Publicité

Le revers de la médaille

8 novembre 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Ce n’est qu’une petite minorité mais il faut en parler. L’évoquer pour éviter le piège du culte de l’enfant qui finit par provoquer le désoeuvrement total des adultes. Bien qu’ils soient peu nombreux à Maurice, les enfants du désir sont révélateurs de bien des dysfonctionnements sociaux. C’est une autre réalité qu’on évoque très rarement. Celle de l’enfant bordé, chouchouté.

Le phénomène est très répandu dans les pays développés. C’est une enfance qui ne jure que par ses droits. La parole de cet enfant compte autant que celle des adultes. C’est lui qui décide de la couleur de la voiture que les parents vont acheter. C’est sa voix qui est enregistrée sur le répondeur automatique. C’est lui qui dicte les programmes télévisés qu’on regarde aux heures de grande écoute. Mieux, des parents vont même jusqu’à le consulter pour savoir s’il faut concevoir un autre enfant ou non. Dans des cas moins extrêmes, c’est lui qui choisit le prénom du bébé à venir.

A Maurice, c’est une attitude qui existe à une moindre échelle. Cependant, elle existe et se vérifie selon d’autres principes. L’enfant est enregistré dans une école trois à quatre ans avant sa naissance. On se prépare pendant des années à sa venue. Ce n’est plus la famille qui fait l’enfant. Ce serait plutôt l’enfant qui fait la famille.

C’est l’enfant du désir. Ce ne sera pas un enfant qui aura à se battre pour son individualité. Dès qu’il vient au monde, il acquiert son individualité. Et les parents vont se consacrer à lui garantir son indépendance. On entrevoit souvent cette fierté d’un parent qui peut proclamer à quel point son enfant est autonome. C’est une source d’orgueil que d’avoir un adulte dans un corps d’enfant ! C’est la preuve, pour le parent, qu’il a réussi à élever correctement son enfant, voire à la perfection.

Un tel investissement dans l’enfant s’explique de différentes manières. Depuis le recul de la mortalité et la possibilité de contrôler la naissance à travers le contraceptif entre autres, une véritable révolution a eu lieu. L’enfant est devenu un être rare et programmé. Une femme n’a plus à enfanter dès qu’elle se marie. Elle peut choisir le moment où elle donnera naissance à un enfant. L’enfant n’est plus dès lors un cadeau du ciel, il est l’expression d’un choix des parents. On ne produit plus des enfants en masse. On les met au monde pour eux-mêmes.

L’enfant du désir est un individu à part entière doté d’une volonté et d’une parole. Lorsqu’il dit et se dit, sa parole fait fonction d’autorité. Il y a une exaltation continuelle de l’égo de l’enfant. Cet enfant ne connaît presque pas d’interdit. Il est celui à qui on doit tout donner. Il n’est pas seulement question de lui fournir toutes les conditions pour qu’il réussisse. C’est aussi une manière d’exprimer une soumission cultuelle à l’enfant. Les adultes semblent avoir désespérément perdu la mémoire de leur propre enfance !

C’est ce qui explique également qu’aujourd’hui à Maurice cohabite une vague mélancolie par rapport aux méthodes quelque peu expéditives utilisées voici quelque temps pour élever les enfants et le besoin d’accorder l’immunité totale à l’enfant. Dans quelques années, l’anomalie s’approfondira. Lorsqu’on sait que la révolution numérique enfonce davantage les enfants et les adolescents dans un monde reclus, on mesure l’immensité de la tâche qui nous attend.

Aux adultes de retourner donc à l’école… de l’enfance avant qu’il ne soit trop tard.

Publicité