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Le respect
Une action morale même accompagnée d?un sentiment de plaisir ne serait pas morale : la soumission, la crainte s?inversent du négatif au positif ; l?humiliation se transforme en respect. Quand la loi opprime les désirs sensibles, pathologiques, passifs, elle écarte un obstacle à l?autonomie. D?un même mouvement elle abaisse et élève. Il ne reste que le respect, le pur respect pour cette loi pratique : chacun doit prendre la défense de la loi contre le moi, de la raison contre les affections, de l?autre contre moi et s?il le faut contre l?autre même. J?ai raison donc je n?ai droit que si j?ai raison. Chacun respecte la loi morale et se respecte tant qu?il la respecte. De même, il respecte l?autre tant que l?autre se respecte et respecte la loi. Ce qu?il respecte, c?est le respect. Le respect que je me dois et le respect qu?il se doit sont symétriques. Le respect que je dois à l?autre est une forme du respect que je me dois, le respect que l?autre me doit est un cas particulier du respect qu?il se doit : le devoir est conséquence du droit.
Réciproquement, le respect de soi pour moi comme pour l?autre sont conséquences du respect pour l?autre. Le droit procède du devoir. Mais le respect est unique, et identique, qu?il définisse mon droit et son devoir ou son droit et mon devoir. Le droit est le respect exigible, le devoir est le respect dû : les deux coïncident. Le même respect définit la dignité, l?humanité de chacun. Il y a du respect parce qu?il y a la loi, le respect ne se fond pas, il rend accessible à la loi. Comme sentiment il est co-déterminé par l?objet qui affecte et le sujet affecté. En respectant la loi, je me respecte et je respecte le respect : le respect se respecte. Je représente en moi le respect en l?autre. Chacun est respectable en tant que respectueux.
En conséquence, en m?assujettissant à la loi, je ne m?assujettis qu?à moi-même. Le moi est responsable de soi devant soi. Le vrai soi en moi, c?est la loi. La loi définit l?authenticité et l?assure. Je la garde pure de toute limite, c?est la condition pour que la maxime soit partageable. Je suis moi-même au-dessus de moi, la loi est le non-moi, n?a pas la forme du moi. Mon droit c?est la loi, le devoir d?obéir à la loi. Le seul droit que je puisse affirmer c?est le droit d?accomplir mon devoir, de ne pas me dérober aux ordres du législateur, ni aux arrêts du juge qui sont en moi, le droit de n?être sujet que de la loi, autrement dit le devoir. Mon devoir est mon droit. Je ne dois pas tirer orgueil de ma vertu, mais je ne peux pas non plus m?abîmer dans une fausse humilité, je peux être fier.
Kant écrit dans « La doctrine de la vertu » : « la conscience de la sublimité de notre destinée peut-elle aller sans présomption, et ne vaut-il pas mieux l?humilité ? D?autre part, cette humilité n?est-elle pas contraire au devoir de respect envers soi-même ? » Mais il maintient ces préceptes : « Ne soyez pas esclaves des hommes. Ne souffrez pas que vos droits soient impunément foulés de ce monde : celui qui se fait ver de terre peut-il se plaindre d?être écrasé ? »
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