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Le monde arabe entre inquiétude et réjouissances

6 janvier 2006, 20:00

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Parmi les premiers à réagir, le president de l?Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, connu pour ses bonnes relations avec le premier ministre israélien, a appelé le bureau de Sharon pour exprimer son «inquiétude» . D?autre membres de l?Autorité ont exprimé, à l?instar d?Ahmed Qoreï, leurs v?ux de «prompt et plein rétablissement» tout en soulignant combien sa disparition bouleversait la donne dans les négociations de paix.

A l?opposé, le mouvement radical Hamas a estimé que le Proche-Orient serait «un meilleur endroit» sans Ariel Sharon. «Le monde est sur le point de se débarrasser d?un des principaux leaders du mal dans le monde», a déclaré le porte-parole du Hamas, Sami Abou Zouhri. Quant à Khaled al-Batsh, un des chefs d?un autre groupe radical palestinien, le Djihad islamique, il a affirmé : «Dieu en a eu assez de Sharon, le bourreau de Sabra et Chatila et en a débarrassé le monde».

A Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, des jeunes Palestiniens encadrés par un membre du mouvement Fatah ont distribué des bonbons pour «fêter» l?hospitalisation du premier ministre. Deux organisations palestiniennes de gauche basées à Damas, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP) ont pour leur part critiqué le Premier ministre, l?accusant d?avoir toujours été hostile à la paix au Proche-Orient.

Au Liban, où le nom du premier ministre israélien reste associé aux massacres de Sabra et de Chatila, les officiels n?ont pas fait part d?une quelconque empathie. «Qu?il meure ou non, ce qui nous intéresse est que la région parvienne à une solution pacifique, réglant tous les problèmes», a déclare le ministre des affaires étrangères, Faouzi Salloukh. Des voitures surmontées de hauts-parleurs sillonnaient les ruelles du camp de réfugiés palestiniens au pays du Cèdre, diffusant des chants révolutionnaires palestiniens ; leurs habitants manifestaient ouvertement leur joie. En Egypte, les Frères musulmans ont estimé qu?avec ou sans Sharon la politique israélienne d?«assassinat des Palestiniens» et de «construction de colonies» continuera.

De la droite au centre

De l?Egypte et la Jordanie, partenaires d?Israël, aux ennemis jurés de l?Etat hébreu comme la Syrie, ces sentiments semblaient partagés au sein des populations bien que Ariel Sharon soit politiquement passé de la droite au centre ces dernières années, ce dont témoigne le retrait de Gaza intervenu après 38 ans d?occupation du territoire palestinien. C?est le nouveau président iranien, Ahmadinejad, coutumier des déclarations spectaculaires, qui a enfoncé le clou en souhaitant ouvertement la mort d?Ariel Sharon.

Pourtant aux yeux de nombreux analystes arabes, la disparition d?Ariel Sharon laissera un vide difficile à combler, aucun successeur possible ne semblant avoir les moyens d?évoluer rapidement vers la paix. «Le processus de paix et le futur Etat palestinien seront face à l?inconnu après Sharon», note le politologue libanais George Alam.

«Le président palestinien Mahmoud Abbas pourrait être le grand perdant, parce qu?il n?aura plus le négociateur israélien qu?il connaissait et avec lequel il coopérait.» Un responsable saoudien estime toutefois que celui ou celle qui succédera à Sharon n?aura d?autre choix que d?emprunter la voie de la paix avec les Palestiniens. «Je ne pense pas que l?avenir du Proche-Orient dépende d?une seule personne ni d?une seule politique. Nous estimons tous que la personne au pouvoir en Israël devra agir de la même façon ? parvenir à un arrangement avec les Palestiniens», dit-il.

Pour Walid Kazziha, professeur de sciences politiques à l?Université américaine du Caire, il faudra quelque temps pour refaçonner la politique israélienne : «Il va être compliqué de trouver quelqu?un qui sache (...) prendre des décisions et les appliquer. Les Israéliens vont traverser une période instable.»

Mais aux yeux de l?analyste syrien Imad Chouaibi, aucun changement en Israël n?aura d?impact profond si Washington souhaite encourager le processus de paix : «Si les Etats-Unis ne s?intéressent pas à la paix, il n?y aura aucun changement même si Jésus lui-même intervient.»

© 2005 Le Monde News Service- Distribué par The New York Times Syndicate

Doutes sur l?avenir du parti Kadima, privé du charisme de son fondateur

Vice-Premier ministre du gouvernement d?Ariel Sharon, Ehoud Olmert assume depuis mercredi soir les fonctions de chef du gouvernement israélien. Ce proche de Ariel Sharon, âgé de 60 ans, se retrouve aux commandes du pays en pleine préparation des élections législatives. A l?origine des premières déclarations annonçant le retrait de la bande de Gaza, l?ancien maire de Jérusalem fut l?un des premiers barons du Likoud à suivre Sharon lors de la création de Kadima, la formation de centre-droit issue d?une scission du Likoud en novembre 2005.

Sa fidélité au chef de file de la droite classique et son soutien inconditionnel lors de l?évacuation des colons de Gaza en ont fait un personnage politique de premier rang. Pour autant, il est peu probable qu?il démontrera assez de charisme et de force politique pour s?imposer à la tête de Kadima, en remplacement de Sharon. Il devra, en outre, batailler contre deux autres prétendants au poste : l?actuelle ministre de la justice, Tzipi Livni, femme la plus influente dans l?entourage de Sharon, et le ministre de la défense, Shaul Mofaz, tous deux favorables à des cessions territoriales aux Palestiniens pour préserver le caractère juif de l?Etat d?Israël.

Quel qu?il soit, le prochain responsable de Kadima n?aura pas la partie facile. La formation politique, créée pour et par un seul homme, avait fédéré autour de Sharon des hommes et des femmes venus d?horizons très divers. Une disparition du chef laisserait apparaître au grand jour l?absence de programme susceptible de rassembler les suffrages d?électeurs avant tout séduits par la personnalité du premier ministre. Sharon a entretenu délibérément le flou sur ses intentions politiques en cas de réélection afin de ratisser plus large sur sa droite et sur sa gauche. Il n?est pas certain que de fortes personnalités, telles que Shimon Pérès, en rupture avec le Parti travailliste et rallié à Kadima, s?accommodent d?une direction désormais tenue par des seconds couteaux.

L?électorat de droite, une première fois déstabilisé par la scission du Likoud, pourrait être tenté de retourner au Likoud. Son nouveau chef, Benyamin Nétanyahou, pourrait profiter de ce nouveau rebondissement. Relégué au rang de troisième force politique par l?émergence de Kadima, le parti pourrait retrouver une meilleure visibilité. De leur côté, les électeurs de centre-gauche, reconnaissants à Sharon d?avoir mené à bien le désengagement de Gaza et également ralliés à Kadima, risquent de se détourner de ce parti sans colonne vertébrale. Le Parti travailliste, tenu par Amir Péretz, pourrait en récupérer quelques-uns et enrayer sa chute actuelle, enregistrée par les derniers sondages.

Stéphanie LE BARS

Nouvelle hémorragie cérébrale

Ariel Sharon a subi une nouvelle opération destinée à stopper une hémorragie cérébrale, a confirmé hier le directeur de l?hôpital Hadassah de Jésuralem où est hospitalisé le Premier ministre israélien. Cette nouvelle hémorragie et l?augmentation de la pression crânienne ont été détectées lors d?un scanner que Sharon a subi dans la matinée, a ajouté le Dr. Shlomo Mor-Yosef. Ariel Sharon a été hospitalisé mercredi soir à la suite d?une première hémorragie cérébrale que les neurochirurgiens avaient réussi à endiguer au terme d?une intervention chirurgicale de sept heures. Il est depuis lors plongé dans un coma artificiel.

Questions sur la survie du patient et sur les séquelles neurologiques

Au terme d?une intervention neurochirurgicale de près de neuf heures, le professeur Shlomo Mor Yossef, directeur de l?hôpital Hadassah de Jérusalem, a précisé que le premier ministre israélien se trouvait «dans un état critique». Un examen radiologique a conclu que l?hémorragie avait pu être stoppée, les signes vitaux demeurant «stables». Selon toute vraisemblance, cet accident vasculaire est, comme presque toujours chez les personnes âgées, directement lié à une hypertension artérielle au long cours qui n?a pu être efficacement corrigée par un traitement médicamenteux adapté. Avec sa surcharge pondérale, son hypertension artérielle et son refus manifeste de respecter quelques règles hygiéno-diététiques, le premier ministre israélien présentait de nombreux facteurs de risques l?exposant à être victime de cette affection.

Ariel Sharon avait en outre, le 18 décembre 2005, souffert d?un petit accident vasculaire cérébral. Le professeur Haïm Lotan, cardiologue à l?hôpital Hadassah de Jérusalem, avait précisé, le 26 décembre, que cet accident avait été provoqué «par un caillot de sang venant du coeur».Ces éléments auraient, en toute hypothèse, dû imposer une prise en charge médicale étroite, associée à l?observation d?une période de repos comme ce fut récemment le cas après l?accident vasculaire de Jacques Chirac. Une intervention chirurgicale cardiaque ? un cathétérisme ? avait été programmée pour le 5 janvier afin de prévenir la récidive d?un accident cérébral de nature thrombotique. On peut ainsi penser que l?accident hémorragique dont a été victime le premier ministre israélien est lié à un traitement anticoagulant mis en place après l?épisode du 18 décembre.Face à une hémorragie intracérébrale, l?intervention neurochirurgicale n?est justifiée qu?en cas d?aggravation neurologique, et notamment lorsque les lésions hémorragiques siègent au niveau du cervelet ou des lobes cérébraux. Elle vise à évacuer l?hématome de manière à réduire, autant que faire se peut, les séquelles neurologiques de l?accident.

Jean-Yves NAU

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