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?Le nombre de sociétés offshore diminue mais la valeur ajoutée augmente?
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?Le nombre de sociétés offshore diminue mais la valeur ajoutée augmente?
La Financial Services Promotion Agency (FSPA) a lancé depuis peu un cours en international tax planning. Pouvez-vous nous en dire davantage ?
Il s?agit effectivement d?un cours unique à Maurice. Nous avons recours à des visiting lecturers et aussi aux moyens modernes de communication, notamment l?internet et des vidéo conférences pour des cyber classes. Le cours en planification fiscale, s?étalant sur deux ans, est destiné aux gradués dans le domaine de la finance. Le cours est sanctionné par un diplôme d?une institution américaine reconnue qui préparera elle-même les examens qui se feront en ligne.
L?idée générale de la FSPA en proposant ce cours est de développer le niveau des compétences localement et de développer le business en utilisant les multiples traités de non double imposition signés par Maurice. L?utilisation des traités fiscaux n?est qu?un aspect de la planification fiscale. Jusqu?ici Maurice s?est contentée de faire du back office. Les clients comme les compétences sont à l?étranger. Il faut développer les compétences des professionnels locaux. Pourquoi se contenter d?être le pharmacien alors qu?on peut aussi agir en tant que médecin prescripteur ?
Dans le domaine de l?offshore la compétition est internationale. Il faut se tenir au courant de ce que proposent les autres juridictions et se positionner en conséquence. Nous allons d?ailleurs bientôt réaliser un exercice de benchmarking de nos avantages compétitifs par rapport aux autres centres offshore. Le cahier des charges pour cette étude qui sera menée par un cabinet international de consultants est en cours d?élaboration.
Nous devons identifier clairement nos concurrents. Si vous vous situez dans la gamme supérieure, vous êtes en compétition avec les Bahamas. Mais si vous vous placez à un niveau plus bas, votre concurrent sera différent. Pour la FSPA, l?offshore mauricien ne doit pas rechercher la quantité ? car notre main-d?oeuvre est limitée en nombre - mais la qualité. La compétition pour nous ne se situe pas au niveau du nombre de sociétés offshore enregistrées mais au niveau de la valeur ajoutée à l?économie.
Nous voulons créer des emplois qualifiés et pas juste des emplois. C?est dans cette logique que s?inscrit ce cours en international tax planning. Maurice a un avantage compétitif grâce notamment à son réseau de traités de non double imposition. Il faut en tirer le maximum. Il nous faut trouver des niches et développer des stratégies qui créent de la valeur.
Justement, il semble que la majorité des ces traités ont été sous-utilisés. Le seul qui a été vraiment exploité est celui avec l?Inde?
Il est vrai que les initiatives pour utiliser pleinement ces traités sont venus principalement de l?étranger. Les idées pour exploiter les possibilités qu?offrent ces traités sont venus de l?Inde et de l?Afrique du Sud. Ce n?est qu?une question de compétences. Combien de personnes à Maurice comprennent ce qu?est la planification fiscale ? Nous sommes trop dépendants des consultants étrangers. Ouvrir une management company est ce qu?il y a de plus facile. Elle ne fait qu?exécuter les ordres. La vraie puissance cérébrale est ailleurs.
Nous devons sans cesse améliorer notre produit et offrir ce que d?autres ne font pas. Il est difficile de délocaliser une industrie lourde, mais dans le domaine des services financiers tout est extrêmement mobile. Il y a des gens qui se déplacent en avion. S?ils sont satisfaits du régime fiscal, de l?environnement des affaires et de la qualité de la vie, ils restent. Sinon ils vont ailleurs. Nous devons offrir le meilleur produit pour les retenir. La formation est un must pour améliorer les compétences des professionnels.
Maurice n?a que ses ressources humaines comme capital et nous pouvons dire que vous disposez là d?une matière première de qualité. Nous le voyons bien avec les étudiants qui suivent notre cours en international tax planning. Ils ont soif d?apprendre. Ils veulent rehausser leurs compétences. Ils sont curieux et ils posent des questions. D?ailleurs, les Mauriciens qui étudient ou qui travaillent à l?étranger se distinguent la plupart du temps. Pourquoi faut-il aller ailleurs pour réussir ? Pourquoi ne pas se réaliser à Maurice même ? Jersey compte 20 000 professionnels dans l?offshore. Londres est le plus grand centre offshore du monde.
Si Maurice réussit à développer son capital intellectuel, le pays prendra une avance. La formation est essentielle pour créer des jobs de haute valeur ajoutée. Dans le domaine de l?externalisation par exemple la formation est importante, mais elle n?est pas très difficile à mener. Et on peut assez facilement créer des emplois qualifiés. Maurice peut devenir le french desk des sociétés indiennes. Pour ce qui est du BPO dans le domaine des services financiers, la FSPA s?y emploiera au cours des prochains mois.
Est-ce que les traités de non-double imposition ont encore leur pertinence ?
Dans la fiscalité internationale il y a une combinaison entre le taux de la taxe et la base de la taxe. Ce qui est imposable dépend des lois domestiques tandis que le traité détermine le taux. Le bénéfice de la planification fiscale ne vient pas du traité. La base de la taxe est plus importante. Tous les centres offshore signent plus ou moins les mêmes traités.
Maurice a la possibilité de rendre son système fiscal encore plus business friendly. Il faut aussi éduquer les professionnels afin qu?ils utilisent davantage les possibilités du système. Maurice a le meilleur système de taxation en ce qu?il s?agit d?exporter des fonds hors du pays. Il n?y a pas de withholding tax ni d?impôt sur les revenus. Mais encore faut-il qu?on le fasse savoir. Au Luxembourg il faut liquider une société afin de pouvoir faire sortir l?argent. Il faut bien comprendre ce genre de chose afin de mieux vendre la juridiction mauricienne. Même les cabinets d?experts-comptables ignorent ces aspects. Il faut former les professionnels pour qu?ils soient plus créatifs et innovateurs. Maurice peut devenir un centre d?excellence si vous arrivez à rehausser le niveau des compétences.
Même si nous disposons des compétences voulues, il restera à le faire savoir ?
C?est vrai que le marketing demeure essentiel. Néanmoins dans ce domaine, si le marché apprend qu?il se passe des choses intéressantes à Maurice, c?est le marché qui viendra vers vous. Il faut développer un bon produit et avoir de bons professionnels avant de faire de la promotion. C?est comme quand un bon médecin s?installe dans un quartier : il n?a pas besoin de faire de la publicité car le bouche à oreille suffit pour lui apporter de la clientèle.
Dans le domaine de l?externalisation, par exemple, il est très important que le marché comprenne exactement ce que vous offrez. Il est important d?avoir un produit structuré avant de commencer à le vendre. La première impression est très importante. Le Business Process Outsourcing est du back office avec l?aide de l?informatique et de l?internet. Il faut former des gens pour ce service. La FSPA se propose de lancer prochainement un programme de formation pour 500 school leavers.
Il y a certaines personnes qui sont sceptiques quant à la capacité de Maurice de se lancer dans l?externalisation. Ils demandent ce que Maurice peut offrir et que l?Inde n?a pas déjà ? Pour commencer, la bureaucratie à Maurice n?est pas aussi contraignante qu?en Inde. Maurice est aussi un des rares pays du monde à être bilingues. Cela vous ouvre les portes des marchés tels que la France, le Luxembourg, la Belgique, la Suisse et le Canada.
Les traités de non-double imposition sont une clé qui permet d?ouvrir les portes. Le reste dépend entièrement de ce que vous faites une fois que la porte est ouverte. Nous pensons qu?il y a de réelles opportunités pour Maurice. Hongkong est en baisse en raison des pressions exercées par l?administration centrale de Chine. Singapour veut prendre cette place. Maurice aussi peut se positionner. En Europe la réglementation est devenue tellement contraignante que les gens cherchent d?autres juridictions où aller.
Justement, les professionnels locaux évoquent une surrégulation. Ont-ils raison ?
Le régulateur est dans une position délicate. C?est un équilibriste. Il faut une bonne réglementation pour inspirer confiance. S?il y a trop de scandales, cela fait fuir. Il faut donc bien gérer la perception. En passant notons que les plus grands scandales financiers éclatent à Londres, New York ou en Suisse. Jamais dans les centres offshore.
Après les attentats terroristes du 11 septembre, le monde et les Etats-Unis, plus particulièrement, ont un peu perdu la tête. Aujourd?hui tout le monde en souffre. Il y a tellement d?agences et d?institutions qui s?occupent de la lutte contre le terrorisme et le blanchiment d?argent. La pression augmente terriblement surtout sur les petits pays. C?est dommage, mais il faut vivre avec.
Dans un tel contexte il est essentiel de bien communiquer. Il faut expliquer aux opérateurs. A chaque fois que vous apportez un changement vous rencontrerez le même problème. Il faut gérer le changement. Il faut apprendre à tourner une contrainte en un avantage. La réglementation peut être un outil de marketing.
Est-ce que la réglementation explique en partie la baisse du nombre de sociétés offshore à Maurice ?
Il n?y a aucun lien entre les deux. Le nombre de sociétés enregistrées a baissé, mais la valeur ajoutée créée par les entreprises a augmenté. Que le nombre de sociétés enregistré baisse est à la rigueur pas grave. Sur l?année financière 2002-2003 les résultats ont été bien meilleurs et c?est cela qui compte. Nous allons bientôt publier des chiffres pour le démontrer.
Par ailleurs, le nombre de sociétés enregistré est en baisse dans toutes les juridictions à travers le monde et y compris chez nos concurrents. A mesure que la réglementation devient de plus en plus serrée, toutes les juridictions s?en plaignent.
Au Jersey et à l?Isle of Man, les sociétés offshore ferment leurs portes car elles ne peuvent satisfaire aux nouvelles règles. Dans le même temps, la réglementation a du bon. L?Isle of Man vient de commencer à enregistrer des trusts depuis deux ans. Auparavant il ne le faisait pas car ce n?était pas prévu dans la loi.
Les centres offshore sont en train de monter en gamme et c?est ce que nous faisons aussi.
Si vous n?avez pas un bon encadrement réglementaire vous n?avez pas d?avenir. La réputation et la perception sont devenues très importantes aujourd?hui. A Maurice la réglementation évolue dans le bon sens. Auparavant Maurice se contentait de vendre des facteurs de production, maintenant nous montons en gamme. C?est la qualité qui importe, pas la quantité.
Le chiffre d?affaires de l?activité offshore à l?échelle planétaire s?élève à $ 11 trillions. Il y a de l?argent à se faire. Les Bahamas ont vu le nombre de sociétés offshore être réduit de moitié, mais dans le même temps ils sont en train de cibler la crème du marché. C?est cela l?avenir. Néanmoins, le haut du pavé nécessite de la formation.
Propos recueillis par Stéphane Saminaden
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