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Le péage et l?ego
Il est bien mignon cet expert singapourien. Proposer un péage à Rs 60 pour entrer dans certaines zones de Port-Louis et doubler les tarifs de stationnement, afin de résoudre l?éternel problème des embouteillages, ouais, pourquoi pas ? D?autant que d?après lui, ce type de mesures appliqué à Singa-pour et à Londres a permis de réduire le flot de la circulation. Tant mieux pour eux.
Sauf que, jusqu?à preuve du con-traire, les Mauriciens n?ont pas le même niveau de vie, ni le même pouvoir d?achat que les Singapouriens et les Londoniens. Ou alors, c?est une sacrée bonne nouvelle ! Mais il me semblait que notre bonne vieille roupie n?avait pas tout à fait la même valeur, sauf bien sûr sur le marché des sentiments où là, elle est inestimable.
Et puis que je sache, Port-Louis n?est ni Londres, ni Singapour. C?est marrant de toujours vouloir comparer à tout prix l?incomparable et de plaquer de l?implacable. À moins que dans mon ignorance crasse, je ne me sois pas rendu compte que l?on s?était brusquement transformé en pays riche. Remarquez, on peut toujours faire comme si. Ca coûte un peu cher, certes, mais on a l?habitude.
C?est très bien de vouloir dissuader les gens d?utiliser leurs voitures. Mais que leur propose-t-on comme alternative ? Des transports en commun dignes de ce nom, je suppose? C?est-à-dire rapides, confortables, non polluants. Modernes, quoi ! Genre métro, tramway ou bus, vous savez ces modes de déplacement communément utilisés dans les capitales développées comme Singapour et Londres. On a la même chose, nous ? C?est bizarre, j?avais pas remarqué.
Bref, si j?ai bien compris, ce monsieur leur demande de quitter le confort climatisé de leur véhicule dernier cri, pour entrer dans un char à b?ufs brinquebalant, symbole pétaradant de notre tiers-mondisme. Eh ben, il doute de rien notre bonhomme ! Vous imaginez, vous, des patrons prenant le bus ?
Visiblement, y a un aspect qu?il n?a pas bien saisi, l?expert : c?est le poids des préjugés. À Maurice, con-trairement aux pays développés, prendre le bus, c?est avouer implicitement que l?on n?a pas les moyens d?acheter une voiture, qui reste encore un produit de luxe. C?est appartenir à une classe sociale jugée inférieure. Autrement dit, c?est dévalorisant, alors qu?ailleurs, c?est naturel.
Ici, chaque voiture est la preuve manifeste de la réussite de son propriétaire, presque son identité sociale. Et l?importance qu?il se donne est inversement proportionnelle à la taille de sa cylindrée. Alors, je les vois mal laisser leur ego au garage.
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