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Le nouveau marché central dévoile ses charmes

21 février 2004, 20:00

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Senteurs et couleurs fusionnent dans la rue Farquhar qui abritait jusqu?à présent le marché central de Port-Louis. Sur les étals, s?amoncellent légumes, épices, aloudas, beignets, vêtements, souvenirs et bien d?autres articles. À l?affût de chaque client potentiel, un marchand installe soigneusement ses bottes de cresson. Cela fait quatre ans que Vishnu, 31 ans, s?adonne au même rituel. « Ici, mo vane cresson, coco, limons. Pendant deux ans, mo fine travaye dans la rue Farquhar. Nou fine gagne difficultés. Par exemple, place ki éna ici bien tipti. Pas capav installe beaucoup légumes », confie-t-il. Pour Rama Goundan, 46 ans, maraîcher depuis 28 ans, et trésorier de la Market Traders Association (MTA) qui regroupe environ 200 maraîchers, la pluie constitue un obstacle majeur :

« Quand la pli tombé, partout coulé. Nou perdi légumes et gagne ène tas dé l?eau dans banne canals ki empêche nou stock nou banne produits. Pendant deux ans nou fine supporte tou ça là. Astère là nou pou gagne ène chance avec ça nouveau bazar là ».

Faciliter la tâche

Pendant deux ans, nos deux interlocuteurs ainsi que 334 autres maraîchers ont dû travailler dans la rue Farquhar à la suite d?un incendie qui a ravagé une partie du marché central. La reconstruction entreprise par Rehm-Grinaker a débuté le 23 juillet 2002. Ce projet, qui a coûté Rs 113 millions, a été financé par la mairie de Port-Louis. C?est donc avec un ouf de soulagement que les maraîchers intégreront le premier étage du nouveau marché central à partir du 15 mars prochain.

Comment se préparent-ils à trois semaines du grand départ ? « Nou pleinement satisfait avec tous ça banne zaffaire ki fine fer pou aide nou là », assure Isoop Soobadar, marchand de légumes et président de la MTA. Et un autre maraîcher d?ajouter : « Nou pou né pli gagne problème la pli astère là et nou pou dans ène meilleur l?emplacement kotte clients même pou plis en sécurité et intéressé pou vine acheté banne produits. Mo bien content et mo impatient pou alle travaille là-bas. » Si certains affichent leur enthousiasme, d?autres demeurent dans l?incertitude. « Nou pa encore visité. Pas conné ki quantité l?espace pou gagné. Bizin conné comment pou alloué banne étals là-bas », se demande Vishnu. « Nou ti préfère travaye en bas au lieu monte lors premier létage. Mais nou pencore conné vraiment comment ça pou été là-bas », déclare Mamade, 50 ans, qui vend des articles touristiques.

Avec l?ouverture du nouveau marché, plusieurs arrangements ont été faits pour faciliter la tâche des maraîchers. Finis les longs moments à trimballer des chariots pour transporter les légumes. Désormais, ils pourront utiliser les ascenseurs. Et chaque étal aura un point d?eau ainsi qu?une prise électrique. Mais qui dit nouveau marché, dit aussi nouvelles règles ! L?accent sera surtout mis sur l?hygiène. Ainsi, les maraîchers ne pourront plus nettoyer leurs légumes sur place. Il faudra qu?ils le fassent avant de les transporter dans leurs étals.

Finaliser les modalités

De même, ils ne pourront arroser leurs légumes qu?avec un diffuseur. Autre changement en perspective : le relogement d?une trentaine de marchands de dholl puri, de pains fourrés, de boissons dans un Food Court. Cela dit, ils ne pourront pas faire cuire leurs aliments mais uniquement les réchauffer en utilisant un four à micro-ondes. « Le nouveau marché fonctionnera dans la même optique que celui qui existait avant l?incendie, mais nous désirons instaurer une meilleure discipline. Nous prévoyons l?introduction d?un contrat renouvelable tous les trois ans pour les maraîchers. Il faudra aussi réviser le prix de location des étals. Cela devrait avoisiner les Rs 1 000 à Rs 1 500 environ. Les discussions avec les maraîchers sont en cours pour fixer ce nouveau tarif », affirme Tirat Moossun, le maire de la capitale.

Il faut dire qu?avant l?incendie, la location des étals avoisinait les Rs 300 et que le relogement temporaire à la rue Farquhar était gratuit. Plusieurs réunions entre l?association et les représentants de la municipalité de Port-Louis ont eu lieu cette semaine pour finaliser les dernières modalités avant le déménagement. « Jusqu?à présent, tout fine bien passé. Nou fine propose ène prix qui pou à l?étude. Nous pou gagne ène réunion avec ministre des Administrations régionales demain pour complète banne discussions », indique Isoop Soobadar.

Les courtiers sous haute surveillance

Un problème est au centre des préoccupations des maraîchers et de la mairie de Port-Louis.

Il s?agit des courtiers, payés par certains marchands, qui harcèlent des touristes pour les encourager à acheter des épices et autres articles touristiques à des prix supérieurs. Une plainte a d?ailleurs été déposée à la municipalité de Port-Louis par des maraîchers excédés.

« Banne là pé gate réputation nou bazar. Li pas normal ki zotte vine fatigue banne touristes coume ça. Autant pé dépense l?arzent pou fer promotion tourisme dans Maurice, éna ène bane pé harcèle zot pé gate nou l?image », explique Mamade, marchand touristique. L?indignation est aussi de mise auprès de la Market Traders Association. « Li pas possible ki laisse banne individus maltraite touristes. Pas capave fer banne là paye ène boîte zafran ? épice utilisée surtout pour le briani ? qui Rs 25 vine Rs 500. C?est ène pratique déloyale de ça banne courtiers là », affirme Isoop Soobadar. Du côté de la mairie, un sous-comité comprenant des maraîchers, des représentants de la municipalité, des inspecteurs et des policiers, a été constitué pour se pencher sur la question. « On a donné des directives pour que cette pratique cesse. Je vais envoyer un signal très fort à ces marchands qui payent ces courtiers. Il incombe aussi à la police de suivre cette affaire », confie le lord-maire. Il semble que quelques policiers aient été dépêchés pour patrouiller dans le marché, ce qui a entraîné la disparition des courtiers pour quelques jours. Mais selon les maraîchers, ces derniers sont bien vite revenus à la charge? Il est d?ailleurs prévu d?aménager des caméras de surveillance pour détecter leur présence.

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