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?Le rôle de prophète n?est pas réservé au religieux?

9 août 2006, 00:00

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● Qu?est-ce qui dans votre cheminement explique le succès populaire que vous rencontrez aujourd?hui ?

Je suis prêtre, catholique et croyant. Je crois en Dieu fait homme. Mais cette croyance de l?incarnation ne s?arrête pas là. Il y a le message, la parole qui soustendent cette croyance. Il ne peut y avoir de divorce entre l?homme et sa parole. Il faut que la parole rejoigne l?homme là où il est.

Après des études, et un an à Ste.-Croix je suis parti pour la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Là, j?ai réalisé que dès que l?individu avait un problème, il ne venait pas vers le Christ ou moi, mais vers ses traditions. Je me suis alors mis à l?écoute des gens. A Maurice, nous avions une liturgie calquée sur le modèle européen. Or, nous avons le créole, la ravane, le séga? J?ai donc écrit des chansons en créole. De 1986 à 1990, mes trois albums n?ont été vendus qu?à une centaine d?exemplaires. J?ai insisté car c?est une question de vérité envers les gens, envers soi-même.

● Quelle est cette vérité ?

Valider la démarche spirituelle de chacun. Si celui-là va voir un sorcier, c?est une démarche spirituelle parce qu?il dit que par lui-même, il ne peut résoudre une question. Pour vivre sa spiritualité, il y a plusieurs voies. Certains succombent à l?alcool, la drogue ou la sorcellerie. Or, il faut leur dire que ce ne sont pas des choses qui donnent un mieux-être. La religion a ainsi la responsabilité d?émettre une proposition de mieux-être.

● Nos fléaux disent-ils les limites de l?institution religieuse?

Je parle de l?incarnation qui consiste à suivre l?évolution de l?homme, du contexte social, culturel, politique, familial? Le monde bouge, on réalise la nécessité d?une foi qui accompagne l?homme. Je ne peux penser l?évangélisation comme on la pensait au XVIIIe siècle.

● Partagez-vous l?avis que les médiateurs - politiques, sociaux, intellectuels - soient en rupture avec la société ?

Le rôle de prophète n?est pas réservé au religieux. Être prophétique, c?est annoncer et dénoncer. La question relève de notre capacité à faire valoir des outils d?analyse -comprendre sans perdre nos repères. Exemple, le principe veut qu?on accompagne les jeunes. Mais il faut admettre que leur évolution n?est qu?une reproduction de ce que vit la jeunesse bollywoodienne et hollywoodienne. Ce ne sont pas nos valeurs. Il faut faire des corrections sinon nos silences seront synonymes de perte de nos valeurs.

● Des jeunes, on dit justement qu?ils manquent de repères.

Prenez l?exemple du Jump Around. Moi, j?aime bien que la jeunesse s?amuse. Mais quand la manière de s?amuser se termine en vandalisme... Au risque de se rendre impopulaire, il faut dénoncer certaines choses.

● Quel est le rôle de l?homme religieux daujourd?hui ?

Qu?il soit un modèle. Il faut des gens qui incarnent des valeurs sociales, morales, religieuses, politiques? Même si par définition c?est la fonction de l?homme religieux, il faut aussi des enseignants, des balayeurs de rue, des receveurs d?autobus, des artistes, des intellectuels? qui inspirent.

● Quel est votre regard sur le rapport entre Etat et religion ?

On exagère sur la laïcisation de Maurice. Je crois que le Mauricien est un citoyen profondément religieux. Il ne faut pas non plus trop essayer de calquer notre démocratie sur des modèles étrangers. On a affaire ici à des personnes qui ont une expérience de vie culturelle et sociale différente. Il faut trouver le juste milieu. Qu?on puisse apprécier la personne pour ce qu?elle est et non pour le vote qu?elle représente.

Propos recueillis par Nazim ESOOF

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