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Le Père Noël est une ordure

23 décembre 2005, 20:00

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Le ciel nous est tombé sur la tête.

À Niamey, théâtre des Jeux de la Francophonie, deux des plus distingués représentants de la communauté sportive mauricienne, l?athlète Arnaud Casquette et la judokate Dolly Namaseevayen, ont été contrôlés positifs à des produits prohibés. Ce qui n?était, au départ, qu?une folle et vilaine rumeur s?est transformée en nouvelle mercredi. Et il y a tout lieu de s?en offusquer car, à travers Casquette et Namaseevayen, c?est l?ensemble de notre mouvement sportif que cette triste affaire entraîne vers une lente perdition. Désormais, pas un exploit, pas un record ne sera salué sans que ne planent d?inévitables soupçons.

La tentation de leur jeter la pierre est, aujourd?hui, d?autant plus grande que Casquette et Namaseevayen ont déjà reconnu leur tort, allant même jusqu?à exprimer, conjointement, le voeu de ne pas être soumis à une contre-expertise. En clair, ils reconnaissent avoir consommé des produits prohibés.

Il s?agit, pourtant, en pareille circonstance, d?éviter les amalgames, les mal-entendus et les jugements hâtifs, passionnés et subjectifs.

Si Casquette et Namaseevayen sont clairement coupables et seront sans doute dûment sanctionnés par leur fédération respective comme le prévoient les règlements en vigueur, les deux cas, pourtant, ne se ressemblent pas.

À voir de plus près, l?affaire Namaseevayen est bien plus grave, bien plus indigeste que l?affaire Casquette. La judokate, médaillée d?or aux Jeux des îles 2003, a été contrôlée positive à la furosémide, un produit considéré comme dopant, formellement interdit, et utilisé notamment pour la perte de poids.

Il est, aujourd?hui, essentiel que les responsabilités soient situées. Qui a, donc, conseillé à Namaseevayen d?utiliser la furosémide pour perdre les quelques kilos excédentaires qu?elle présentait à la pesée avant son départ pour Niamey et qui l?aurait privée d?une participation dans sa catégorie d?origine, les moins de 63 kilos ? Ne savait-elle pas que ce produit était formellement prohibé et qu?elle risquait un contrôle au Niger ? Par quel filon s?est-elle procurée de la furosémide ? Et puis, surtout, comment se fait-il qu?une judokate de sa dimension, de sa réputation, de son expérience, ait pu présenter un excédent de poids aussi significatif à l?approche d?un événement aussi important que les Jeux de la Francophonie ?

Si ce n?est pas un manque de sérieux, ça y ressemble. Et la Fédération mauricienne de judo, qui a quelques années de retard en matière de communication, serait bien inspirée, sur ce coup-là, d?éclairer au plus vite nos mémoires confuses. Faute de quoi elle perdrait davantage une crédibilité déjà sérieusement entamée.

Dans le cas d?Arnaud Casquette, médaillé de bronze du saut en longueur aux Jeux de la Francophonie, soyons clair, il ne s?agit pas de dopage. Le cannabis est un produit formellement interdit pour les raisons que l?on sait, mais sa consommation, évidemment, ne vise pas à améliorer une performance sportive. En clair, le n°2 Mauricien du saut en longueur n?a pas triché. Disons qu?il s?est égaré du droit chemin, comme l?avaient fait avant lui Javier Sotomayor, Diego Maradona, Bernard Lama et quelques autres sportifs de renom.

Il en faudrait, toutefois, bien plus pour soulager notre pauvre conscience, panser cette blessure plus vive et plus profonde qu?elle n?y paraît. Car Casquette, ne nous voilons pas la face, était jusqu?ici considéré comme une référence, un modèle, un exemple à suivre pour cette jeunesse mauricienne en manque de repères. Il n?avait pas encore l?aura d?un Buckland, d?un Milazar ou d?un Chimier, mais il en prenait le chemin. Qu?il ait aujourd?hui choisi de trahir cette confiance pour l?ivresse d?un joint nous interpelle forcément. Gageons qu?il saura rebondir.

Qu?Arnaud Casquette soit aujourd?hui privé de la médaille de bronze qui a récompensé son saut mesuré à 7m76 à Niamey est une suite logique à son geste. Dommage toutefois que la punition s?étende à ses trois compagnons du relais 4x100 mètres, Ommanandsing Kowlessur, Fernando Augustin et Henrico Louis.

Saluons, enfin, le sérieux avec lequel l?Association mauricienne d?athlétisme a traité cette délicate affaire. Du côté du Réduit, on a pris le pari d?assumer ses responsabilités, ce qui n?est pas encore le cas à Grande-Rivière-Nord-Ouest.

Pour ce qui est du reste, Joyeux Noël à tous même si on a compris que le Père Noël était une sacrée ordure.

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