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Le retour au calme dans les banlieues

11 novembre 2005, 20:00

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La tendance à un retour au calme progressif dans les quartiers difficiles semblait se confirmer dans la nuit de jeudi à hier soir en France, déclare la direction générale de la Police nationale (DGPN). A 2 h 30, celle-ci avait enregistré sur tout le territoire 282 véhicules brûlés. Dans le même temps, la police avait procédé à 123 interpellations lors de cette 15e nuit consécutive de violences urbaines.

Ces chiffres sont à comparer à ceux de la veille, qui marquaient déjà une décrue de la tension. Selon la DGPN, 299 voitures avaient été incendiées mercredi à 02 h 00 contre 458 mardi à la même heure et 155 interpellations avaient été effectuées contre 195. «La tendance est toujours à la baisse», a déclaré une porte-parole de la DGPN, qui a ajouté que six policiers avaient été blessés.

A Paris, Bordeaux et Toulouse, notamment, la vente au détail de carburants a été interdite pour empêcher d?éventuel émeutiers de fabriquer des engins explosifs. A Bordeaux, la suppression des bus du soir a été reconduite pour des raisons de sécurité après l?incendie volontaire et l?explosion d?un autobus fonctionnant au gaz naturel pour véhicules (GNV), mardi à Bassens (Gironde).

A Toulouse, la préfecture de la région Midi-Pyrénées faisait état en début de nuit de 11 véhicules incendiés. La police a fait savoir qu?elle resterait vigilante lors du week-end prolongé du 11 novembre. La préfecture de police de Paris a annoncé la mise en place d?un «dispositif renforcé» de 1 505 policiers et de 715 CRS et gendarmes mobiles pour encadrer la cérémonie de l?armistice qui débutera à 11h00 sur les Champs-Elysées.

Le ministère de la Justice a annoncé jeudi que 364 des 1 893 personnes placées en garde à vue après 14 nuits de violences avaient été écrouées ? 73 mineurs et 291 majeurs. Selon le ministre de l?Intérieur Nicolas Sarkozy, environ 3,000 personnes été interpellées depuis le début des troubles.

3 000 personnes interpellées

Ce dernier a par ailleurs de nouveau dénoncé les «voyous» et la «racaille» responsables de l?insécurité dans les quartiers sensibles. «Quand je dis ce sont des voyous ou des racailles, je persiste et signe, et en aucun cas dans mon esprit, ça veut dire tous les jeunes», a déclaré le ministre sur France 2, reprenant des expressions qui lui ont beaucoup été reprochées ces dernières semaines.

«Ceux qui ont tiré à balles réelles à hauteur de tête sur les forces de l?ordre, ceux qui ont brûlé le bus où il y avait cette handicapée de 56 ans, (...) ceux qui ont caillassé un bus pour mettre à l?hôpital un gosse de 18 mois... Quand je dis ce sont des voyous ou des racailles, je persiste et je signe, et en aucun cas dans mon esprit, ça veut dire tous les jeunes», a-t-il déclaré dans l?émission «A vous de juger» sur France 2. Nicolas Sarkozy faisait référence à des incidents survenus ces deux dernières semaines dans les quartiers sensibles, où 3.000 personnes ont selon lui été interpellées.

«Il faut arrêter de parler des jeunes, parce que parler des jeunes, c?est créer les conditions d?un amalgame odieux». «Quand j?ai parlé de ?racaille?, on a compris que j?étais déterminé à débarrasser nos quartiers de minorités qui rendent la vie impossible à la majorité», a insisté le ministre, reprenant des expressions qui lui ont été beaucoup reprochées ces dernières semaines.

Selon un sondage BVA pour Le Figaro et LCI, 56 % des Français approuvent toutefois l?attitude du numéro deux du gouvernement. De l?avis de Nicolas Sarkozy, la France vient de vivre «une crise parmi les plus difficiles qu?un gouvernement ait eu à affronter». Les violences qui secouent les banlieues chaque nuit depuis le 27 octobre ont conduit le gouvernement à prendre des mesures d?urgence prévoyant notamment le recours au couvre-feu.

«Les choses s?apaisent et ça ne veut pas dire que ça ne peut pas se reproduire», a prévenu le ministre. Il a insisté sur la nécessité d?une «politique de rupture avec ce qui a été pratiqué depuis 40 ans dans notre pays, et qui a échoué», ajoutant que la question ne pouvait être ramenée «au seul problème de l?argent». Le changement passe selon lui par un retour des forces de l?ordre dans les banlieues. «On ne dira jamais assez les ravages du sentiment d?impunité pour une minorité de voyous», a-t-il dit, dénonçant «une minorité qui ne veut ni formation ni boulot et qui empoisonne la vie des autres».

«Il faut accepter que la police fasse son travail et sorte de ces cités des gens qui ne sont ni plus ni moins que des délinquants qui vivent d?une économie parallèle, qui empêche l?économie réelle de se développer dans ces quartiers».

Le ministre a salué le travail des forces de l?ordre et assuré que «jamais les Français n?ont autant soutenu la police et la gendarmerie». Evoquant la bavure qui a conduit jeudi à la suspension de huit policiers, il a affirmé avoir demandé à la police d?être «impeccable». «Je n?accepterai aucun débordement des forces de l?ordre.» «Quand on n?a rien à se reprocher, on n?a pas à avoir peur de la police», a-t-il répondu à des jeunes qui reprochent aux policiers de contrôler trop souvent les étrangers dans la rue.

La police doit être impeccable

Le ministre a souhaité avoir recours à la «discrimination positive» pour que les minorités soient mieux représentées au niveau des cadres dans la police. Nicolas Sarkozy a évoqué le «problème considérable» de l?intégrisme dans les cités. «Les gens qui appellent à la violence et au meurtre sont aussi coupables que ceux qui la pratiquent». Il a aussi déploré que certains jeunes d?origine étrangère soient moins bien intégrés que leurs parents.

«Il y a plus de problème pour un enfant d?un immigré d?Afrique noire ou d?Afrique du Nord que pour un fils de Suédois, de Danois ou de Hongrois. Parce que la culture, parce que la polygamie, parce que les origines sociales font qu?il a plus de difficultés», a dit Nicolas Sarkozy, qui est lui-même d?origine hongroise. «Je ne voudrais pas que dans cette crise, encore une fois, l?immigré devienne le responsable de toutes les situations», lui a répondu le socialiste Julien Dray. «La responsabilité, elle est d?abord et avant tout une crise sociale majeure qui a parqué les populations.»

Nicolas Sarkozy, qui a demandé mercredi l?expulsion de tous les étrangers condamnés pour avoir participé aux violences de ces dernières semaines, a rappelé qu?être Français était une question de «droits» et de «devoirs». «Si vous voulez avoir les droits des Français, vous devez en accepter les devoirs», a-t-il souligné. «Il faut arrêter de croire qu?on peut aider tout le monde, y compris ceux qui ne sont pas décidés à s?en sortir par eux-mêmes.»

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