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Le Pakistan deviendra le numéro deux mondial du textile
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Le Pakistan deviendra le numéro deux mondial du textile
<B> Quel est l?état des relations économiques entre Maurice et le Pakistan ? </B>
Nos relations sont très étroites. Le Pakistan est parmi les dix plus importants partenaires commerciaux de Maurice. Le montant des échanges entre nos deux pays s?élève à Rs 2 milliards et il augmente chaque année.
Ce chiffre traduit toutefois essentiellement les exportations pakistanaises car les exportations mauriciennes sont minimes. Il n?y a pas grand-chose que vous pouvez nous offrir que nous ne produisions pas déjà. Le Pakistan est un grand producteur de sucre et de textile.
Nous exportons vers Maurice une cinquantaine de produits, tels que le basmati, du fil et du tissu pour l?industrie textile, des biscuits, des produits alimentaires en général, des épices et des médicaments.
Nous avons identifié 550 autres produits que nous pourrons potentiellement exporter vers Maurice car nos prix sont plus compétitifs. Dans certains cas, nous sommes jusqu?à dix fois moins chers.
<B>Quels sont ces produits ? </B>
Nous avons un secteur agricole solide. Nous pouvons vous proposer de la pomme de terre, des oignons et des oranges. Nous avons une vaste production fruitière. Le Pakistan est le 4e exportateur mondial de mangue derrière la Chine, l?Inde et le Brésil. Nous possédons 113 variétés différentes de mangues et nous en exportons un million de tonnes de ces fruits par an. Cela nous rapporte US$ 140 millions ? près de Rs 4 milliards ? annuellement.
<B>Il n?y a pas que l?agriculture. Le Pakistan s?est aussi lancé récemment dans l?industrie automobile?</B>
Oui. C?est un cadeau de l?Organisation mondiale du commerce ! En une année, ce secteur a enregistré une croissance de 74 %. Nous produisons des véhicules pour des marques comme Toyota, Nissan, Suzuki, Daihatsu, Hino, Bedford et des tracteurs Massey Ferguson. Nous avons atteint une capacité de production de 115 000 véhicules par an.
Nous vivons actuellement un moment fantastique. Il y a de nouveaux secteurs qui émergent qui n?existaient pas il y a deux ans. L?automobile est un exemple mais il y a aussi les télécommunications et la pharmaceutique. Les investissements affluent.
Le Japon et la Chine ont investi US$ 800 millions au Pakistan l?an dernier dans l?industrie automobile. En fait, la Chine et le Japon se battent pour investir chez nous. Notre objectif était d?attirer US$ 1 milliard d?investissements étrangers cette année ; il a déjà été dépassé. Les investisseurs voient dans le Pakistan le prochain ?success story? d?Asie.
Tous nos objectifs économiques ont d?ailleurs été dépassés. Nous avions prévu une croissance de 5,3 %, elle sera de plus de 6 % cette fois. Les recettes d?exportation seront de US$ 12 milliards, au lieu de US$ 11 milliards.
<B>Quelles raisons expliquent cette reprise de l?économie ? </B>
Il y a plusieurs facteurs. Certains sont d?ordre interne et d?autres externe. Le Pakistan s?est engagé dans un programme de réformes structurelles avec le Fonds monétaire international (FMI) depuis 1989, cela fait donc longtemps déjà. Ce programme a impliqué une réduction des dépenses publiques, l?abandon des subventions, la lutte contre la corruption, la transparence de gestion, la liberté de la presse et l??empowerment? des femmes, entre autres.
C?est seulement cette année que nous avons pu sortir du problème de la dette, grâce notamment à son rééchelonnement. Mais, en termes absolus, le montant de la dette a effectivement baissé. En 1998, la dette était de US$ 40 milliards pour un produit intérieur brut (PIB) de US$ 65 milliards. Aujourd?hui, le PIB est de US$ 80 milliards et la dette a été ramenée à US$ 33 milliards. Le Pakistan a connu une croissance de 7 à 8 % au cours de ces dernières années et, en 2004-2005, nous pensons que la croissance tournera autour de 10 à 12 %.
L?un des signes de cette renaissance économique est que la capitalisation boursière est passée de US$ 5 milliards en 1998 à US$ 25 milliards actuellement.
<B>Hormis les grandes réformes réalisées, quels sont les autres éléments qui ont contribué à la reprise économique du Pakistan ?</B>
C?est incontestablement le boom asiatique qui a finalement atteint le Pakistan. La croissance mondiale est tirée par l?expansion économique de la Chine et de l?Inde. Le Pakistan est en train de bénéficier du ?trickle-down effect? de ce phénomène.
Le Pakistan est géographiquement idéalement placé. Nous sommes au c?ur de l?Asie, juste entre la Chine et l?Inde. Nous avons dans notre région quelque 2 milliards de consommateurs, soit près de la moitié de la population mondiale. Toutefois, si nous n?avions pas entrepris ce programme de réforme, peut-être n?aurions-nous pas été en mesure de tirer immédiatement profit du boom économique asiatique et de notre positionnement géographique.
Nous avons une main-d??uvre abondante ? Le Pakistan compte 150 millions d?habitants ? et bon marché. Mais, en plus, dans le cadre de notre programme de réforme, nous avons investi dans le développement des ressources humaines. Nous avons également consacré beaucoup de ressources à la recherche et au développement et à la technologie. C?est ce qui nous a permis d?enregistrer une forte croissance de 15,1 % dans l?industrie, contre 17 % en Chine.
<B> Comment le Pakistan, qui est un géant du textile mondial, appréhende-t-il le démantèlement de l?accord multi-fibre ? </B>
Pour le Pakistan, c?est plutôt une opportunité qu?une menace. L?accord multi-fibre et ses restrictions de quotas ont empêché l?industrie textile de notre pays de s?épanouir vraiment selon son potentiel. Nous avons une base textile solide et mature. Nous avons en fait une industrie textile entièrement intégrée. Nous plantons notre coton, le transformons en fil, puis en tissu et enfin en vêtements.
Le Pakistan produit entre 10 et 12 millions de ballots de coton par an (1 ballot équivaut à 170 kilos). Nous sommes le principal exportateur de fil de coton au monde. Nous sommes très forts dans le textile ? la production de fil et de tissus ? mais moins forts dans la confection de vêtements. C?est sans doute pourquoi nous ne représentons que 2 % du marché mondial.
Nous nous préparons activement au démantèlement de l?accord multi-fibre. L?industrie textile pakistanaise se modernise et accroît ses capacités. L?industrie a investi entre US$ 4 et US$ 5 milliards, principalement dans les équipements.
Le Pakistan possède les ingrédients nécessaires pour devenir une puissance mondiale dans le textile. La Chine exporte pour US$ 65 milliards de produits textiles par an, l?Inde entre US$ 10 et US$ 12 milliards. Le Pakistan, lui, en exporte pour US$ 8 milliards.
Nous sommes confiants de pouvoir porter ce chiffre à US$ 15 milliards dans les deux prochaines années. L?accord multi-fibre a limité notre développement et son démantèlement en janvier 2005 nous permettra d?exporter davantage vers l?Europe et les Etats-Unis.
Il est probable que nous prendrons la place de l?Inde pour devenir le numéro deux du textile mondial. Nous avons une plus importante base textile.
<B>Vos projets d?expansion dans le textile vont donner froid dans le dos aux industriels locaux ?</B>
Je ne crois pas qu?ils devraient s?en faire. L?industrie textile mauricienne a ses propres atouts. Elle se concentre sur des niches de marché qui ne sont pas les grandes productions de masse de la Chine ou du Pakistan. Maurice est très bien connectée sur ses principaux marchés et possède une maîtrise du marketing bien établie.
Mais même si l?industrie textile connaît des difficultés, Maurice peut avoir d?autres ambitions. Nous voyons Maurice comme un hub. Nous voulons pouvoir utiliser votre bilinguisme, vos connexions et vos liens historiques avec l?Afrique et l?Asie pour agir comme pont. Des entreprises mauriciennes se font déjà de l?argent en exportant les produits pakistanais en Afrique. Nous voulons que Maurice soit la courroie de transmission pour que les effets du boom asiatique se répandent dans la région et en Afrique. C?est le moment ou jamais de regarder vers l?Asie.
<B>L?image de votre voisin indien, le Pakistan, reflète-t-elle ses ambitions dans les technologies de l?information et de la communication (Tic) ? </B>
Notre approche du secteur des Tics est différente de celle de l?Inde. Nous ne sommes pas dans le ?low end products?, tels que les centres d?appels et les logiciels simples. Avec sa grande population, l?Inde privilégie les activités qui peuvent rapporter immédiatement et qui créent des emplois.
Notre stratégie est de nous concentrer sur les technologies à forte valeur ajoutée et les solutions informatiques. Notre priorité est d?assimiler la technologie. C?est l?économie du savoir qui prime.
Le Pakistan s?est lancé dans les Tics avec un peu de retard. Mais nous avons déjà des entreprises comme Microsoft, Sun Microsystems et Oracle qui se sont implantées chez nous.
Les télécommunications sont un secteur qui progresse rapidement. Rien qu?en mars, le Pakistan a attiré US$ 600 millions d?investissement étranger dans ce secteur. Notre pays produit des téléphones mobiles Nokia et Siemens. Nous avons une télé-densité relativement faible, de 2,7 %, qui passera rapidement à 8 %. Il y a donc encore beaucoup à faire dans ce domaine. Les télécommunications sont un nouveau pôle de croissance.
<B>Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN</B>
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