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Le rêve brisé de Charlézia

19 juin 2004, 20:00

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«En 1967, j?ai su tout au fond de moi que je n?allais jamais revoir Diego. » Charlézia Alexis exprime son dépit quelques heures après l?intervention de Paul Bérenger. Le Premier ministre vient d?expliquer que le gouvernement britannique interdit à toute population de s?installer dans les îles du British Indian Ocean Territory (BOIT), dont Diego Garcia fait partie. Cette décision renverse le jugement de la Haute cour de Londres, rendu en novembre, qui autorisait les Chagossiens à retourner sur leur île d?origine.

« Ce retour était mon plus grand rêve. Souvent, je m?imagine bercée par le mouvement des vagues sur le sable. J?entends le bruit des gaulettes et les voix des pêcheurs au lever du jour. »

En 1967, Charlézia a 29 ans et trois enfants. Maude a sept ans, Serge, trois ans et Modeste n?a que cinq mois. Comme d?autres Chagossiens en visite à Maurice, elle entame des démarches pour rentrer à Diego. On lui explique alors qu?il n?y aura bientôt plus personne sur son île, et qu?elle n?a pas d?autre choix que de rester.

Le droit d?être parmi les siens

Six ans après, l?impensable se produit. L?armée américaine s?installe à Diego et interdit toute présence civile. L?espoir de Charlézia est ébranlé. Commence alors une longue lutte pour rentrer au pays. Avec trois autres femmes, Clémencia Chéri, Lisette Talate et Ravima Besage, elle rencontre Paul Bérenger, alors leader de l?opposition. « Li dir mwa ki li pu fer mwa zwen enn group ki pu okip nu ». Il s?agit de l?Organisation fraternelle des frères Élie et Sylvio Michel.

Charlézia met toute son énergie dans ce combat, est de toutes les manifestations, de toutes les grèves de la faim. Elle goûte alors aux coups de matraque de la police anti-émeute. Entretemps, elle s?installe à Pointe-aux-Sables où elle achète avec son mari un lopin, grâce à l?argent de la compensation. Les Alexis font construire une maison en béton mais pensent dur comme fer qu?ils pourront la quitter un jour.

Charlézia ne s?est jamais vraiment adaptée à Maurice car tout était différent dans son pays : l?environnement social, les mentalités, la distance entre les maisons, l?absence de pollution sonore, les poissons et fruits de mer à foison? L?argent y était moins important. On était plus libre, dit-elle, de célébrer sa culture, d?organiser des bals qui commençaient le samedi et duraient jusqu?au dimanche matin.

Pour les déracinés comme elle, les difficultés de la vie à Maurice sont encore plus dures à supporter. Le désir de rentrer est renforcé par la certitude que les choses seront plus faciles là-bas, qu?elles seront comme avant.

Impossible en effet de rester aveugle devant la précarité dans laquelle de nombreux réfugiés et leurs descendants vivent à Maurice. Le chômage et la pauvreté favorisent la délinquance. D?autres tombent dans les pièges de la dette et des casseurs. Les maladies trouvent refuge dans ces cités où chacun a le sentiment d?appartenir à une communauté incomprise, parfois méprisée. Impossible encore de nourrir les volailles à l?air libre, de vivre aussi proche de la nature que le faisait le peuple des Chagos.

Il est peu probable de voir l?humanisme l?emporter sur la raison diplomatique. La décision du gouvernement britannique est pour Charlézia un coup de poignard au c?ur. Elle frappe là où chaque Chagossien a déjà une souffrance, celle de ne pouvoir un jour mourir en paix parmi les siens.

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