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Le rôle crucial des ONG

8 octobre 2007, 00:00

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Nilda Bullain, 37 ans, est détentrice d?un doctorat en droit de l?université ELTE à Budapest. Mais son curriculum vitae indique aussi que la jeune femme en connaît un rayon sur le développement et l?organisation du secteur non-profitable, à savoir les organisations non-gouvernementales et leurs liens avec le secteur privé et l?Etat.

A l?issue de ses études, Nilda s?est jointe en 1994 à la Civil Society Development Programme en Hongrie où elle a tour à tour agi comme consultante principale, directrice de programmes et directrice exécutive jusqu?en 2001. C?est là et au gré des formations qu?elle a suivies par la suite aux Etats-Unis qu?elle a acquis une expérience solide en développement et organisation de la société civile et du secteur non-profitable.

Depuis janvier 2002, elle a rejoint les rangs du European Center for Not-for-Profit Law comme principale conseillère légale et a travaillé sur des projets de réforme des législations ayant trait aux ONG et à la société civile.

C?est depuis 2003 qu?elle a été nommée directrice exécutive de cette organisation basée à Budapest et dont le champ d?action est axé sur les pays d?Europe centrale et ceux de l?Europe de l?Est.

Cette jeune femme est à Maurice depuis une semaine à l?invitation du PNUD et entame sa deuxième semaine de consultations. Sa mission et celle de son collègue, David Moore, qui l?a précédée, est de contribuer à instituer ?un meilleur environnement légal pour la société civile, à parfaire la relation entre le secteur privé et les ONG, de même que celle entre ces dernières et le gouvernement. Ces trois volets forment un cadre stratégique pour la société civile à Maurice?.

?Nous avons travaillé pendant des années en Serbie, mais il n?a toujours pas réformé sa législation d?associations . C?est frustrant.?

Un des dadas de Nilda est la responsabilité sociale des entreprises. L?aspect le plus important de cette responsabilité propre aux entreprises est qu?elle devrait bénéficier à toute la communauté. ?Dans ce domaine, les ONG peuvent aider grandement les compagnies. Ces dernières ont de l?argent et les ONG ont l?expertise du terrain et peuvent appliquer des projets sociaux. Mais comme je l?ai dit, c?est toute la communauté qui doit en profiter. Un bon exemple de chez vous est l?Empowerment Programme qui tente de cibler les chômeurs. Mais ces derniers sont si marginalisés qu?ils ne lisent pas les journaux pour être au courant de cette démarche. La seule façon de les atteindre, c?est à travers les ONG. En général, il y a déconnexion entre les compagnies et les ONG. Il faut donc combler cette lacune?.

Elle fait toutefois remarquer que le concept de responsabilité sociale de l?entreprise n?est pas encore ancré dans la culture des compagnies mauriciennes et fait état des résultats d?un rapport de Deloitte and Touche qui a sondé les compagnies sur le sujet. ?Il n?y a qu?environ 20 % d?entre elles qui ont une stratégie définie à propos de leur responsabilité sociale. De plus, ce rapport indique que les compagnies ne connaissent que très peu d?ONG. Ce qui indique un manque de visibilité de ces organisations. Ce qui manque ici, c?est un centre qui les formerait en matière de développement de l?organisation?.

Nilda explique toutefois que le phénomène d?invisibilité des ONG n?est pas le propre de Maurice. Dans bien des pays où elle est intervenue, cela a été le cas. ?Tout le monde parle de la responsabilité sociale des entreprises mais celle-ci n?est pas appliquée de façon systémique. Le facteur positif est que les gens en parlent ouvertement?.

?Eviter les conflits d?intérêt?

Nilda estime que les ONG ne devraient pas être financées par le gouvernement. ?C?est acceptable uniquement dans le cas où les ONG fournissent un service social qui aurait dû être délivré par le gouvernement comme les soins aux personnes âgées, aux handicapés ou en matière d?éducation. Nous devons aussi reconnaître que, dans les pays en transition d?un régime dictatorial à une démocratie, la société civile est affaiblie et ne dispose ni de fonds, ni des capacités à agir. Dans ce cas également, il est approprié pour le gouvernement de les financer afin de les aider à se renforcer. C?est comme un investissement du gouvernement à développer les ONG. Cela a fonctionné dans bien des pays d?Europe de l?Est?.

Comment dans de tels cas éviter des pressions? ?Il faut avoir des règlements stricts pour éviter les conflits d?intérêt. Cela dépend de l?environnement général du pays, s?il est plus proche du rule of law?.

De tous les pays où elle a ?uvré, elle est insatisfaite de la situation de la société civile en Serbie. ?Nous avons travaillé pendant des années dans ce pays, mais il n?a toujours pas réformé sa législation d?associations. C?est frustrant. Cela ne veut pas dire que la société civile est faible. Elle est financée par des bailleurs de fonds étrangers mais pas locaux. Et c?est dommage. En Hongrie, le gouvernement aide beaucoup les ONG mais l?environnement est très politisé. Et celles-ci dépendent beaucoup de l?Etat. Nous essayons de changer la mentalité en renforçant les capacités mais cela prendra une génération pour changer. Dans mon pays, nous avons besoin d?une nouvelle génération de personnes qui savent ce qu?est un citoyen responsable?.

Depuis son arrivée à Maurice, Nilda a rencontré des représentants du secteur privé, des membres du gouvernement et des représentants d?ONG. Cette semaine, elle travaillera avec Deloitte et Touche et le comité de travail consultatif pour définir les recommandations. Ce qui agace un peu l?experte, c?est que l?étude sur le monde des ONG n?est pas complétée. ?Il y a des données aussi simples que le nombre de bénévoles et d?employés au sein des ONG qui ne nous ont toujours pas été communiquées. Cela nous aurait facilité la tâche?.

En quittant Maurice, Nilda mettra le cap sur la Chine à l?invitation de l?Université de Beijing. Là-bas aussi, il sera question d?un projet de législation des ONG.

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