintenant que les mesures correctives ont été prises, quelle sera la position des autorités vétérinaires européennes et si elles ont foi dans le service vétérinaire de Réduit.? Il ajoute que ?la balle est maintenant dans le camp de Bruxelles?. ?Les autorités vétérinaires européennes avaient trouvé qu?il y avait des améliorations à faire pour que le service vétérinaire mauricien puisse certifier que toute nouvelle usine à Maurice est apte à répondre à leurs exigences au niveau des conditions phytosanitaires et autres contrôles sur les produits de pêche.?
Un expert des services vétérinaires européens est à Maurice pour constater la capacité des laboratoires mauriciens à effectuer des tests sur les produits de pêche, dans le respect des procédures établies par la Commission européenne (CE). Il va aussi conseiller ses homologues mauriciens afin que les failles, observées par une mission l?année dernière, soient éliminées.
Jusqu?ici et en raison du retard pour obtenir l?accréditation de Bruxelles, le secteur seafood subit de graves contraintes dans sa stratégie de marketing et de développement. Sans cette accréditation, l?objectif fixé par le gouvernement de doubler le nombre d?emplois à 10 000 et la valeur des exportations à Rs 10 milliards au cours des trois prochaines années risque d?être compromis. Une trentaine d?entreprises, qui ont investi Rs 3 milliards ces trois dernières années, opèrent dans le secteur seafood.
?Nous considérons que nous avons maintenant les autorités compétentes au département de service vétérinaire. Les opérateurs et les autorités ont travaillé ensemble pour que Maurice puisse sortir gagnante de cette situation?, affirme Alain Lenoir.
Un point de vue partagé, d?ailleurs par le principal fisheries officer au ministère de l?Agro-industrie, Daroomalingum Mauree. ?Ce partenariat a permis de résoudre les goulots d?étranglement et de faire avancer le développement du secteur seafood.? Il estime aussi que les nouvelles compagnies, déjà en opération, mettent la dernière touche afin de pouvoir obtenir leur accréditation. ?Des représentants de Bruxelles viendront à Maurice pour certifier que les normes sont respectées avant de leur donner l?autorisation pour exporter. Mais avant que nous ne demandions aux autorités vétérinaires européennes de venir, le département vétérinaire de Réduit doit s?assurer que les entreprises mauriciennes ont respecté les normes européennes.?
Cinq nouvelles compagnies, notamment Marlin Export, la Ferme Marine de Mahébourg, Agimex, Alpha Foods et Sauri Marine ont investi Rs 800 millions ces deux dernières années. A l?exception d?Alpha Foods, ces entreprises sont en opération mais ne peuvent exporter sur l?Europe, n?ayant pas encore obtenu l?autorisation.
La construction de l?usine Alpha Foods va débuter dans quelques semaines alors que l?entreprise de Mahébourg a des projets d?extension de son élevage. Son usine de traitement est en construction.
Hassen Taher Seafoods Mauritius Ltd étend, elle aussi, ses activités. Elle a investi plus de Rs 400 millions dans la construction d?une usine de traitement de thon à Rose-Hill et dans l?achat de nouveaux bateaux de pêche.
Joël Bruneau, general manager de Thon des Mascareignes Ltd, ajoute : ?Nous avons deux autres projets, l?un en partenariat avec une société espagnole et l?autre avec une société française. Ces deux nouvelles usines, qui vont fabriquer des produits à valeur ajoutée élevée, seront opérationnelles respectivement en juillet et septembre. Les investissements sont de Rs 300 millions.?
A l?instar d?Alain Lenoir et de Daroomalingum Mauree, Evert Liewes, président du seafood council de la Mauritius Export Processing Zone Association est optimiste, malgré le flou qui existe. ?Les usines concernées sont en bonne voie pour avoir leur accréditation mais c?est seulement si de nouvelles compagnies mauriciennes sont ajoutées à la liste de celles qui peuvent exporter sur l?Europe que nous pouvons crier victoire.?
?Pour l?instant, ajoute-t-il, nous sommes encore dans le flou. Bruxelles n?a pas dit qu?elle ne va pas ajouter de nouvelles compagnies à la liste, mais tout simplement aucune nouvelle compagnie n?a été ajoutée au cours des 12 derniers mois.?
L?adhésion de Taïwan discutée à la conférence de CTOI à Maurice
■ Grand-Baie accueillera, du 13 au 18 mai, une conférence de la Commission des Thons de l?océan Indien (CTOI). Cette commission est une organisation intergouvernementale mandatée pour gérer les thons dans l?océan Indien et les zones adjacentes. La question d?adhésion de Taïwan à cette organisation a été évoquée lors d?une récente rencontre entre Arvin Boolell et Joe Borg, membre de la Commission européenne chargée de la pêche.
L?UE est en faveur du détachement de la CTOI de la Food and Agricultural Organisation et de l?adhésion de Taïwan à la commission. Maurice est d?accord pour cette adhésion.
Le secteur produits de mer veut élargir ses perspectives
Avec pour objectif d?ouvrir d?autres portes qui pourraient faciliter l?accès de produits de mer en Europe, Maurice compte passer à l?offensive sur différents fronts : négociations pour un nouvel accord bilatéral de pêche avec l?Union européenne (UE) et négociations régionales sur les Accords de partenariat économique (APE).
L?accord de pêche entre Maurice et l?UE expire en décembre. Les négociations pour son renouvellement vont débuter à la fin de juin à Bruxelles. Dans ce contexte, Maurice espère compter sur un approvisionnement en poissons par la flotte européenne pêchant dans l?océan Indien. Ainsi, les usines seront assurées d?être fournies en matières premières et pourront se qualifier plus facilement, en termes de règles d?origine, pour l?exportation du poisson sur l?Europe.
Ces derniers mois, ces perspectives d?exportation ont subi quelques doutes. Les autorités vétérinaires européennes n?ont rajouté aucune nouvelle compagnie à la liste de celles opérant à Maurice et autorisées à exporter leurs produits de pêche sur le marché européen.
Réviser les règles d?origine
?Maurice veut aussi améliorer les règles d?origine. Ce sera à l?agenda des discussions sur les APE avec l?UE au niveau du bloc AOA (Afrique orientale et australe) des ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique)?, dit Daroomalingum Mauree, principal fisheries officer au ministère de l?Agro-industrie. ?Nous allons réitérer notre position en faveur d?une libéralisation et d?un assouplissement des règles d?origine afin de pouvoir exporter du poisson sur le marché européen avec bien plus de facilité?, poursuit-il.
Cette révision aiderait Maurice à faire face aux problèmes d?érosion des préférences, de la hausse des prix de produits pétroliers et des coûts d?importation plus élevés des intrants dans la fabrication des conserves de thon et autres productions.
Si les règles d?origine étaient modifiées, les usines de Maurice pourront s?approvisionner en poisson, non seulement auprès des bateaux de l?UE, des ACP et des territoires d?outre-mer des États de l?UE, mais de n?importe quel autre pays pour être traités et exportés sur l?Europe. Maurice souhaite aussi un assouplissement quant au recrutement des équipages et au statut de propriété des bateaux de pêche. Mais rien ne dit que l?UE acceptera.
Maurice mènera un autre combat au niveau des négociations au sein de l?Organisation mondiale du commerce, notamment dans le contexte des Non Agricultural Market Access (NAMA). Actuellement, certains pays exportateurs de thon vers l?Europe et gros concurrents de Maurice, doivent payer une taxe douanière de 24 % pour l?accès de leurs produits à ce marché. Ces pays proposent, dans le cadre de ces négociations, une baisse du tarif à même moins de 18 % .
Attirer l?investissement
Mais en raison des problèmes que cela posera aux usines locales, Maurice insistera que le thon ne fasse pas partie des négociations de NAMA. Car le secteur seafood est considéré comme un des piliers du développement économique du pays, notamment en termes de création d?emplois, comme pour les autres Etats insulaires aux économies vulnérables. Le support de l?UE sera sollicité à cet effet.
D?autant plus que les perspectives de croissance sont intéressantes. Les prises annuelles de thon dans la partie sud-ouest de l?océan Indien sont estimées à 400 000 tonnes. De ce chiffre, 100 000 tonnes sont utilisées par la conserverie de thon des Seychelles et 120 000 tonnes par les usines à Maurice, dont Thon des Mascareignes Ltd, Princes Tuna Mauritius Ltd, Pelagic Process Co. Ltd et MTC Seafood Ltd de la Malaisie. Le reste est exporté vers l?Europe, principalement vers l?Espagne, pour les besoins de traitement.
Outre l?accès préférentiel au marché européen, américain et des pays de l?AOA, les autres atouts de Maurice pour attirer des investissements dans le secteur seafood sont les facilités de transbordement et de stockage de poisson, la qualité des infrastructures portuaires et des liaisons maritimes et aériennes, les mesures fiscales et non fiscales ainsi que les accords de pêche avec d?autres pays
D?autres projets d?infrastructure sont envisagés : création d?un nouveau port de pêche à Bain-des-Dames et la mise en place d?une criée aux normes européennes à Port-Louis, avec la coopération de la Grèce, pour attirer un plus grand nombre de bateaux de pêche.
Cinq propositions pour l?aquaculture
Le Board of Investment (BOI) est en présence de cinq propositions de compagnies tant étrangères que mauriciennes, dont Sea Ranch, Ferme Marine de Mahébourg, le groupe Food and Allied Industries Ltd, pour des investissements en aquaculture. Un atelier de travail se tiendra les 12 et 13 avril sur les perspectives de développement de cette activité.
Il est organisé par le ministère de l?Agro-industrie avec la collaboration du BOI et du cabinet de consultants Ichtyo Développement Eau Environnement (IDEE). Les potentiels du secteur seront passés en revue d?autant plus que 20 sites ont été identifiés dans les eaux mauriciennes pour l?aquaculture.
Publicité
Publicité
Les plus récents