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Le prix à payer

1 avril 2007, 00:00

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Usitée, rituelle, la formule est invariablement employée par nos négociateurs lors de discussions commerciales. Ou par nos dirigeants politiques quand ils s?adressent à l?auditoire d?un grand forum international. « Nous ne devons pas être pénalisés, disent-ils, parce que nous avons eu du succès. Vous ne pouvez pas nous demander de faire plus de sacrifices que les autres, uniquement parce que nous vous paraissons plus aptes à subir les coups. »

Or, le gouvernement fait exactement le contraire de ce qu?il prône ailleurs. Acculé sur le dossier de la subvention des frais d?examens pour le SC et le HSC, il a décidé la semaine dernière de pénaliser « le moteur » et « bright spot » de l?économie : le Tourisme. En enlevant à son principal organisme de promotion, la « Mauritius Tourism Promotion Autho-rity », un budget de Rs 140 à Rs 150 millions pour financer de nouvelles subventions.

La notion de solidarité est l?un des fondements de notre République. Les forts aident les faibles dans les moments difficiles. Mais il ne faut pas qu?une autre règle se greffe à ce principe. Celle qui consiste, pour les industries les plus florissantes, à payer la rançon de leur succès, en devenant, systématiquement, les tiroirs-caisses du gouvernement lors de situations d?urgence.

Dans son dernier budget, Rama Sithanen a fait appel à l?industrie du tourisme, et ce, à travers son « Temporary Solidarity Levy » de 0,85 % du chiffre d?affaires de toute entreprise profitable du secteur susceptible de rapporter jusqu?à Rs 175 millions chaque année à l?État. Pour une cause a priori bonne : le financement de l?« Empowerment Programme ». Cette fois, pour financer la baisse du budget de la MTPA, c?est encore une fois à la solidarité du tourisme et des banques que l?on fait appel.

Si la cause demeure juste, la motivation ne l?est plus. La décision de subventionner en partie les frais d?examens de tous les étudiants, n?a évidemment pas été motivée par le seul impératif d?aider le plus grand nombre de nos concitoyens. Sinon, la proposition initiale de cibler les bénéficiaires de ces subventions n?aurait pas été faite et défendue âprement pendant trois mois par le gouvernement.

Ce dernier est entré dans une phase de conquête de l?opinion publique. Il désespère de retrouver sa cote de popularité de fin 2005. À l?époque, le transport gratuit pour les écoliers et les étudiants, ainsi que la pension de retraite universelle rétablie, avaient ramené un réel « feelgood factor » dans le pays.

Depuis, le budget de Sithanen et ses effets se sont fait sentir. La population a aussi subi les contrecoups de la dépréciation de la roupie et de la montée des prix de produits et des matières premières importés. Résul-tat : cette population a fini par imputer l?essentiel de ses misères à l?action gouvernementale.

Le gouvernement veut reconquérir cette opinion qui lui est défavorable et il fait feu de tout bois. La MBC, cette semaine, n?a sans doute pas parlé, pour rien, en long et en large de l?octroi des titres de propriété aux actuels locataires des maisons CHA. L?image sociale de ce gouvernement qui avait promis de « put people first » demande à être consolidée.

Et les choses vont bientôt se précipiter. Avec l?invalidation de l?élection d?Ashock Jugnauth à Moka-Quartier-Militaire, il paraît peu probable que le « Privy Council » renverse la décision de notre Cour suprême. Et selon le temps que la juridiction londonienne prendra pour se prononcer, des élections partielles auront lieu au plus tôt début ou fin 2008.

Comme tout chef de gouvernement qui se trouve à deux ans d?une grande échéance électorale, Navin Ramgoolam voudra à tout prix ga-gner cette partielle afin d?enclencher une dynamique de victoire. On pense que Ramgoolam pourrait décider de ne pas présenter un candidat gouvernemental. Mais il paraît peu probable que l?Alliance sociale ne présente pas un candidat à une partielle, déclenchée à la suite de l?invalidation d?une élection, où l?un de ses candidats a été battu.

Ramgoolam n?a toutefois pas les moyens de reconquérir son électorat en 2008 avec les seuls fruits redistribuables de la réforme Sithanen. Il n?en existera pas vraiment encore pour la population. Va-t-il céder à la tentation de puiser ailleurs dans les caisses de l?État, et des industries florissantes, pour financer quelques largesses susceptibles de faire plaisir à l?électorat à l?approche de la partielle ? Il le pourrait. Mais il y aurait un prix à payer pour cela. Peut-être aussi que la rançon d?une victoire en 2010 serait une défaite en 2008 ?

En choisissant de ne pas influer par des largesses électorales sur la réforme, et en la laissant se poursuivre sans puiser dans les deniers de l?État, Ramgoolam se retrouvera durant les années budgétaires 2009-2010 et 2010-2011, avec un minis-tre des Finances dont les réformes arrivent à terme. Et avec à sa disposition des possibilités réelles de redistribution des fruits de la croissance, sous forme de nouvelles prestations sociales et de développement facilitant le quotidien des citoyens. De quoi remettre en selle ce « feelgood factor », si nécessaire, et faire remonter sérieusement la cote de son gouvernement. Cela vaut la peine qu?il y réfléchisse?

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