Publicité

?Le plus important pour l?art local, c?est la «confrontation»?

26 juin 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Quelle évaluation faites-vous de la scène artistique locale ?

Il y a trois ans, le Centre Charles Baudelaire (CCB) était au centre des activités. Mais depuis quelque temps, les initiatives locales sont riches. Il y a par exemple le réseau Otayo qui fait la promotion des artistes ou encore Otentik Street Brothers qui a enregistré de gros succès avec les concerts d?Alpha Blondy et de Pierpoljak.

Avant mon arrivée, on me disait qu?à Maurice il n?y avait pas grand-chose à faire, si l?on voulait sortir. Or, si l?on se fie aujourd?hui à l?actualité culturelle, on peut toujours trouver quelque chose à faire. Bref, il y a désormais un programme culturel dense.

Comment arrivez-vous à obtenir le meilleur dosage dans vos programmations ?

Nous nous attachons surtout à promouvoir la création culturelle et à satisfaire les publics les plus variés. En 2006, nous avons agi sur deux axes forts. Nous avons d?abord lancé des débats d?idées. Chaque mois, il y a eu un grand intellectuel pour s?exprimer sur les grandes questions de notre temps.

Ensuite, nous nous sommes attachés à célébrer la francophonie, avec une programmation très riche en artistes francophones. La Belge Maurane, l?Ivoirien Ousmane Touré, l?Antillais Mario Canonge ou encore Ananda Devi, Daniel Picouly, Jean-Marie Le Clézio?

Estimez-vous le vivier artistique local suffisamment riche ?

Il y a, ne serait-ce que dans le domaine littéraire, quatre ou cinq écrivains qui sont édités en France. Si l?on tient compte de la proportion par habitant, c?est un score qui est tout à fait honorable. Et puis, il y a aussi tout un tas de gens qui sont publiés pour leurs romans, leurs poèmes?

Il y a surtout, dans le domaine musical, une grande richesse et beaucoup de variété. En revanche, le théâtre souffre parce que les troupes ont du mal à créer et à sortir des sentiers battus. Cela est certainement dû au manque de budget, ce qui affecte la création. Il y a cependant des gens comme Henri Favory, Tico Soopaya, Rowin Naraidoo ou Kevin Bissoonauth qui se battent.

<I>Le rouleau compresseur des multinationales est une réalité Et si l?on ne se bat pas pour défendre les modes d?expressions locales, le monde deviendra uniforme.?

Quels sont les principes qui régissent le soutien du CCB aux artistes locaux ?

Il n?y a pas de mécanisme, car nous n?avons pas les moyens de soutenir tout le monde. C?est donc plus une question de feeling. C?est l?intérêt que l?on porte à tel ou tel artiste. Les gens nous demandent pourquoi nous soutenons Eric Triton, Damien Elisa ou Menwar. Nous choisissons les artistes les plus originaux, ceux qui sortent des sentiers battus et qui projettent une image éloignée du folklore. Même si cela peut paraître un peu cruel pour les autres.

Que pensez-vous de la culture populaire locale ?

Dans les formes les plus populaires de la scène artistique locale, il y a aussi des talents. Je pense à Komiko et à Miselaine Soobraydoo Ils peuvent aussi faire autre chose comme Miselaine Soobraydoo l?a fait dans Architruc.

Mais c?est difficile de sortir de la culture populaire car ces artistes ont tous des contraintes énormes et ils sont obligés d?avoir un deuxième métier. Or, pour créer, il faut du temps.

La promotion de la francophonie reste au centre de vos préoccupations?

Le rouleau compresseur des multinationales est une réalité. Et si l?on ne se bat pas pour défendre les modes d?expressions locales, le monde deviendra uniforme. L?espace francophone est un ensemble de pays qui ont le français en commun. Et le créole est une langue de cette francophonie au même titre que le wolof et elles méritent d?être mises en valeur.

À Maurice, le français a une place énorme, même si l?anglais reste la langue de l?éducation. Il suffit de le voir dans la presse écrite, à la radio et à la télévision. Il est significatif de voir qu?un groupe de presse indien comme Le Matinal choisisse de publier un journal en français.

Mais Maurice étant ce qu?elle est, toutes les communautés cherchent à valoriser leur langue, à juste titre. Donc, la francophonie n?est jamais complètement acquise et il faut sans cesse donner envie aux gens de l?écouter, de le lire?

Sur la scène culturelle et artistique, comment se passe la cohabitation entre les centres culturels français et le ministère des Arts et de la Culture mauricien ?

À Maurice, les moyens sont limités pour soutenir la création. Mais nous avons des projets en commun comme la diffusion du livre français, par exemple. Cela se fait avec l?Alliance française (AF) et le ministère des Arts et de la Culture qui tient beaucoup à ce projet.

Le livre est un objet de luxe mais il y a des gens qui un réel intérêt pour la lecture. Il faut donc leur donner la possibilité d?assouvir ce besoin.

Que pensez-vous des efforts qui sont faits pour qu?émerge le cinéma mauricien ?

Le CCB essaie à son niveau d?aider les cinéastes. Mais c?est surtout à travers le ministère des Affaires étrangères et le Fonds sud que des outils sont proposés. Le cinéma, ça coûte cher.

Vous qui avez l?habitude de faire venir des artistes à Maurice, pensez-vous que l?île peut devenir une étape des grandes tournées artistiques internationales, notamment musicales ?

C?est difficile car il y a des moyens faramineux qui sont mis en jeu. Pour faire venir, par exemple, quelqu?un comme Sting, il faudrait des équipes et des cachets considérablement réduits. À la rigueur, on pourrait faire un ?coup? par an. Mais pas plus et même, cela n?est pas très évident.

L?art mauricien est-il exportable, selon vous ?

Déjà, il y des écrivains qui s?exportent. Le chanteur Menwar a obtenu un succès considérable pour un groupe de World music, récemment. Il envisage une tournée à l?échelle mondiale et sera présent au salon des musiques internationales, en Espagne, cette année?

Mais je dirais que la chose la plus importante pour l?art local, c?est la ?confrontation?. Regardez quelqu?un comme Eric Triton. Il s?est produit sur des scènes réunionnaises puis métropolitaines et c?est ce qui l?a fait grandir. Même chose pour Menwar.

Nous essayons, de notre côté, de promouvoir les résidences. Il y a eu les échanges entre DJ Oil, Jeff Sharel, d?une part et de l?autre, les Mauriciens Yvan Bazile, Nitin Chinien, Philippe Thomas? Au niveau du théâtre, il y a le Théâtre Talipot qui travaille avec des Mauriciens et des Malgaches et tout cela aboutira à une création originale. Nous y croyons beaucoup?

Publicité