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Le MMM et ses clichés
par Nazim ESOOF
Queue de comète ou réelle volonté d?une redéfinition de l?échiquier politique ? Les velléités du MMM de se présenter seul aux élections, dans l?éventualité qu?un accord ne soit pas trouvé avec un partenaire, peut être une opportunité de revoir le système bipartite qui surplombe la vie politique mauricienne. Un certain nombre de conditions doivent être réunies pour cela et tout ne dépend pas que du MMM. Car, en fin de compte, l?annonce faite par le leader mauve peut n?être qu?une stratégie pour mettre la pression sur le MSM et Pravind Jugnauth. Mais cette déclaration indique surtout le fait que les dirigeants mauves ont pris conscience que sans un électrochoc, leur parti ne servira, au mieux, qu?à être un appoint à une autre formation dont la particularité sera de présenter un Premier ministre avec un bon profil et, au pire, à diriger les rênes de l?opposition.
Dans un climat de mauvaise polémique entre principaux partis d?opposition et d?un pouvoir qui puise du rayonnement de son Premier ministre, le MMM se devait de marquer des points face à ses adversaires et rivaux. Après avoir longtemps tergiversé sur la posture à prendre, le parti mauve semble enfin s?être résigné à travailler sur lui-même. Toutefois on connaît trop la rhétorique pour qu?elle soit vraiment efficace. Il est ainsi question de la sempiternelle ?consolidation du parti? et d?en faire un ?véritable parti national?. Objectif assez paradoxal pour un parti qui existe depuis 37 ans! Ce n?est certainement pas le discours neuf qu?attendent les électeurs. Pourtant il ne manque pas de thèmes sur lesquels les dirigeants mauves peuvent élaborer. Encore moins énoncent-ils une idée qui peut séduire.
Pour l?instant, il s?agit d?une République sociale pour compenser les dérives libérales du pouvoir travailliste. Cependant, c?est un calcul risqué. Car le MMM n?a pas encouragé le dialogue social lorsqu?il était au pouvoir. Même s?il est vrai que le pouvoir rouge travaille à un projet global qui se soucie peu de l?intégration citoyenne, il n?en demeure pas moins que le MMM non plus n?a pas énoncé des réponses explicites aux craintes et aspirations des Mauriciens. Déjà pour n?avoir pas su accompagner le nouvel électeur qui s?ébauchait aux élections 2000, le MMM s?est privé d?une frange non négligeable de l?électorat aux dernières législatives.
Depuis, le parti de Paul Bérenger donne davantage l?impression de travailler pour la postérité de son leader que pour sa propre vie et animation politiques. Or le chantier est vaste. Une réinvention du bestiaire politique local passe étonnamment par la réinvention du MMM principalement. Car ce parti est à ce jour le seul capable de se réorganiser autour des courants de pensées divers. Mais depuis la débâcle de 1987, cette formation politique a cessé de travailler sur les idées pour se concentrer sur les moyens d?accéder au pouvoir.
Après l?échec aux dernières élections générales, il était attendu que le MMM prenne l?initiative du débat et du renouvellement de son personnel. Tout ce à quoi on assiste aujourd?hui, c?est la rivalité entre anciens militants qui sont partis ailleurs et ceux qui reviennent au bercail. Quel programme ! S?ils prenaient un peu de distance, nos dirigeants politiques se seraient demandé pourquoi leurs partis n?attirent pas de nouvelles têtes. La réponse à cette question leur aura permis de comprendre que le vide idéologique qu?ils représentnt ne peut en toute logique culminer à un renouveau politique dans ce pays.
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