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Le PTr à l?épreuve des émeutes et de la guerre

24 février 2006, 00:00

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Les présentes réminiscences reprennent l?article qu?Anand Moheeputh consacre, à la fin de février1981, au fondateur du Parti travailliste, le Dr Maurice Curé (Voir l?express d?hier). Son article est d?autant plus précieux que, du côté du Square Guy-Rozemont, on met volontiers en veilleuse l?apport incontournable et décisif de Maurice Curé, pour mieux mettre en exergue ceux récupérant, à leur profit, ses efforts et ses sacrifices.

La création du PTr, le 23 février 1936, et les premières revendications constitutionnelles et syndicalistes de Curé et de ses deux compagnons de lutte, le pandit Sahadeo et Emmanuel Anquetil, sont suffisamment révolutionnaires pour braquer contre eux l?oligarchie, encore omnipotente et très influente à l?hôtel du gouvernement. La conjoncture internationale ne joue pas non plus en faveur du PTr naissant. L?on peut comparer la situation prévalant alors à la récupération politique par George W. Bush et Tony Blair de l?attentat du World Trade Centre, à New York. L?antiterrorisme primaire actuel correspond à l?anti-travaillisme primaire de février 1936. Il appartiendra à un des successeurs de Maurice Curé, à la tête du PTr, au Dr Seewoosagur Ramgoolam, de rendre ce parti, au départ révolutionnaire et ouvriériste, acceptable à une majorité de Mauriciens. Il sera puissamment aidé dans sa tâche par N.M.U. qui, à force de harcèlements et de victimisation, le désignera comme le leader incontesté des populations rurales, ainsi que par les esprits les plus éclairés du secteur privé (Fernand Leclézio, Maurice Paturau, Claude Noël, José Poncini, Jean Ah-Chuen, Razack Mohamed).

Pour en revenir à Maurice Curé, il se rend vite compte que les premiers obstacles sur sa route sont peu de choses par rapport à la répression, que ses compagnons de lutte et lui subiront, entre 1937 et 1945. Il ressentira le premier choc avec la grève générale des employés de l?industrie sucrière, en août 1937. Déjà, les planteurs manifestent contre une réduction de 15% des revenus alloués aux cannes de la variété ?Uba?. La police doit intercepter plusieurs marches de protestation aux abords de la capitale. Le clivage patronat capitaliste versus travailleurs socialistes se durcit de jour en jour. Quatre employés de l?usine sucrière d?Union-Flacq, appartenant à la famille Gujadhur, sont tués lors d?une fusillade. Un autre trouve la mort à L?Escalier.

Le Dr Curé prévient aussitôt ses correspondants londoniens, les députés travaillistes Sir Strafford Cripps et D.W. Pritt. La presse anglaise diffuse la nouvelle. Un jeune étudiant en droit, M. Rajmohunsing Jomadhur, agit comme représentant à Londres du PTr mauricien. Une Société de Bienfaisance, créée par Curé pour financer les activités du PTr, paye ses études légales à Londres.

Le gouverneur Bede Clifford nomme la Commission Hooper pour enquêter sur la grève et les émeutes d?août 1937. Elle donne raison à Maurice Curé sur plusieurs points en faveur d?une amélioration des conditions de vie et de travail de la classe ouvrière. Elle recommande une augmentation salariale de 10%, des amendements à la loi du Travail de 1931, une pension de vieillesse pour les vieux, une assurance maladie, des allocations pour les veuves et les orphelins, la légalisation du syndicalisme, la fixation d?un salaire minimal, la création d?un département du Travail et du Bien-être social et des instances d?arbitrage. Le nom du Dr Curé est vénéré aux quatre coins de l?île. On parle de lui comme d?un nouveau de Plevitz.

Le gouverneur Bede Clifford tente de récupérer à son profit la popularité croissante de Maurice Curé. Il nomme plusieurs inspecteurs du Travail d?origine indienne. Ils vont prêcher aux villageois qu?ils doivent au gouverneur l?amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Il multiplie les prévenances auprès des Mauriciens d?origine indienne. Il leur promet une meilleure représentation au conseil du gouvernement.

Le 1er mai 1938, Dr Curé célèbre, pour la première fois à Maurice, la fête du Travail. Il tient un meeting au Champ de Mars qui rassemble 30 000 partisans. Il les met en garde contre toute tentative de diviser la classe ouvrière pour des raisons ethniques, culturelles et religieuses. Il parle de la création d?un nouveau quotidien à cet effet. Il crée son propre journal, Le Peuple mauricien, avec l?aide d?Anquetil et de Sookdeo Balgobin.

En septembre 1938, Anquetil organise une grève des dockers. Bede Clifford décrète l?Etat d?urgence. Il déporte, à Rodrigues, Anquetil et son fils, John, 15 ans et confine Curé et le pandit Sahadeo à la résidence surveillée. Il ordonne la dissolution de la Caisse de Bienfaisance, coupant ainsi les vivres au PTr. Une somme de

Rs 30 000 est alors confisquée. La Seconde Guerre mondiale rend encore plus difficile la survie du PTr. Maurice Curé, privé de clientèle médicale, doit céder le leadership de son parti à Emmanuel Anquetil. On ne cesse depuis de ternir sa mémoire, en cherchant par tous les moyens de minimiser sa contribution, non seulement dans la fondation du PTr mais encore dans l?émancipation politique des masses laborieuses à Maurice. Voulez-vous tester la sincérité politique et intellectuelle d?un pseudo-socialiste ? Demandez lui ce qu?il pense de Curé et d?Anquetil. Ses réponses vous édifieront.

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