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Le prix du blé fait flamber les portefeuilles

2 septembre 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le paquet de macaroni, produit alimentaire populaire par excellen-ce, risque-t-il de devenir un article de luxe ? Après des mois à offrir des promotions alléchantes sur les pâtes sèches, les grandes surfaces seront probablement contraintes de revoir leur stratégie de marketing. En effet, le prix du blé dur, base exclusive des pâtes alimentaires, a subi une hausse de 40 % en l?espace de quelques semaines. Et le pays n?a pas d?autre choix que d?encaisser la vague?

Dans les rayons, les consommateurs ont le choix entre une quinzaine de marques de pâtes fabriquées à Maurice, ou en provenance d?Italie, de France, Dubayy, et de l?Union européenne, et dont les prix sont actuellement stables. « Nous avons eu vent que les prix allaient augmenter, mais nos fournisseurs ne nous l?ont pas encore confirmé », précise le directeur de London Way, Nicolas Kan Wah, qui ajoute que cette denrée alimentaire s?est depuis longtemps frayé un chemin dans l?assiette du consommateur. Mais contrairement aux autres produits alimentaires, les pâtes sont peu transformées et la hausse des matières premières se répercute directement sur leur prix.

C?est, d?ailleurs le cas pour le pain, même si les boulangers préfèrent atten-dre avant de se lancer dans des spéculations. « Nous allons patienter jusqu?en octo-bre lorsque la State Trading Corporation passera sa prochaine commande. Dans l?immédiat, il est trop tôt pour dire si nous allons demander une augmentation du prix du pain », souligne le propriétaire d?une boulangerie des Plaines-Wilhems, qui souhaite garder l?anonymat.

Au niveau de la State Trading Corpo-ration (STC) justement, on ne se fait guère d?illusions. « La hausse du prix du blé aura un effet domino sur tous les produits alimentaires qui utilisent la farine comme matière première. Mais au final, c?est le ministère du Commerce qui décidera s?il y a lieu de revoir ou non les tarifs à la hausse », explique un haut cadre de cet organisme. Pour réduire l?impact de la hausse des cours du blé, la STC pourrait ainsi lancer des appels d?offres pour six mois, au lieu d?une année. « Cela dans le but de profiter d?une baisse éventuelle des cours du blé l?année prochaine », explique notre interlocuteur.

La question ne se pose pas

Mais déjà, la résistance se fait sentir du côté de l?Institute for Consumer Protection (ICP). « Souvent, les boulangers invoquent la flambée des cours du blé, nécessaire pour fabriquer la farine, pour demander une augmentation du prix du pain. Mais on répercute ces cours sur le prix du pain uniquement quand ils sont à la hausse », s?insurge Mosadeq Sahebdin, de l?ICP.

Chez les marchands de dholl-puri, c?est la morosité, du moins chez les principaux fabricants. Pour Nundcoomar Unuth, plus connu sous le nom de Dewa, la question d?une éventuelle hausse de tarif de ses fameux dholl-puris ne se pose pas pour l?instant. « Nous savons que le prix de la farine risque de prendre l?ascenseur dans les mois à venir. Mais nous devrons y réfléchir à deux fois avant d?augmenter le prix de la paire de dholl puri. Li pou bien difisil pou mont pri ankor », indique-t-il.

Le commerçant pencherait plutôt pour la suppression d?une des préparations accompagnant le dholl-puri, au lieu de faire subir une nouvelle hausse aux consommateurs. Certes, depuis le début de l?année, la paire de dholl-puri est passée de Rs 7 à Rs 8, augmentation justifiée, selon lui, par les récentes augmentations du prix du dholl-gram, du gros-pois et de l?huile.

Changer les habitudes alimentaires

Ce qui a quelque peu refroidi les ardeurs des consommateurs. Mais pas uniquement. « Avant, nous vendions 1 500 à 2000 paires par jour, aujourd?hui c?est à peine si nous parvenons à en écouler entre 800 et 1 000. » Il est peut-être temps de changer nos habitudes alimentaires si les prix prennent réellement leur essor dans les mois à venir, souligne toutefois, un brin sceptique, Mosadeq Sahebdin. « Les Mauriciens n?ont pas vraiment cette culture de boycotter un produit dont le tarif monte injustement. De plus, avec un pays qui compte autant de diabétiques, on ne pourra leur dire de substituer le pain complet au riz? »

Outre l?alimentation animale, qui ne représente qu?environ un sixième de son utilisation dans les pays producteurs, le blé est difficilement substituable. Même si les prix augmentent, il y aura toujours des personnes qui voudront acheter du pain, des pâtes, des dholl-puris et autres faratas. Tout est une question de goût et d?habitudes?

LE MAÏS EMBOITE LE PAS

La hausse du prix du blé pourrait aussi gagner les cours du maïs. Pour le General Manager de Livestock Feed Ltd (LFL), Rocky Forget, il est prévu que la compagnie subisse des hausses du prix du maïs vers la fin de cette année. Avec les éléments disponibles à ce jour, poursuit-il, il n?est pas prévu que cette hausse sera au-delà de 10 %. On peut aussi s?attendre à une augmentation du prix du poulet, qui se nourrit de maïs, dans les mois à venir, explique, quant à lui, un cadre de Food & Allied Industries Ltd.

Selon Rocky Forget, la demande pour le maïs sur le marché mondial a connu une hausse spectaculaire en 2006-2007, et ce, à cause de l?utilisation de cette commodité non pas pour produire des aliments pour bétail, mais pour le bioéthanol. En effet, la politique déclarée de plusieurs pays, notamment celle des États-Unis, est de remplacer près de 15 % de l?énergie provenant du pétrole par du biocarburant (produit à partir du maïs)d?ici 2015. Cette politique a mis une forte pression sur les stocks de maïs mondiaux, qui sont au plus bas depuis 50 ans. Et le prix de cette denrée sur le marché de Chicago a connu une hausse de plus de 50 % à la mi-juin 2007. Bien que plus de 10 millions d?hectares additionnels aient été plantés, et que la récolte prévue aux États-Unis cette année soit de plus de 326 millions de tonnes, soit une augmentation de 60 millions de tonnes par rapport à l?année dernière, ce volume additionnel suffira tout juste à satisfaire la demande des usines d?éthanol. Ces dernières produiront cette année 37,8 millions de m3 de ce carburant.

Par ailleurs, le prix du maïs est aussi tributaire du coût du fret. Les principaux producteurs sont l?Amérique du Sud et les États-Unis. Avec l?augmentation du prix du baril de pétrole et la « monopolisation » du flux de la flotte mondiale des navires vers la Chine, le taux du fret d?un vraquier entre l?Amérique du Sud et Maurice a augmenté de près de? 300 % ! Cet élément est considéré comme le facteur majeur qui affectera le coût du maïs sur le marché local dans les mois à venir, car le fret représente plus de 20 % du prix du maïs vendu à Maurice.

De plus, toute hausse du dollar par rapport à la roupie affecte obligatoirement, et négativement sur le marché local, le coût du maïs et le tarif de l?aliment pour bétail. La hausse est donc inévitable. Il y a très peu de produits de substitution pour remplacer le maïs comme source d?énergie dans l?alimentation du bétail ? le blé et l?huile sont à des niveaux de prix impraticables dans ce domaine. Et le tapioca n?est pas disponible à court terme en volume suffisant pour remplacer le maïs. Il y a, enfin, très peu de possibilités de s?approvisionner en maïs ailleurs qu?en Amérique du Sud. L?Afrique du Sud, comme le reste du continent Noir, n?en produit pas suffisamment pour en exporter. Il en va de même pour la Chine.

QUESTIONS À : GERARD BOULLE, DIRECTEUR GENERAL DES MOULINS DE LA CONCORDE LTEE

« Les conditions climatiques ont conduit à une production médiocre en 2007 »

Le marché du blé est à la hausse. Comment expliquer cette situation ?

La raison principale provient des stocks, au plus bas niveau en termes absolus depuis une quinzaine d?années. Ils sont insuffisants pour combler le déficit de l?offre par rapport à la de-mande. Ceci dit, l?année dernière déjà, ces stocks étaient très bas ? avec environ 5 millions de tonnes ? à la suite d?une très mauvaise récolte, et les observateurs pensaient que l?accroissement des surfaces cultivées allait permettre une excellente récolte.

Beaucoup d?acheteurs, espérant un ajustement des prix à la baisse en marge de la récolte, ont préféré attendre le plus possible avant d?acheter. Les conditions climatiques ont malheureusement conduit à une production 2007 médiocre dans de nombreux pays. En parallèle, la consommation de blé est en hausse à cause de la demande de nouveaux clients comme l?Inde et la Chine et des besoins industriels liés à la fabrication de biocarburants. Les acheteurs, malgré des cours élevés, n?ont pu différer plus longtemps leurs achats, ce qui a alimenté la récente flambée. Le répit sur le marché pourrait venir des récoltes australienne et argentine en décembre.

Mais les incertitudes perdurent puisque les zones de culture sont frappées par la sécheresse. Il faut ajouter que depuis les six derniers mois, le prix du fret a explosé, ce qui se répercute sur celui du blé.

Une hausse de la production au ni-veau mondial est-elle possible pour endiguer la hausse des prix ?

Déjà dans plusieurs pays, les superficies plantées en blé sont étendues et la tendance devrait se poursuivre, mais il faudra plus d?un cycle de production pour que les stocks se reconstituent. Les cours des marchés à terme (future markets) reflètent cette attente, avec des prix inférieurs pour les échéances post-moisson de l?année prochaine.

Quelles sont les implications pour Maurice ?

Cela implique que les prochains approvisionnements effectués par la State Trading Corporation se feront probablement aux cours élevés que nous connaissons à présent.

C?est cette dernière qui commercialise la quasi-totalité de la farine consommée à Maurice et en détermine le prix.

Quelles stratégies comptez-vous adopter pour réduire l?impact de cette augmentation ?

La flambée des marchés du blé est une contrainte extérieure, sur laquelle nous ne pouvons pas agir. Comme chaque année toutefois, Les Moulins de la Concorde chercheront à optimiser les approvisionnements pour être le plus compétitif possible au moment de l?appel d?offres.

Nous importons environ 150 000 tonnes de blé annuellement pour la consommation locale et l?exportation.

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