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Le Pen tente de séduire l?électorat issu de l?immigration

26 février 2007, 00:00

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Depuis son appel aux ?Français d?origine étrangère? à Valmy à l?automne dernier, Jean-Marie Le Pen tente d?élargir son audience dans les quartiers populaires et de séduire l?électorat issu de l?immigration.

Le président du Front national (FN), qui se présente de longue date comme le tribun des humbles, se gausse de voir aujourd?hui les autres candidats, de Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal, reprendre nombre de ses thèmes. Et drague aujourd?hui sans complexe la communauté musulmane. Même si, dans son programme, l?immigration reste la cause principale des problèmes de la France, il promet aux descendants d?immigrés la ?préférence nationale?.

Selon l?essayiste Alain Soral, qui soutient sa candidature, Jean-Marie Le Pen a été convaincu qu?un ?vote révolutionnaire? en sa faveur était possible dans les banlieues, ne serait-ce que pour ?faire péter le système?. Le président du FN est aujourd?hui ?le seul candidat crédible? de l?inquiétude sociale qui s?est exprimée lors du ?non? au référendum sur la Constitution européenne en 2005, a-t-il déclaré lors d?une conférence de presse.

Son analyse rejoint celle faite par l?état-major du FN, en particulier après les violences de 2005 dans les banlieues. ?Il y a aujourd?hui au FN plusieurs milliers d?adhérents, sur environ 70 000, qui sont issus de l?immigration, contre mille il y a cinq ans?, affirme ainsi Farid Smahi, membre du bureau politique et ancien conseiller régional d?Ile-de-France.

?Même si on ne demande pas l?origine des gens quand ils adhèrent, il semblerait qu?un certain nombre de gens soient passés au-delà du prêt-à-penser et, aujourd?hui, s?interrogent très lucidement et même adhèrent aux propositions du Front?, confirme prudemment Marine Le Pen, vice-présidente du FN.

?Dédiaboliser? le parti

?Je ne suis pas sûr que ça marche beaucoup, c?est difficile de le dire pour l?instant?, relativise Nonna Mayer, chercheuse au Centre de recherches politiques de Sciences Po. ?On a le sentiment que dans beaucoup de quartiers sensibles, il y a eu une vague d?inscriptions sur les listes électorales. Moi, je ferais l?hypothèse que beaucoup de ces inscriptions sont faites pour voter contre Nicolas Sarkozy, candidat de l?UMP (...) Je ne suis pas sûre que ce vote contre Sarkozy passe par un vote pour Jean-Marie Le Pen.? Mais des études avaient déjà montré en 2002 qu?environ 10 % des habitants des quartiers sensibles n?excluaient pas de voter Le Pen, souligne-t-elle. ?On peut être issu de l?immigration mais ne pas aimer une autre catégorie d?immigrants que la sienne, on peut toujours avoir son immigré, son bouc émissaire.?

Farid Smahi estime que le mouvement en faveur de Jean-marie Le Pen dans les banlieues s?est dessiné après la création de l?association SOS Enfants d?Irak, qui visait à aider la population irakienne après l?embargo américain d?août 90. Outre l?écho rencontré chez les musulmans, cette démarche aurait permis un travail de fond visant à ?dédiaboliser? le parti et à montrer, selon lui, que ?tout ce qu?on racontait sur le FN, qu?on disait xénophobe et raciste, c?était faux.?

?Aujourd?hui, pour les deuxième et troisième générations, le cri c?est aussi la préférence nationale?, ajoute Farid Smahi, soulignant que ?si Le Pen avait prononcé le mot racaille, comme Sarkozy, les gens seraient descendus avec des fourches.?

Jean-Marie Le Pen, qui a l?art du contre-pied, multiplie donc depuis des mois les signes en direction des ?Français d?origine étrangère? invités à se ?fondre dans le creuset national et républicain avec les mêmes droits, mais aussi les mêmes devoirs?. Il a ainsi donné son aval, en novembre dernier, à la visite de Dieudonné à la fête des Bleu-Blanc-Rouge...

Gérard BON

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