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Le parrain

17 décembre 2007, 20:00

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Cela vous dit-il quelque chose ? Eh bien figurez-vous que les idées reçues sur les tableurs ne reflètent pas tout à fait la vérité. Oui, les tableurs sont des fêtards, oui, ce sont des jeunes professionnels qui ? disons les choses comme elles sont ? ne sont pas parmi les plus démunis de la société, mais la table ronde n?est pas qu?une association où l?on se rencontre que pour faire la fête ; les tableurs sont aussi et surtout des bailleurs de fonds comme le dit Sanjoy Gokulsing, président de la table ronde de Maurice. Pas pour les partis politiques, rassurez-vous. La table ronde, selon son président, est apolitique.

Ils trouvent des fonds pour aider les organisations non-gouvernementales. Mais avouez qu?ils savent bien faire les choses tout de même ; la dernière collecte de fonds en date a pris la forme d?une soirée Arabe au Shots à Flic-en-Flac dont l?entrée était payante. De 20 heures jusqu?aux petites heures du matin. «Disons que nous joignons l?utile à l?agréable», commente Sanjoy avec un sourire au coin des lèvres. «L?utile» était la collecte de Rs 100 000 qui ira au SOS village des enfants. Cette somme était requise pour compléter les Rs 300 000 que l?association a eues avec la table ronde de Turquie après avoir présenté son projet d?aide au village des enfants.

La table ronde de Turquie a trouvé le projet valable mais les règles de l?association table ronde veulent que pour chaque somme d?argent déboursée par une branche internationale, la branche locale qui parraine un projet trouve un tiers de ces fonds.

Aide-toi, le ciel t?aidera, en d?autres mots ; c?est un excellent apprentissage pour la vie. Car selon Sanjoy, c?est aussi cela, la table ronde. «Un espace où les jeunes apprennent les valeurs et prennent des responsabilités», dit-il. Car figurez-vous que, dès que vous avez atteint l?âge mature de 41 ans, hop, on vous met à la porte ! Laissez la place aux jeunes, s?il vous plaît.

Mais puisqu?ils pensent à tout, ces jeunes dédiés à une cause noble, il y a le club 41, un espace créé pour aménager ceux dont le retrait de la table ronde laisserait un vide dans leur vie.

Sanjoy a 40 ans. Dans quelques mois, il lui faudra faire ses adieux à ses amis plus jeunes et il ne sait pas s?il sera sensible à l?attrait du club 41. «C?est épuisant, faire du social,» dit-il. Ce qui est aussi épuisant, c?est, comme il le dit lui-même, «d?essayer d?inculquer un peu de sagesse» à ses jeunes confrères qu?il faut former pour la relève le moment venu. Faire comprendre et marteler que l?amitié est peut-être l?élément central de la table ronde, mais que l?organisation perd de sa valeur si elle délaisse son sens de service à la communauté aux dépens d?activités, disons plus égoïstes.

«Nous n?allons pas nous substituer à des professionnels et c?est la raison pour laquelle nous travaillons en collaboration avec les sociétés charitables. Elles nous connaissent et quand elles ont un problème ou un projet, elles nous approchent et nous nous chargeons de trouver les fonds pour elles.»

Fraîchement rentré au pays après ses études universitaires ? mais vraiment fraîchement car quand il débarque à l?aéroport de Plaisance à huit heures du matin après 11 heures de vol, son père lui met une cravate autour du cou et l?informe qu?il a un entretien d?embauche à Floreal Knitwear et qu?il doit absolument s?y rendre ? Sanjoy s?adapte lentement à sa vie professionnelle à Maurice.

Et forcément quand on progresse dans sa vie professionnelle, on a envie d?aider les autres. Enfin, ce n?est pas une règle absolue. Et c?est ce qui fait la différence entre les tableurs et les autres, selon Sanjoy ; ce sens de valeurs. Car il en est beaucoup question. «Nous avons cet adage qu?à la table ronde nous rencontrons un vieil ami pour la première fois», affirme Sanjoy. «On reconnaît cet ami grâce à ses valeurs qui sont aussi les nôtres.» Etonnant de s?entendre dire qu?un groupe de jeunes fêtards venant d?un milieu social plus au moins privilégié met autant d?accent sur les valeurs.

Monsieur le président sourit. Les tableurs sont aussi pragmatiques. «Nous n?allons pas nous substituer à des professionnels et c?est la raison pour laquelle nous travaillons en collaboration avec les sociétés charitables. Elles nous connaissent et quand elles ont un problème ou un projet, elles nous approchent et nous nous chargeons de trouver les fonds pour elles», dit-il.

Mais pourquoi ? Pourquoi choisir d?être des bienfaiteurs quand on peut faire autre chose de son temps ? Sanjoy n?a pas de réponse ; il ne s?arrête même pas à la question.

Peut-être que la réponse se trouve dans le sourire ravi d?un enfant défavorisé. Et si on peut faire cela et se prendre du bon temps en même temps, qui dit mieux ?

Toujours ce sourire énigmatique comme réponse.

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