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Le prix du lait en poudre sera-t-il amer ?
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Le prix du lait en poudre sera-t-il amer ?
Après avoir défrayé la chronique avec les augmentations de son prix de vente, la menace de pénurie et de rupture de stock, le lait en poudre remet ça. Et ce, en raison du changement de son régime de commercialisation. Les organismes de défense des droits de consommateurs craignent ainsi une hausse conséquente de son prix. La Chambre de commerce et d?industrie de Maurice (CCIM), en revanche, n?évoque qu?un éventuel ajustement à la hausse.
Ce changement est intervenu après que le gouvernement a décidé d?assouplir le contrôle qu?il exerçait jusqu?ici sur la vente du lait en poudre. Ce contrôle s?effectue dans le cadre d?un système appelé mark-up (voir hors-texte).
Ce dernier a été remplacé par le Maxi-mum Recommended Retail Price (MRRP) (voir hors-texte). Cette formule autorisera désormais les importateurs à fixer le prix auquel ils veulent vendre leur produit. Le ministère du Commerce aura quand même un droit de regard sur le mode d?opération des importateurs. Ainsi, ces derniers devront l?informer du taux de marge maximal qu?ils auront fixé.
Mahmood Cheeroo, secrétaire général de la CCIM, ne prévoit pas d?augmentation conséquente. « Un ajustement à la hausse est envisageable, dans la mesure où le taux de marge est déraisonnable. »
Mosadeq Sahebdin, porte-parole de l?Institut pour la protection des consommateurs, ne partage toutefois pas cet avis. « Le gouvernement a donné carte blanche aux importateurs pour plumer davantage les consommateurs. »
Points de vue divergents
Jayen Chellum, secrétaire général de l?Association des consommateurs de l?île Maurice (ACIM) estime, quant à lui, que les augmentations du prix de ce produit seront plus conséquentes qu?en 2007.
Une chose est sûre, les protagonistes ont des points vue divergents concernant la décision du gouvernement de retirer le lait de la liste de produits soumis au contrôle du mark-up.
« Nous aurions souhaité une libéralisation totale. L?assouplissement du système actuel est un mouvement positif, soutient Mahmood Cheeroo. Le niveau du taux de marge était déraisonnable. Il ne facilitait donc pas la tâche des opérateurs de ce secteur. »
Pour Mosadeq Sahedbin, le nouveau régime de commercialisation du lait en poudre est en faveur des commerçants.
« Le gouvernement ne dispose plus d?une ligne directrice pour améliorer le sort des consommateurs. Il n?est pas parvenu à amener les importateurs à répercuter les effets de l?appréciation de la roupie sur les prix. Les commerçants sortent gagnants avec le retrait du lait en poudre du régime de mark-up. » Il trouve inadmissible qu?on puisse parler de code de conduite en l?absence de l?application du Competition Act (voir hors-texte).
Jayen Chellum soutient que la situation n?est pas propice à un assouplissement du régime de contrôle du prix de ce produit. Cette initiative n?aura pas atteint son objectif de protéger les con-sommateurs si elle débouche sur une augmentation du prix, ajoute-t-il. « Si les prix baissent, le ministère du Commerce ne pourra pas empêcher le public de supposer que des chiffres avaient été manipulés. »
La demande des opérateurs
Il estime que le ministère manque de moyens de contrôle pour oser changer de régime actuel de commercialisation du lait en poudre. Il se demande si en 2007, l?augmentation du prix du lait liquide ne devrait pas être attribuée à une opération subtile de détournement du lait en poudre vers ce créneau. « La possibilité de combattre des pratiques contraires à une concurrence saine est compromise par l?absence d?un article dans le Competition Act pour protéger les personnes qui pourraient dénoncer de tels abus. »
Pour Rajesh Jeetah, le ministre du Commerce, le recours au MRRP répond à une demande des opérateurs eux-mêmes. « La marge maximale sera décidée par chaque opérateur, en attendant l?entrée en vigueur de la loi sur la concurrence cette année. Cette législation viendra compléter le mécanisme de surveillance dans un cadre juridique bien défini. »
La commercialisation du lait en pou-dre est un des secteurs où la recherche d?un équilibre entre l?intérêt des consommateurs et celui des opérateurs a été le plus difficile à atteindre. Le nouveau régime est-il donc un pari risqué ? Quoi qu?il en soit, l?État a opté pour un assouplissement des conditions imposées sur les opérateurs. En espérant que le consommateur en tirera les bénéfices d?une saine concurrence.
C?EST QUOI LE « MARK UP » ?
Le mark-up est un système qui permet au gouvernement de contrôler le prix de vente du lait en poudre. Il s?agit d?une forme d?intervention de l?État sur le marché du produit.
Le système consiste à imposer un taux de marge sur le prix.
Ce taux est la différence qui existe entre le tarif payé par l?importateur et celui déboursé par le consommateur, en excluant les taxes et autres frais de douane. Prenons un exemple simple. Si le kilo de lait coûte Rs 100 à l?importation, le taux de marge est de 10 %, soit Rs 10. Le consommateur ne doit pas acheter son kilo de lait à plus de Rs 110. Mais il ne faut pas croire que les Rs 10 représentent les bénéfices de l?opérateur, loin de là. Le principe du taux de marge veut dire que l?importateur doit faire de son mieux pour que toutes les dépenses qu?il encourt depuis la sortie du produit de la douane, jusqu?à ce qu?il soit acheté par le consommateur, ne dépassent pas Rs 10.
Ces dépenses incluent notamment les frais administratifs pour le fonctionnement de son entreprise, le coût du transport, la marge qu?il doit remettre au détaillant, et bien sûr, ses bénéfices.
BIENVENUE AU « MAXIMUM RECOMMENDED RETAIL PRICE »
Le système auquel le conseil des ministres du 29 février a donné son aval est à mi-chemin entre le mark-up, qui a cours actuellement, et la libéralisation.
Sous un régime de libéralisation, les opérateurs jouissent d?une liberté totale pour fixer le prix de vente de leur produit. Avec le Maximum Recommended Retail Price (MRRP), les opérateurs auront tout le loisir de fixer le prix auquel ils souhaitent vendre leur produit. L?État conserve simplement un droit de regard sur leur mode de fonctionnement. Les opérateurs auront à informer le ministère du Commerce du prix qu?ils auront recommandé, ce qui lui permettra de prévenir des abus potentiels. Le MRRP n?est pas entré en vigueur jusqu?ici, car les procédures administratives indispensables à sa mise en opération n?ont pas été encore complétées.
Le ministère du Commerce se propose d?élaborer un code de conduite.
Ce document va stipuler les paramètres que les opérateurs devront respecter.
LE « COMPETITION ACT »
Tout le monde attend avec impatience la mise en application des dispositions de ce texte de loi. Le Competition Act est le cadre légal qui viendra réglementer la compétition dans le pays. L?un des articles de ce texte de loi prévoit la mise en place d?une commission sur la concurrence. Cette dernière sera en réalité, l?organisme chargé de veiller que la compétition se dérou-le dans un environnement qui ne favorise pas l?émergence de monopoles ou de cartels. Le but ultime de cette législation vise à protéger les intérêts du consommateur. Les auteurs de pratiques commerciales abusives et jugées contraire à l?esprit de la concurrence n?ont qu?à bien se tenir. Ils seront sujets à des enquêtes de la part de la commission. Le texte de loi a été approuvé à l?Assemblée nationale vers fin 2007.
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