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Le petit monde afro-rodriguais de Marco
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Le petit monde afro-rodriguais de Marco
Son carton d?invitation au vernissage de sa première exposition (au Craft Market du Caudan Waterfront, du 20 au 26 septembre) n?a aucunement besoin d?introduction. Si on prétend s?intéresser aux Beaux-Arts, on doit savoir, être enprésence d?un coup de pinceau, peut-être naïf, mais inédit, ne manquant certes de vigueur ni d?inspiration. Marco, peintre rodriguais, expose donc ses ?uvres, pour la première fois, mais non sans avoir déjà vendu bon nombre d?entre elles, à des visiteurs connaisseurs, content de ramener, ce viatique touristique, sous forme d?heureux souvenir de rayon de soleil rodriguais, dûment entoilé.
Marco n?éprouve pas la moindre difficulté pour recréer les images de son Rodrigues natal qui, nostalgiques, remontent à la surface de sa mémoire. Il lui suffit de penser à une anecdote, une scène de vie rodriguaise, pour que la démangeaison de peindre reprenne de plus belle.Marco ne s?est toujours pas su peintre. A l?école maternelle, il aimait jongler avec ses pentels, permettant au papier vierge de devenir dessin et même de raconter les histoires, trottinant dans la tête d?un bambin.
Il y a un âge pour le demeurer. Il y a un temps pour cesser de l?être. Il quitte l?école pour apprendre à planter du maïs, à garder les b?ufs, à nourrir des poules, à aller chercher de l?eau à la source, à quérir du bois pour la cuisine mais aussi pour bouillir le cochon dans un drum Marco sera, peu après, nattier de casier en bambou, pêcheur, piqueur d?ourite. La pêche ne parvenant plus à nourrir son homme, il se rend à Maurice où il travaille comme man?uvre maçon. Puis retour à Rodrigues. Rencontre avec Emilie Poupard. Coup de foudre.
Si je faisais une piqueuse d?ourite</B>
Voilà Marco installé à Maurice avec Emilie et une belle famille où tout le monde ou presque peint. Marco, non pas polo, mais poli, se contente, au départ d?observer, tout en se disant : « Je peux en faire autant ». Un beau jour, sa résistance s?effondre. Il s?empare d?une toile délaissée et esquisse une laize de sa mer rodriguaise, qu?il surplombe d?un coin de paradis céleste. Il s?enhardit. Il faudrait l?un ou l?autre personnage, pour faire vivre ce coin de Rodrigues. Tiens ! si je faisais une piqueuse d?ourite...
Elle me fait penser à Unetelle, vendant achards et piments confits à Port Mathurin. Et le grand-père aimant tant jouer de l?accordéon. Et son inséparable toutou. La robe mamzelle est-elle à fleurs ou à soleils ? Mais où est la ravane du ségatier ?
Un hurlement, soudain, l?arrête, le paralyse même : « Mais tu sais peindre, Marco ! Venez voir... Marco sait peindre. Un artiste de plus dans la famille ». L?Afrique élégamment présente dans cette ?uvre ensoleillée, avec des personnages, autant Masaï qu?originaires de Baie aux Huîtres. Il n?y a pas que les personnages longilignes et même rectilignes.
Les fleurs de Marco ressemblent souvent à des lances, kenyanes. Le dessin, les couleurs sont plus figuratifs que géométriques à la bantoue. Ils sont superbement africains. Ils manquaient jusqu?ici dans le « panorama de la peinture mauricienne ». Marco le complète heureusement.
Il concurrence aussi Lewis Carroll. Ses personnages se vêtent de cartes à jouer. Ces bonnes cartes jaunies et arrondies, pour avoir été longtemps tenues au creux de paumes chaudes, pleines d?espoir, de plusieurs générations de joueurs. Grâce à Marco notre peinture possède également son Jeu de Paume. Vivement le serment. Vivement qu?une de nos paroisses, mauriciennes ou rodriguaises, soit assez intelligente, pour commander à Marco l?illustration des santons d?un Noël typiquement rodriguais.
La suite, vous la connaissez, passe par l?exposition de Marco au Craft Market, jusqu?à vendredi. Plus besoin de prendre l?avion pour connaître Rodrigues et son âme africaine car cette île s?installe, plus ensoleillée que jamais, au Caudan. Une cinquantaine de toiles, disant toutes mais de manière différente : nous avons un artiste né, sachant peindre talentueusement, la part la plus africaine de notre île Rodrigues bien aimée.
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